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Après les ravages chez les ados, le cyber harcèlement sévit aussi chez les adultes : petit traité d'autodéfense
Publié le 23 mai 2016
Avec Aroua Biri
40% des utilisateurs d'Internet adultes disent avoir déjà été harcelés en ligne, et près des trois quarts d'entre eux disent avoir déjà vu d'autres adultes être victimes d'un cyber harceleur, selon une enquête du Pew Research Center. Les jeunes personnes majeures sont les plus touchées pas ce phénomène.
Aoura Biri est spécialiste du cyber-harcèlement.
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40% des utilisateurs d'Internet adultes disent avoir déjà été harcelés en ligne, et près des trois quarts d'entre eux disent avoir déjà vu d'autres adultes être victimes d'un cyber harceleur, selon une enquête du Pew Research Center. Les jeunes personnes majeures sont les plus touchées pas ce phénomène.
Avec Aroua Biri

Atlantico : Dans quels cas peut-on être considéré comme une victime de cyber harcèlement (exemples si possible) ? Existe-t-il une définition juridique de ces actes en France ? Un cyber harceleur risque-t-il quelque chose aux yeux de la loi s'il est reconnu coupable ?

Aroua Biri :Le cyber harcèlement est une agression perpétrée par un individu ou un groupe d’individus via des canaux numériques, de façon répétée, à l’encontre d’une victime souvent isolée (mais pas que), dans un but malveillant. Prenons comme exemple le cas récent de Christophe Willem, qui a été cyberharcelé sur Twitter par une personne qui lui envoyait jusqu’à 200 tweets par jour. Il a fini par quitter Twitter et a dénoncé le fait que "certaines personnes jouissant de cette liberté de parole pour y répandre une haine permanente sous couvert d'un anonymat nouveau, celui de la lâcheté." Prenons aussi le cas de Michel Polnareff qui a également quitté Twitter au début de cette année en dénonçant des "insultes incessantes". Par ailleurs, dans un autre registre, j'ai été contacté récemment par une enseignante qui représentait un groupe d'enseignants faisant face au cyberharcèlement. Les éléments suivants : nom de famille et le lieu de travail étaient même précisés dans les injures répétitives. Je lui ai conseillé de s'adresser à un avocat car elle vivait très mal - et cela se comprend - cette situation.

 

En effet, la loi permet de poursuivre les cyberharceleurs entre autres grâce à l'article 222-16 du code pénal :"Les appels téléphoniques malveillants réitérésles envois réitérés de messages malveillants émis par la voie des communications électroniques ou les agressions sonores en vue de troubler la tranquillité d'autrui sont punis d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende."

 

Dan Véléa : La définition du cyber-harcèlement emprunte à la notion d’harcèlement classique les « agissements répétés ayant pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité » (art 222-22-2 du Code pénal). Dans le cadre plus spécifique du cyber-harcèlement il s’agit de l’utilisation des NTIC (nouvelles technologies de l’information et de la communication) dans une visée malintentionnée, répétitives, avec des contenus dégradants, s’adressant directement à une personne visée par l’harceleur mais aussi souvent, vers un centre des connaissances, avec des contenus dégradants, insultants et calomnieux, destinées à nuire. On retrouve parmi les circonstances aggravantes, l’atteinte des mineurs, des handicapés, des minorités, des personnes dépositaires de la loi. La loi prévoit des peines de deux ans de prison et de 30 000 €.

Selon une enquête du Pew Research Center (voir ici), 40% des internautes adultes disent avoir été harcelés en ligne, et près des trois quarts affirment qu'ils ont déjà vu un autre adulte se faire harceler en ligne. Si le phénomène est connu chez les enfants et les adolescents, il l'est moins chez les adultes censés avoir des comportement plus matures. Comment expliquer l'ampleur de ce phénomène ?

Aroua Biri : Ce phénomène est surtout expliqué par le sentiment d’impunité des cyber harceleurs ainsi que le sentiment de toute puissance que procure le fait d’être bien au chaud devant son ordinateur. C’est un peu l’image de l’automobiliste qui insulte copieusement dans certains cas d’autres automobilistes et qui devient soudainement très doux lorsqu’il descend de sa voiture.

 

Dan Véléa : Le phénomène du cyber-harcèlement a pris une ampleur nouvelle avec les développements des réseaux sociaux, des applications immédiates utilisant les supports vidéo et photos. Le fait que les enfants soient victimes de ces agissements est quelque chose de connu, ayant suscité des réactions indignées des médias et de la population lors des passages à l’acte des jeunes victimes (des tentatives de suicides, des automutilations, isolement et phobie sociale et scolaire voir dans les cas dramatique des suicides).

