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Coincé entre Valls, Montebourg et Macron, François Hollande va tenter une dernière manœuvre pour échapper à l’étouffement complet

Publié le 16 mai 2016
Montebourg, Valls, Macron et Hollande. Les chefs d’entreprise n’ont jamais été autant sollicités par les leaders politiques et paradoxalement par ceux de la gauche qui essaient de participer à la recomposition.
Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ. ...
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Montebourg, Valls, Macron et Hollande. Les chefs d’entreprise n’ont jamais été autant sollicités par les leaders politiques et paradoxalement par ceux de la gauche qui essaient de participer à la recomposition.

La semaine va être chaude : Arnaud Montebourg va sortir du silence ce lundi. Emmanuel Macron caracole en tête de tous les sondages. Manuel Valls fait le forcing pour exclure les frondeurs du PS, alors que Martine Aubry s'y oppose. François Hollande, lui, va essayer de s'y retrouver dans un champ de ruines qu'il a lui-même provoqué. Que peut-il dire, mardi, puisqu’il a choisi de parler publiquement à la radio ? Désespérant !

La semaine qui s’ouvre va donc être chaude. Très chaude. Une pièce en cinq actes.

L’Acte 1 va se jouer aujourd’hui lundi. Arnaud Montebourg va, dans son fief et sur sa Roche de Solutré à lui, sortir d’un silence de plus de deux ans, et livrer un discours politique qui résumera son analyse de la situation française et en creux son ambition personnelle. Après l'émotion créée au Parlement par les frondeurs qui ont failli (à deux voix près) déposer une motion de censure, laquelle aurait fait tomber le gouvernement, Arnaud Montebourg va s'auto-proclamer leader de toutes ces brebis égarées dans la contestation. Il faut dire que les frondeurs n’ont pas de porte-parole charismatique et que Martine Aubry les a laissé tomber comme elle le fait à chaque fois.

Elle allume le feu, souffle sur les braises et quand il s'agit de reconstruire, elle n’est plus là. Martine Aubry n’a jamais eu envie de faire tomber le Président, elle veut simplement se payer Manuel Valls.

Alors les frondeurs, oui, si elle peut s'en servir. Mais non, si le mouvement déstabilise par trop le système.

En l'occurrence, c’est donc Arnaud Montebourg qui va essayer d'utiliser cette fronde de dissidents pour se refaire une santé et partir à l'assaut de la primaire. Les frondeurs sont d'accord, c’est le seul moyen pour eux de rester arrimés au Parti socialist, de conserver une investiture aux législatives et par conséquent d’avoir accès aux financements. La politique coûte cher, et les frondeurs comme l'extrême-gauche sont ruinés.

Arnaud Montebourg va donc leur offrir une clé de sauvetage. Avec quel programme ? Il va falloir lire et relire ce qu’il va dire parce qu'Arnaud Montebourg est pragmatique. Pas question de s’attaquer au système. Il sait bien que l’entreprise est le cœur du réacteur qui crée les richesses et les emplois, il faut donc lui organiser un écosystème qui lui soit favorable.

Il va donc avec beaucoup d’habileté expliquer que "l’économie de marché", ça n'est pas si mal, à condition qu'il y ait des contrepouvoirs forts, à condition aussi que l'Europe soit mieux gouvernée pour être plus efficace, que l’euro, qui a bien des défauts mais dont on ne peut pas faire sans, etc etc. Arnaud Montebourg n‘est pas révolutionnaire au point de passer par "Nuit debout". Le tout empaqueté dans un discours social.

Les chefs d’entreprise ne sont pas opposés. Ils ont gardé du ministre de l'Industrie l’image d’un pragmatique, capable de défendre les intérêts de l'industrie.   

Par conséquent, le retour d’Arnaud Montebourg n'est pas, en soi, une mauvaise nouvelle. L’homme aurait le talent de ramener la gauche de la gauche dans le jeu social libéral.

L’Acte 2, mardi matin. François Hollande, qui n'avait évidemment pas prévu que les choses se dégraderaient à ce point, prend le retour de Montebourg avec beaucoup de sérieux. Il avait coupé les ponts avec lui. Il le pensait sorti du marché. C’est raté. C’est la raison pour laquelle il a négocié une émission de radio dès mardi matin sur Europe 1 pour répondre à Montebourg, en quelque sorte.

Et mardi matin, sur Europe 1, il va essayer de se faire entendre des chefs d'entreprise parce que lui aussi considère que les chefs d’entreprise tiennent le nerf de la guerre. Alors les services de l’Elysée lui préparent un résumé de son quinquennat et de quoi expliquer qu’il a sauvé le pays d’une situation prérévolutionnaire en maintenant le système à l'équilibre. François Hollande pourrait même expliquer mardi matin que jamais pendant le quinquennat il n’a cédé aux frondeurs, au risque de faire exploser sa majorité.

Moyennant quoi, les chefs d’entreprise se rendent bien compte, que, ce dont ils ont besoin, c’est avant tout d'un homme capable de faire des compromis entre les forces sociales.

L’Acte 3 va mettre en scène Emmanuel Macron qui de son côté est sur un petit nuage. La semaine passée a été électrique pour lui mais les sondages lui sont de plus en plus favorables.

