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Chef de guerre ou guerre des chefs ?
Une primaire sans vainqueur légitime ? Et si la droite fonçait vers le scénario noir de deux candidats à quasi égalité ?
Publié le 10 juin 2016
A l'heure où la double casquette de candidat-président de parti de Nicolas Sarkozy agace de plus en plus ses rivaux à droite, les tensions actuelles au sein du parti Les Républicains rappellent, toutes proportions gardées, le scénario noir de 2012 et la victoire à la Pyrrhus de Jean-François Copé face à François Fillon. Une situation à éviter à tout prix pour la droite en vue de 2017.
Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.
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Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
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A l'heure où la double casquette de candidat-président de parti de Nicolas Sarkozy agace de plus en plus ses rivaux à droite, les tensions actuelles au sein du parti Les Républicains rappellent, toutes proportions gardées, le scénario noir de 2012 et la victoire à la Pyrrhus de Jean-François Copé face à François Fillon. Une situation à éviter à tout prix pour la droite en vue de 2017.

Atlantico : Alors que Nicolas Sarkozy est de plus en plus présent dans les médias et que certains le poussent à déclarer rapidement sa candidature à la primaire de la droite, quelle est la situation à l'intérieur du parti ? Entre la double casquette candidat/président de parti de Nicolas Sarkozy qui agace ses rivaux et la bataille pour les investitures aux législatives, comment peut-on qualifier le niveau de tension actuelle chez Les Républicains ?

Bruno Jeudy : La tension chez Les Républicains reste élevée, au fond, depuis le premier vrai accroc de l'organisation de la primaire, à savoir la controverse autour du vote des expatriés. Les concurrents de Nicolas Sarkozy ont compris qu'il cherchait à tester leurs nerfs, à les mettre sous pression jusqu'à la déclaration probable de sa candidature à la fin de l'été. Du coup, les équipes d'Alain Juppé et de François Fillon ripostent en critiquant l'utilisation des moyens du parti par Nicolas Sarkozy pour promouvoir sa candidature et faire campagne sans avoir démissionné de la tête des Républicains, comme le prévoient les statuts du parti, dès lors que le candidat est déclaré.

Cela crée ce climat d'escarmouche que nous voyons depuis quelques jours. Nous avons entendu Jean-Pierre Raffarin, et les équipes de François Fillon ne sont pas en reste également pour critiquer les grosses ficelles du presque candidat Nicolas Sarkozy qui peut faire campagne avec les moyens du parti pendant que Juppé, Fillon, Le Maire et les autres doivent puiser dans leurs cagnottes de candidats pour financer leurs déplacements, notamment à l'étranger ou en outre-mer.

Pour ce qui est des investitures, je crois qu'il y a beaucoup d'hypocrisie dans cette vraie-fausse controverse entre les équipes d'Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy. D'abord parce que la plupart des sortants vont être réinvestis sans que cela ne pose beaucoup de difficultés. Ensuite, il y aura les cas des circonscriptions de reconquête, c'est là que les problèmes apparaissent. Ici ou là, des protégés d'Alain Juppé voudraient être investis (Maël de Calhan dans le Finistère), des protégés de Nicolas Sarkozy lorgnent sur des circonscriptions tenues par des amis de François Fillon (Jean-Baptiste de Froment). Il y a aussi la gestion des successions de députés sortants qui ne se représentent pas, avec de nombreux cas dans les Hauts-de-Seine où plusieurs successions vont donner lieu à des passes d'armes entre les protégés des uns et des autres.

Globalement, il y a beaucoup d'hypocrisie. Il est vrai que l'argument d'Alain Juppé qui martèle que c'est au vainqueur de la primaire de préparer sa future majorité se tient tout à fait. François Hollande est aujourd'hui en difficulté avec sa majorité car elle est sans doute beaucoup plus à gauche que ce qu'il aurait voulu, d'où le problème des frondeurs. D'un autre côté, l'argument de Nicolas Sarkozy n'est pas non plus irrecevable, dans la mesure où beaucoup de candidats s'impatientent d'être investis, notamment pour des questions juridiques puisque les comptes de campagne sont ouverts un an avant l'élection, qui aura lieu en juin.

En 2012, la bataille pour la présidence du parti qui opposait Jean-François Copé et François Fillon a abouti à un désastre, les deux candidats ayant obtenu des scores trop proches pour offrir une véritable légitimité au vainqueur. Une situation similaire est-elle envisageable entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy au terme de la primaire ? Le scénario noir peut-il se répéter ?