Les nouvelles études démontrent que les jeunes adultes et les adultes sont aussi victimes de ces agissements criminels (le mot est dur mais il faut écouter la souffrance des victimes pour se rendre compte de l’étendus des dégâts). Souvent, les adultes ont plus du mal à exprimer le harcèlement (on le voit dans le monde du travail ou la honte de subir le harcèlement, les non-dits inhérents au travail et son environnement, la peur d’un avenir incertain, de la perte des acquis font que les gens se taisent, arrivant à des véritable états de burn-out, pathologie évidente qui mériterait d’être reconnu par les pouvoirs publics), ou quand il ose faire l’aveu, il est déjà trop tard, car les phénomènes anxio-dépressifs réactionnels ont déjà pris de l’ampleur.

Du point de vue psychologique ont doit désigner l’harceleur – bourreau conscient de ces agissements et la victime – harcelée qui subit.

L’harceleur est défini dans la majorité des cas par une absence d’empathie plus ou moins importante, par une absence de jugement affectif quant aux conséquences de ces agissements. Dans les cas extrêmes, ces personnes présentent les traits du pervers narcissique manipulateur, doublé d’une présentation psychopathique (absence d’&affect vis de l’objet de leur agissement, absence de remords, plaisir fourni par la souffrance). études nord-américaines soulignaient le fait que l’une des caractéristiques des managers et l’adoption d’un tel comportement (certains présentent de manière innée ces caractéristiques, mais les autres adoptent ce comportement comme protection). On peut retrouver en consultation ce type de présentation chez des personnes ayant utilisé le harcèlement comme manière de fonctionnement vis-à-vis des autres (en entreprise mais aussi dans le cadre privé). Ces types de comportements sont souvent vécus par l’entourage professionnel des victimes comme dégradants, mais peu de collègues osent prendre la défense des victimes, faisant du coup l’impasse sur leur propre dignité. Certains, dans une logique de soumission, adhérent complétement à ces agissements, rentrant dans une logique de surenchère envers la victime (ça nous rappelle l’excellent Majesté des Mouches). Si on se rappelle des écrits de Carl Schneider, la culpabilité collective est un des facteurs et moteurs de cohésion du groupe (social, mais dans notre cas professionnel), faisant de ces harceleurs des psychopathes imprégnés de machiavélisme. Dans ce sens on peut constater un silence coupable, mais aussi un véritable tableau régressif des agressé envers le prédateur harceleur, comme un véritable syndrome de Stockholm.

Pour les situations d’harcèlement dans la sphère privée (réseaux sociaux, SMS, mails) les harceleurs ont fait une fixation vers des personnes qu’ils estiment comme faibles, avec une jouissance dans l’expression de leur harcèlement (remarques dévalorisantes, rabaissantes, insultantes, souvent à caractère sexuel et très intimiste) et de la souffrance que cet harcèlement induit.

 

Toujours selon cette étude, les jeunes adultes sont les plus touchés par ce phénomène : 65% des internautes de 18 à 29 ans disent avoir été la cible d'au moins un type de harcèlement en ligne. Comment expliquer cette spécificité ?  

Aroua Biri : Les jeunes adultes passent plus de temps et partagent volontiers beaucoup plus leurs vies sur les réseaux sociaux que leurs ainés. Ce qui augmente le risque qu’ils se fassent cyberharcelés.

Dan Véléa : Les jeunes adultes fréquent plus souvent les sites et réseaux sociaux, font moins attention aux « amis virtuels » et surtout exposent plus facilement les détails de leur privée. Les réseaux sociaux, dont on oublie souvent que représentent des espaces publics et non-privées, les phénomènes de selfies dans une société hypernarcissique, reflètent cette absence d’inquiétude, l’insouciance des utilisateurs. Il faut commencer les campagnes de prévention et de sensibilisation chez les jeunes (début du collège, voire avant) surveiller en tant que parents chez les jeunes, leurs fréquentations virtuelles (même si certains vont crier au flicage, chez les jeunes la conscience des risque, l’estime de soi, la confiance en soi et aux autres sont encore très faibles). Il faut aménager des espaces de discussions avec les jeunes, les rassurer quant aux conséquences (combien de jeunes ayant cédé à la tentation d’un cyber-harceleur de montrer des détails de leur intimité, menacés par ces prédateurs, refuse de demander de l’aide parental ou même aux amis réels ?). La force des prédateurs reste le silence des victimes, le silence sociétal avec parfois des remarques qui frisent la débilité (elle/il l’ont bien cherché – phrase qu’on entend aussi pour des victimes de viols !).