Donc il marche sur l'eau. Très mal équipé et très mal organisé, il va continuer à faire monter la pression. Il est en tête de toutes les personnalités de gauche pour être le candidat capable de batte la droite. Devant Manuel Valls, Martine Aubry et désormais devant François Hollande lui-même.

Arnaud Montebourg n'est pas encore arrivé sur les écrans radar. Les succès populaires d'Emmanuel Macron lui valent toutes ces polémiques concernant son éventuelle démission du gouvernement, et sa déclaration de candidature à l'Elysée. On l’a même accusé d’avoir été à Londres chercher de l’argent à la City. La rumeur est non seulement malveillante mais stupide. Macron a tous les chefs d’entreprise français à ses pieds pour financer une éventuelle campagne présidentielle, mais tout cela est très prématuré ; d’autant que personne ne peut garantir qu’il n’y aurait pas un pacte secret avec François Hollande.

L'Acte 4 remet la lumière sur le Premier ministre, Manuel Valls. Dans cette tragi-comédie à mi-chemin entre le théâtre de Molière et celui de Racine, Manuel Valls est de plus en plus agacé. Macron lui a pris une part importante de son cœur de cible, celui des décideurs économiques et des cadres moyens, avec une liberté de ton qui lui permet de draguer à gauche comme à droite. Pour Valls, c’est insupportable.

Manuel Valls aurait sans doute voulu démissionner du gouvernement, mais sur un coup d‘éclat. Maintenant, il est coincé. Trop tard ? Les frondeurs et les écologistes ne lui ont même pas rendu le service de signer une motion de censure qui l’aurait évincé du gouvernement et remis en liberté.

Son problème désormais est pour lui de peser de tout son poids pour les sortir du Parti socialiste et leur barrer la route des législatives.

Manuel Valls se retrouverait avec un Parti socialiste plus homogène qui pourrait reprendre des forces.

Cette stratégie va être compliquée à mettre en œuvre. François Hollande veut garder tout le monde, Arnaud Montebourg va aider les frondeurs à ne pas mourir, oubliés dans le marécage à conditions qu’ils lui fassent allégeance, ce qu’ils vont faire.

Et Emmanuel Macron va continuer de survoler le zoo où tout le monde s’agite sans jamais dire au fond s’il joue pour lui-même ou pour Hollande.

L'Acte 5 appartient aux chefs d’entreprise petites et moyennes et aux jeunes cadres qui ne rêvent que d’une chose, gagner leur vie en exploitant les filons industriels ouverts grâce à la mondialisation et aux nouvelles technologies. Ils sont très attentifs à ce qu'il se passe, parce qu’ils considèrent que la classe politique est en train de préparer le terrain pour des réformes structurelles qu’on aurait dû faire depuis dix ans. La meilleure preuve, c’est que les leaders déclarés de la droite ont tous publié des programmes de politique économique responsables et pragmatiques. Ils sont tous économie d’offre et très pro-business et considèrent que le mal français est de ne pas avoir suffisamment d 'ntreprises dynamiques ; que le poids de l 'dministration est beaucoup trop lourd (56% du PIB) ; que la fiscalité est paralysante et surtout que le retour sur investissement fiscal est médiocre. En termes plus vulgaires, la fonction publique coûte trop chère par rapport aux services rendus.

Alors tous sont alignés sur la plante libérale avec quelques nuances.

Alain Juppé s’est converti au libéralisme économique mais reste prudent quant à la méthode pour mettre en œuvre les reformes.

Bruno Le Maire est lui aussi sur une orbite libérale, mais il se laisse aller à la tentation protectionniste et souverainiste avec un projet fumeux de référendum sur l’Europe et sur l’euro.

François Fillon est sans doute le plus déterminé avec une méthode qui consisterait à considérer que l'élection présidentielle vaudrait autorisation pour faire passer des grandes réformes par voie d’ordonnance dans les trois premiers mois.

L'opinion publique est en train de réaliser que dans ce pays les promesses électorales ne manquent pas, mais ce qu'il manque c’est le courage de les réaliser. Pour les chefs d ‘entreprise, celui qui est le plus cohérent dans la démarche, c’est François Fillon (d'où sans doute sa remontée dans les sondages). 

Un indicateur intéressant : celui qui mesure le niveau des demandes de conférences ou d’interventions publiques dans les grandes conventions d’entreprise, les banques, les chambres de commerce, les universités ou les grandes écoles, et même les IUT qui se mettent à inviter des personnalités étrangères à l’université.

Les personnalités politiques les plus sollicitées sont :

1) Emmanuel Macron. Il est invité partout et pour n'importe quoi. C’est actuellement le champion de France et d’Europe. Parce que l’étranger aussi veut rencontrer "le petit jeune qui monte".

2) François Fillon. Il fait salle comble dans les milieux de chefs d'entreprise et d’étudiants d’école de commerce et d'ingénieurs.

3) Bruno Le Maire et Arnaud Montebourg, très sollicités par des publics qui sont plus des militants de partis politiques, à droite comme à gauche.

Ce tiercé dans l’ordre n’a aucune valeur scientifique... Mais quand un conférencier remplit une salle avec des gens qui ne sont nullement obligés de venir, ca n‘est jamais par hasard.

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