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Silence, on tourne

Ils devaient parler agriculture et agroalimentaire à Hollande, ils ont été réduits au silence

Publié le 14 avril 2016
L'éleveur de porcs Nicolas Leborgne et la déléguée syndicale du volailler Doux Nadine Hourmant devaient faire partie des 6 Français appelés à donner la réplique au Président de la République ce jeudi soir sur France 2. Finalement, on leur a demandé de rester chez eux, seuls 4 Français feront face à François Hollande.
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
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L'éleveur de porcs Nicolas Leborgne et la déléguée syndicale du volailler Doux Nadine Hourmant devaient faire partie des 6 Français appelés à donner la réplique au Président de la République ce jeudi soir sur France 2. Finalement, on leur a demandé de rester chez eux, seuls 4 Français feront face à François Hollande.

Ce jeudi 14 avril à 20h15, et pour deux heures, on parlera de loi du travail, de terrorisme et Défense nationale, d'entreprises au sens large, et du Front national et démocratie... Et de rien d'autre ! Plus question d'aborder la crise agricole, ni ses effets induits sur l'agroalimentaire, qui faisaient pourtant partie du programme initial prévu pour la grande émission de communication du Président de la République, "dialogue citoyen avec François Hollande", en direct du musée de l'Homme à Paris.

Le dialogue "citoyen" exclut ainsi tout ce qui a trait à l'agriculture et à l'agroalimentaire, et donc à la crise. Chacun appréciera... Par souci de rétablissement démocratique, WikiAgri donne donc la parole aux deux noms rayés des listes, Nicolas Leborgne éleveur de porcs à Pluduno (Côtes-d'Armor), et Nadine Hourmant, déléguée syndicale FO au sein de l'entreprise de volailles Doux (Finistère).

Nicolas Leborgne : "Que l'on fasse une loi pour interdire les ventes à perte des producteurs !"

Interviewé par WikiAgri, Nicolas Leborgne explique comment se sont passées les tractations avec l'émission : "Dans un premier temps, France 2 m'a appelé pour me dire que j'avais été choisi parmi 10 agriculteurs possibles. Le profil réclamé était d'éviter quelqu'un de trop marqué syndicalement (je suis inscrit à la Fdsea de mon département mais n'y ai pas de responsabilités particulières), mais qui sache s'exprimer et ne soit pas trop impressionné en présence du Président. Je pense avoir été retenu après être passé à l'émission Complément d'enquête (Ndlr : visionner la vidéo plus bas). Et puis le mercredi 6 avril, j'ai été rappelé pour me dire que je ne faisais plus partie des invités. La raison officielle : il y avait 6 invités de prévus pour une émission de deux heures, et ça en faisait 2 de trop, il fallait réduire à 4, pour que le Président ait le temps de bien discuter avec chacun..."

Une décision mal perçue par Nicolas Leborgne, en colère même : "Avec Nadine Hourmant qui pouvait représenter l'agroalimentaire, je constate que l'on rejette agriculture et agroalimentaire. Nous avons été écartés. Je ne sais pas si c'est la faute à l'Elysée ou à France 2, mais ce que je vois à l'arrivée, c'est que personne ne parlera de la crise que nous traversons, des difficultés rencontrées sur le terrain. J'ai 38 ans, je suis éleveur de porcs depuis 6 ans, j'ai 200 truies en naisseur-engraisseur. Aujourd'hui, j'ai 700 000 € de dettes cumulées entre les crédits et les retards fournisseurs. On me dit "il faut vendre". Mais si je vends mes truies, je vais en tirer 200 000 € dans le meilleur des cas. Et les 500 000 autres euros, je vais faire comment pour les rembourser ? Une vie n'y suffira pas ! Ce dont nous avons besoin, c'est de prix, maintenus, fiables, qui correspondent à notre travail. Les GMS et les industriels prennent une trop forte marge au détriment des producteurs, qui ne peuvent plus suivre. Nous sommes le seul métier aujourd'hui où l'on vend à perte ! Ce devrait être interdit de vendre à perte en France, je croyais même que ça l'était. Hé bien nous, nous vendons à perte ! Voilà ce que je voulais lui dire, à M. Hollande !"

 

"Le gouvernement estime qu'il a réglé le problème à coup d'aides de 10 000 € de temps à autres..."

Nicolas Leborgne avait même préparé une proposition à soumettre au Président : "Que l'on fasse une loi pour interdire les ventes à perte des producteurs. Les prix d'achat doivent être tels qu'ils n'entrainent plus de vente à perte de la part du producteur. Avec une telle loi, les injustices dans les répartitions des marges finiraient par se réparer. Ensuite, il faudrait sans doute l'assortir d'une obligation d'acheter français pour un pourcentage minimum, de telle façon que les prix bas qui n'auraient plus cours en France ne soient pas recherchés ailleurs."

Il conclut : "Le gouvernement estime qu'il règle le problème à coup d'aides de 10 000 € de temps à autres... Mais que représentent-ils face à mon déficit ? Nous devons retrouver des prix, c'est impératif !"