Bruno Cautrès : Les enquêtes d’intentions de vote pour la primaire des 20 et 27 novembre réalisées pour le moment montrent une confortable avance d’Alain Juppé. Dans la vague 4 (mai 2016) de la grande enquête électorale que le CEVIPOF réalise, sur un échantillon d’électeurs de très grande taille (près de 20.000 électeurs), 5.5% se déclarent certains de participer à la primaire et expriment une intention de vote ce qui pourrait représenter près de 2.5 millions d’électeurs. Parmi ceux-ci, Alain Juppé obtient 41.1% d’intentions de vote et Nicolas Sarkozy 27.2%. Les des deux principaux candidats semblent d’ailleurs avoir des électorats assez contrastés : les électeurs potentiels d’Alain Juppé sont davantage bourgeois, cadres supérieurs, chefs d’entreprises et travailleurs indépendants, riches, diplômés ; la position de favori d’Alain Juppé produit un effet mécanique sur l’électorat potentiel de Nicolas Sarkozy : celui-ci est davantage populaire, notamment chez les employés, les salariés du public, les chômeurs, les petits salaires et les plus bas niveaux de diplômes. Les électeurs potentiels de l’ancien président indiquent s’en sortir difficilement avec leurs revenus ; ils sont globalement moins politisés aussi. Si Alain Juppé obtient des scores d’intentions de vote écrasants chez les électeurs de François Bayou de 2012 et chez ceux qui se positionnent au centre et plutôt à droite, Nicolas Sarkozy fait jeu égal avec lui et même le devance un peu parmi les sympathisants des Républicains. Nicolas Sarkozy distance nettement Alain Juppé chez ceux qui se classent très à droite et parmi les sympathisants du FN. Ces éléments semblent éloigner le « scenario noir » que vous évoquez car la mobilisation de ces différents segments sociologiques et idéologiques de l’électorat potentiel de la primaire ne sera pas égale. Une nuance doit être apportée : les enquêtes d’intentions de vote pour la primaire mesurent essentiellement les votes du premier tour du 20 novembre ; les votes du 27 novembre s’exprimeront dans une logique différente, influencée par l’écart entre les deux qualifiés au premier tour et la dynamique des ralliements.

Mais il faut remarquer que seulement 60 % des électeurs certains d’aller voter à la primaire indiquent que leur choix de vote est définitif. Si l’avance d’Alain Juppé sur Nicolas Sarkozy est confortable et que chacun des deux candidats semble avoir préempter des segments différents de l’électorat potentiel de la primaire, les choses peuvent et vont sans aucun doute bouger d’ici le mois de Novembre : le nombre de candidats qui pourront valider leur candidature va fortement diminuer, des ralliements vont s’exprimer (comme celui de François Baroin à Nicolas Sarkozy il y a quelques jours), les thèmes mis en avant par les candidats vont faire l’objet de perceptions subjectives des électeurs, le combat électoral et son climat sans doute tendu va produire des effets que personne ne peut anticiper aujourd’hui. De la qualité de l’organisation de la primaire et de son climat général, dépendra aussi que son vainqueur puisse bénéficier à plein de l’effet « catapulte » du scrutin.

Bruno Jeudy : C'est difficile à prévoir aujourd'hui, d'abord parce que les sondages donnent pour l'instant une large avance à Alain Juppé. Deuxièmement, si Nicolas Sarkozy remonte et refait son retard, il n'y a aucune raison de penser que l'élection sera serrée. Les sondages sur le deuxième tour montrent d'ailleurs que les voix des autres concurrents, notamment Bruno Le Maire et François Fillon, se reporteraient majoritairement sur Alain Juppé. Pour l'instant, le scénario cauchemar d'une élection jouée à quelques centaines de milliers de voix près dans une dernière ligne droite au couteau est difficile à envisager, mais pourquoi pas.

En 2011, les socialistes ont évité ce scénario car François Hollande avait beaucoup d'avance. Nous verrons bien ce qu'il en sera cette fois-ci, mais il est vrai que le précédent de l'UMP en 2012 a laissé des traces terribles à l'intérieur de ce mouvement. Nous avions vu l'incapacité des instances de l'UMP à gérer une élection serrée. La Haute Autorité présidée par Anne Levade s'est donnée les moyens d'être souveraine et de faire respecter, pour l'instant, toutes les décisions prises.

En cas d'élection tendue et de résultats serrés, quelles conséquences peut-on en attendre sur la campagne présidentielle du candidat désigné ? Et sur le fonctionnement du parti ?

Bruno Jeudy : En théorie, les candidats à la primaire ont accepté les règles. Dans ces règles, un article prévoit qu'ils doivent tous s'engager à l'issue du second tour de la primaire à soutenir le vainqueur et ses équipes (directeur de campagne, porte-paroles, principaux soutiens…). Ça, c'est sur le papier.

Évidemment, dans le cadre d'élections extrêmement serrées façon UMP 2012, il est évident qu'il y aurait des soupçons de triche et de manipulation qui surgiraient de la part des équipes battues. Il faut espérer que ce ne soit pas le cas. C'est tout l'enjeu de la primaire de la droite que d'élire son candidat à la présidentielle et faire en sorte que toutes les écuries se rangent derrière lui à l'issue de la primaire. Dans le cas contraire, cela ne sert à rien de faire une primaire. C'est pour cela que la Haute Autorité aura une lourde responsabilité dans cette expérience inédite pour la droite française.