 

Le cyber-harcèlement peut-il avoir des effets néfastes sur la santé de ceux qui en sont victimes ?

Aroua Biri : Oui, le cyberharcèlement peut conduire à la perte de confiance, à l’anxiété, à la paranoïa, et au suicide dans des cas extrêmes. Aussi, cela impacte l’e-réputation des victimes du cyberharcèlement ce qui peut avoir des répercussions au niveau de leur vie professionnelle, ainsi que de leur vie amoureuse et sociale de façon générale.

 

Dan Véléa : Les conséquences psychiques peuvent être très graves, avec des tableaux anxio-dépressif caractérisés (idéation noire voir des tentatives de suicide, idées de culpabilité, une totale déconstruction de la confiance en soi et envers les autres). Peuvent apparaitre des véritables phobies sociales, des conséquences sur la vie privée et de couple. Les conséquences psycho-somatiques (palpitations, troubles de la tension artérielle, manifestation digestives, dermatologiques) sont nombreuses

 

Comment un adulte victime de cyber-harcèlement peut-il stopper l'agression ? Les procédures à suivre diffèrent-elles si la victime de cyber-harcèlement est majeure ou mineure ?

Aroua Biri :  En cas de cyberharcèlement, l’adulte doit suivre les recommandations suivantes :

 

- Se couper des réseaux sociaux le temps que l'orage passe ;

- En parler à son entourage ou à des professionnels pour ne pas affronter seul cette situation ;

- Sauvegarder les contenus de cyber harcèlement (comme preuves) et demander le retrait des contenus de cyber harcèlement en se faisant accompagner par un avocat si nécessaire ;

- Faire très attention aux contenus qu'on publie en ligne car tout ce qu'on poste (texte, photos, vidéos) peut être utilisé contre nous en cas de cyberharcèlement. 

Dan Véléa : On dit souvent qu’ignorer ces agissements aura comme effet l’éloignement de l’agresseur, mais souvent nous recommandons l’intervention directe par des personnes de confiance (parents, amis) ou plainte à la Police. Même dans ces situations, les cyber-harceleurs (qui présentent une mégalomanie sans limite, un sentiment d’impunité devant la loi, une relation objectale destructrice envers la victime, vue sans affects et émotions), profitent des faiblesses de leurs victimes (combien de cas lors des séparations litigieuse, ou l’harceleur a inondé les réseaux avec des propos diffamatoires, ne recommencent par peur de ces victimes ou de l’emprise de ces agresseurs ?).

Quant aux démarches de réparation des victimes, elles sont longues et passe souvent par la reconnaissance de leurs souffrances, en évitant les discours culpabilisants ; le renforcement de Soi passe par l’affirmation de soi, par la confiance en soi, par la réparation du préjudice. Le travail thérapeutique est long, souvent les victimes étant en phase de détresse aigué, à haut risque de chronicisation, avec souvent l’installation d’un état de stress post-traumatique avec un évitement et repli social très fort.

Est-il possible de retrouver les cyber-harceleurs qui opèrent sous anonymat ? Comment s'y prend-on ? Y a-t-il des caractéristiques propres aux cyber harceleurs ?

Aroua Biri : Oui, il est possible de retrouver les cyber harceleurs qui opèrent sous anonymat en France notamment grâce à leurs adresses IP ou autres techniques lorsqu’ils brouillent les pistes quant à leurs adresses IPs. Les cyber harceleurs aiment dominer et manquent cruellement d’empathie.

 

Dan Véléa : On trouve ce qu’on cherche, donc il faut donner aux forces de l’ordre la possibilité et le cadre légal d’agir, sans les encombrer de paperasse inutile, sans article de protection de la vie individuelle protégeant finalement l’harceleur (attention aux excès de Big Brother).

Les cyber-harceleurs anonymes sont des gens très lâches, faibles, qui prennent leur pouvoir dans cette manière d’agir derrière l’écran impunément. La seule crainte qu’ils ont c’est d’être démasqués, de devoir rendre des compte, mais malheureusement dans le contexte de leurs personnalités ils ont du mal à exprimer des remords, a reconnaitre les agissements ou demander pardon.

 

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