Nadine Hourmant : "Je suis persuadée que Hollande voulait m'éviter"

Nadine Hourmant est ouvrière, déléguée syndicale FO chez le volailler Doux, non encartée politiquement, travaillant donc pour l'agroalimentaire "qui n'existerait pas sans l'agriculture, et vice-versa", précise-t-elle d'emblée à WikiAgri. Dans un premier temps, elle explique comment se sont déroulées les tractations pour elle : "Le premier contact par les journalistes de France 2 date de la mi février. Il n'était alors pas encore question de changer l'intitulé de l'émission Des paroles et des actes. On m'a demandé si j'accepterais de discuter avec le Président de la République, notamment après les propos que j'avais tenus lors d'une précédente émission (Ndlr : vidéo plus bas), où je mettais en cause l'intérêt du pacte responsabilité pour l'emploi. En même temps, je savais que M. Hollande n'apprécierait pas de m'avoir face à lui, et je l'ai tout de suite mentionné, mais il m'a été répondu qu'il ne connaitrait pas les intervenants, qui n'appartenaient qu'au choix des journalistes de France 2. On m'a juste demandé de conserver le secret sur cette émission, ce que j'ai fait d'autant plus volontiers que je me doutais, dès le départ, qu'il pouvait y avoir une volonté présidentielle de m'écarter, alors que j'avais des choses à dire. Le thème devait être, alors, la loi El Khomri, sur laquelle devaient intervenir un agriculteur, un patron de PME et moi-même, d'autres questions devant être abordées comme la déchéance de nationalité et la démocratie. Les journalistes de France 2 m'ont même fait aménager mon temps de travail dans mon entreprise pour venir faire un reportage sur moi le vendredi précédent l'émission... Mais deux jours avant ce reportage, ils ont tout annulé. "Votre participation n'est plus d'actualité" m'a-t-on dit au téléphone. Quelque part, je n'ai pas été si surprise que ça, je suis persuadée que Hollande voulait m'éviter... Je n'en veux pas aux journalistes de France 2, j'ai compris que plusieurs d'entre eux n'ont pas cautionné ce revirement..."

"Je n'en veux pas aux journalistes de France 2, j'ai compris que plusieurs d'entre eux n'ont pas cautionné ce revirement"

Nadine Hourmant avait pourtant préparé son intervention, et s'apprêtait à poser trois questions au Président de la République : "Je voulais l'interroger sur la hiérarchie des normes, telle qu'elle apparaît dans la loi El Khomri. Egalement sur les licenciements. Et enfin sur le pacte de responsabilité. Je voulais faire entendre les difficultés d'en bas. Demander pourquoi le candidat Hollande a dit qu'il allait s'attaquer au monde de la finance et le Président a fait exactement le contraire. Mais il a donc préféré éviter les questions. Alors que c'est lui le Président, il peut tout de même assumer cette fonction, écouter ce que la base a à lui dire. Je croyais que c'était l'objectif de cette émission. Au lieu de ça, on va assister à une énorme manipulation, à un lancement de campagne électorale un an avant les présidentielles de 2017, M. Hollande prend la chaine du service public pour une promotion personnelle, il oublie que ce n'est pas depuis les salons élyséens qu'il peut se rendre compte de ce que vivent les gens. C'est la même chose pour l'agriculture d'ailleurs, ce n'est pas en passant 7 heures au salon de l'agriculture que l'on a tout vu, tout entendu, qu'il aille sur le terrain, et qu'il accepte de discuter !"

Puisque France 2 et le Président ne permettront pas d'écouter les trois points que voulait développer Nadine Hourmant, nous lui donnons la parole. La hiérarchie de normes : "Jusqu'à présent, il y avait la loi, les conventions collectives, et l'accord d'entreprise. Aujourd'hui, on nous dit que l'accord d'entreprise seul pourra se substituer aux deux autres, ce qui pose de fait de grandes questions sur des inégalités d'une entreprise à l'autre, et même sur l'ensemble du respect des lois." Les licenciements : "Une entreprise avec un exercice en déficit pourra licencier beaucoup plus facilement qu'avant. Parallèlement, les congés payés, un acquis social national qui date de 1936, sont remis en cause. Les procédures des prud'hommes évoluent aussi. Cela fait beaucoup à la fois." Le pacte de responsabilité : "41 milliards ont été accordés au Medef à travers ce pacte, en échange d'emplois créés. Ma question, combien d'emplois ont été créés avec cette manne ?"

Ce discours venant d'une syndicaliste ("moi, j'assume mon mandat, j'aimerais bien que les politiques en fassent autant") pourra peut-être sembler éloigné des conceptions des chefs d'entreprises agricoles qui forment le lectorat essentiel de WikiAgri. Mais la question n'est pas là : nous sommes dans une démocratie, ce point de vue a le droit de cité, d'autant qu'on y trouve, au moins dans les constats (si on ne partage plus ensuite l'interprétation) une réelle matière à réflexion. "Aujourd'hui, ceux qui travaillent ne sont plus écoutés", ajoute Nadine Hourmant, qui fera l'unanimité cette fois chez les agriculteurs en concluant : "Chez Doux quand on encartonne 1000 poulets à l'heure, ou dans le monde agricole quand il faut se lever à 4 heures du matin, on sait ce que sont les vérités du terrain. Les politiques, eux, les ignorent."