En 2007, les ténors du Parti socialiste n'avaient soutenu que du bout des lèvres la candidate investie Ségolène Royal, mais ce n'était pas une primaire ouverte. Nous étions alors dans le cadre de Solférino, avec des militants encartés et un système de vote décentralisé au sein des fédérations. En 2011, il n'y a eu aucune contestation et la primaire s'est déroulée de façon impeccable, sans accroc, sans contestation. A l'arrivée, le candidat largement élu a pu se servir de la primaire comme d'une rampe de lancement extraordinaire pour sa campagne présidentielle. Nous avions vu que cela avait été très important, car François Hollande n'a cessé de perdre pendant la campagne son avance acquise pendant la primaire. Il avait démarré avec plus de 10 points d'avance sur Nicolas Sarkozy, et avait fini par gagner in extremis le 6 mai.

Bruno Cautrès : On sait que les électeurs n’apprécient pas du tout la division à l’intérieur de leur camp. En cas de résultat très serré et/ou de climat particulièrement tendu de la primaire, le vainqueur n’aura pas une tâche facile à accomplir pour re-souder son camp. On a vu en 2007 que la campagne de Ségolène Royal avait pâti de la primaire et de relatif faible soutien du PS à sa candidate. Pour Les Républicains, il est fondamental de réussir l’après-primaire et de l’anticiper car sinon le souvenir de la guerre Copé/Fillon pourrait resurgir dans la mémoire des électeurs. Plus la campagne de la primaire donnera une tonalité de rivalités et d’inimitiés personnelles, plus dure sera la tâche et plus difficile il sera pour le parti LR de se montrer uni autour d’un projet présidentiel. A cet égard, il sera très intéressant de voir quelle position les candidats, notamment Alain Juppé, vont prendre vis-à-vis du programme du parti et de ses propositions. La fiction d’un dialogue direct du candidat avec le pays, sur la base de ses propres propositions, risque de ne pas plaire aux militants et sympathisants LR si le vainqueur de la primaire montre qu’il ne se sent pas engagé par le programme du parti.

Alors qu'historiquement, la droite a plutôt entretenu la culture du chef incontestable et leader de parti, cette primaire était-elle vraiment nécessaire pour Les Républicains, alors que François Hollande bat des records d'impopularité et que le plafond de verre du FN de Marine Le Pen est toujours bien présent en France ?

Bruno Cautrès : L’idée d’une primaire à droite est née dans un autre contexte, celui du traumatisme de la défaite de Nicolas Sarkozy le 6 mai 2012 et de l’attribution à la primaire de la gauche d’un effet de dynamique irrésistible en faveur de François Hollande. Par ailleurs, cette primaire s’inscrit dans des évolutions de plus longue durée de la vie partisane et politique en France : les leaders des formations politiques sont également désignés aujourd’hui par des mécanismes de vote des militants et de compétitions électorales pluralistes. Le relatif déclin du rôle des partis politiques, la baisse presque constante des effectifs militants, la défiance que les Français éprouvent pour eux (seulement 12% de confiance pour les partis politiques dans la vague 7 du Baromètre de la confiance politique du CEVIPOF, décembre 2015), ont favorisé l’adhésion de nombreux responsables politiques et partisans à l’idée de « primaires ouvertes ».  De même, l’analyse politique est aujourd’hui riche de réflexions et de propositions sur le caractère davantage « participatif » et « délibératif » que doit prendre l’action politique aujourd’hui. Il était donc très difficile à la droite d’échapper à la logique des primaires. On peut néanmoins être étonné d’un point : pourquoi Nicolas Sarkozy, dans la foulée de son élection à la tête du parti, n’a pas fait, à l’époque, voté les militants du parti sur le caractère plus ou moins ouvert de la primaire ? A-t-il sous-estimé la difficulté d’un retour après une absence de courte durée de la scène politique ? Ou alors a-t-il mal interprété l’intérêt que les Français portaient à la candidature Juppé ? Il est intéressant de constater que le caractère ouvert de la primaire n’enlève néanmoins rien au caractère essentiel, pour gagner », de la mobilisation des militants et sympathisants du parti. J’ai tendance à considérer que la balle de match de la primaire du mois de Novembre est la capacité, ou pas, de Nicolas Sarkozy à accroître fortement sa prééminence sur Alain Juppé parmi ce cœur de cible. Car si Alain Juppé dispose d’une écrasante avance parmi les centristes et ceux qui se disent « plutôt à droite », ces segments représenteront le jour du vote un nombre de bulletin de votes plus faible que ceux qui se déclarent « à droite » et « très à droite ».

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sphynx17
- 11/06/2016 - 15:25
Sniper de la droite,
C’est le métier de l’homme du Jdd. Transformant les différences de point de vue en asynclitismes cataclysmiques. Les manipulations cyniques mitterrandiennes ont la vie dure ; décupler le vote FN est donc l’objectif. On aimerait vous entendre parler de l’état pulvérulent de la gauche, Monsieur.
sphynx17
- 11/06/2016 - 14:46
Solution
Un "triumvirat", à la tête de l'exécutif préserverait les idées contre les hommes chargés de les mettre en œuvre. La société change trop vite pour en confier la gestion à un seul cerveau.
Nicolas V
- 11/06/2016 - 13:00
Hi ! Ganesha
Totalement d'accord. Au fait, "la grande majorité de français", c'est quantifié : 80%.
Bien à vous