 

Censure élyséenne ou choix rédactionnel ?

Selon un très intéressant article du Monde, le fait que Nicolas Leborgne et Nadine Hourmant n'aient finalement pas été invités pour un "dialogue citoyen" avec François Hollande peut avoir plusieurs sources. Michel Field nie avoir reçu quelque demande que ce soit de l'Elysée. Il a ainsi déclaré aux journalistes du Monde : "C’était une volonté de notre part, pas une demande de l’Elysée. Avoir moins de citoyens permettait d’avoir un vrai dialogue, pas seulement un témoignage, une question et une réponse du Président, et puis c’est tout." Il s'agirait donc selon lui du cadrage du style de l'émission, et de rien d'autre. Il ajoute d'ailleurs plus loin dans le même article du Monde : "Cette émission n’a pas été montée sous la dictée de l’Elysée, loin de là. Il y a eu des discussions âpres, où chacun a défendu son point de vue."

Le choix d'exclure la crise agricole du débat national garde donc des causes qui restent tout de même relativement obscures. Le choix rédactionnel, si l'on prête corps aux affirmations de Michel Field, serait un moindre mal par rapport à la perception que l'on est en droit d'avoir sur les obligations élyséennes, mais représente tout de même un problème majeur quant à la perception des réalités du terrain, cette fois par la chaine publique majeure.

Les quatre vidéos qui expliquent les choix

En quatre vidéos (ci-dessous), vous pouvez comprendre pourquoi la rédaction de France 2 a choisi Nicolas Leborgne et Nadine Hourmant pour exprimer des vérités de terrain au Président de la République, mais aussi pourquoi ils ont été finalement estimés "dangereux" pour ce même Président, dans le cadre d'un direct télévisé, sans possibilité de coupe au montage : l'un et l'autre ne mâchent pas leurs mots, ne sont pas impressionnables, et auraient pu finalement aller jusqu'à déstabiliser le chef de l'Etat.

Résultat, que l'on soit pour ou contre ce qu'ont à dire Nicolas Leborgne et Nadine Hourmant dans leur façon de décrire "leur" crise agricole et agroalimentaire, le grand public n'en saura rien. Pire même, il n'aura aucun son de cloche concernant une crise carrément sortie du débat national.

Les quatre vidéos ci-dessous montrent Nicolas Leborgne pour les deux premières puis Nadine Hourmant pour les deux autres franchement révoltés face à leurs situations. Nicolas Leborgne ne comprend pas l'arrêt de manifestations "mais on va crever nous", l'entend-on clairement s'exprimer face au président de la Fnsea Xavier Beulin dans la première vidéo. Il est ensuite l'invité de l'émission "Complément d'enquête". De son côté, Nadine Hourmant invite la maire de Morlaix Agnès Le Brun à "venir travailler à la chaine avec moi, venir empaler des poulets, vous allez voir ce que c'est". Puis, dans la dernière vidéo, elle dénonce les "cadeaux fiscaux aux entreprises sans contrepartie et qui ne profitent qu'au monde la finance". C'est pour leurs sens de la répartie à tous deux, sur le terrain mais aussi en studios, que la rédaction de France 2 avait, dans un premier temps, estimé qu'ils pouvaient donner une réplique intéressante et représentative du terrain au Président de la République... Avant de se rétracter. 

 
 


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OLYTTEUS
- 14/04/2016 - 18:26
Journalisme de cour d'école
Globalement,les grands médias servent la soupe au pouvoir de gauche car les journalistes sont très majoritairement de gauche et que ce sont les politiques qui leur accordent leurs avantages pécuniers....
De plus en plus, l'info est digne de la cour d'école:untel a dit ceci,un autre a dit cela,etc,etc.les problèmes de fond ne sont quasiment pas traités,juste évoqués...servir la soupe à Hollande est du même niveau:la cour d'école.
Jean-Benoist
- 14/04/2016 - 16:54
censure,
Et calcul entre mesonges taubira non informée des écoutes de Sarko.
ce pouvoir est pourri par machiavel et ses énarques.
Il est temps de se reveiller car lhommeca la mob nous meprisent et n'aime pas son pays.
Ganesha
- 14/04/2016 - 11:08
Les industriels à genoux !
Quand vous allez au supermarché faire vos courses, jetez un rapide coup d'œil sur les marques les plus connues de jambon (puis-je citer des noms ? ) et celle la plus prestigieuse de pâté : aucune indication du pays d'origine des porcs. J'en ai vu qui indiquaient timidement ''élaboré en France'', c'est à dire qu'on a fait cuire en France du porc allemand ou espagnol à 1 euro le kilo. La petite vignette ''porc français'' est facilement repérable. Pour les œufs et le poulet, s'il a été élevé en liberté, c'est clairement écrit… Si tous les consommateurs font comme moi, nous mettrons rapidement les industriels à genoux !