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Attention danger
Une menace économique mondiale : la déflation et les rôles déterminants exercés par la Chine et l'Arabie Saoudite
Publié le 11 mars 2016
Alors que l'économie mondiale ne traverse pas une période particulièrement florissante, la situation économique et politique de deux pays en particulier attire l'attention aujourd'hui : la Chine et l'Arabie Saoudite.
Christian Dargnat a exercé pendant 25 ans des fonctions de dirigeant dans l’industrie financière de la gestion d’actifs. Directeur général d’un des principaux acteurs mondiaux, il a également représenté cette industrie en tant que Président de son...
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Christian Dargnat a exercé pendant 25 ans des fonctions de dirigeant dans l’industrie financière de la gestion d’actifs. Directeur général d’un des principaux acteurs mondiaux, il a également représenté cette industrie en tant que Président de son...
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Alors que l'économie mondiale ne traverse pas une période particulièrement florissante, la situation économique et politique de deux pays en particulier attire l'attention aujourd'hui : la Chine et l'Arabie Saoudite.

La décélération de la croissance chinoise (principale contributrice à hauteur d’un tiers de la croissance mondiale ces 10 dernières années), la chute du prix du pétrole (en repli de 70% sur 18 mois), et enfin la moindre activité enregistrée au sein de l’industrie américaine (affectée par l’appréciation du Dollar) constituent un triptyque qui accentue les craintes d’un retour de l’hydre déflationniste.

Les craintes manifestées par les investisseurs financiers en ce début d’année 2016 sont révélatrices des incertitudes présentes face aux réactions à venir de gouvernants qui semblent désemparées, dans le cas chinois, ou intempestives, dans le cas saoudien. Les premières pourraient déclencher une "guerre des monnaies" tandis que les secondes, après avoir provoqué un effondrement du prix des matières premières, rehaussent le niveau de tensions géopolitiques au Moyen-Orient. Les inquiétudes générées sont d’autant plus vives qu’en raison des niveaux de taux d’intérêt atteints extrêmement faibles après la mise en place de politiques de "quantitative easing", les banques centrales occidentales possèdent désormais une "force de frappe" limitée pour endiguer cette perspective déflationniste,

Les enjeux chinois et saoudiens constituent les principales incertitudes économiques et financières actuelles.

De "la fin du long fleuve tranquille" des trois dernières décennies de développement économique chinois à la résolution de la "quadrature du cercle" des réformes de Xi Jingpin

Surcapacité industrielle, surendettement des entreprises, fragilité du système bancaire, dégradation de la compétitivité… Les lacunes de l’économie chinoise sont identifiées. La nécessité de faire évoluer le modèle de développement chinois est inscrite à l’agenda des autorités publiques. La mise en place des mesures d’ajustement nécessaires à la réalisation des objectifs implique non seulement des conséquences déstabilisantes pour le corps social chinois (la professionnalisation de l’armée par exemple s’accompagnera de 300 000 "licenciements" de personnel militaire) mais comporte également des contradictions temporelles entre difficultés réelles de court terme et bénéfices espérés à moyen/long terme pour l’économie chinoise. 

L’évolution du taux de change est à cet égard emblématique de la "quadrature du cercle" chinois. Le ralentissement économique chinois s’accompagne de sorties de capitaux, ce qui fragilise la devise chinoise. La Banque centrale de Chine a tenté jusqu’à présent de maintenir la parité contre dollar puis, plus récemment, contre un panier de monnaies, en vendant des réserves de changes (le stock de 4000 milliards en juin 2014, a été ramené à 3300 milliards en décembre 2015). Le succès de cette stratégie s’est révélée mitigée, comme en témoigne la dépréciation de plus 5% du Renminbi (RMB) enregistrée contre dollar depuis juillet 2015.

La dépréciation du RMB est dommageable pour la Chine à moyen et long terme car elle freine la transition de l’économie domestique de l’investissement vers la consommation et de l’industrie vers les services, et décourage les efforts d’innovation des entreprises industrielles en incitant à la facilité exportatrice qu’autorise une devise dépréciée. Conjointement, elle ne constitue pas non plus une bonne nouvelle pour l’économie mondiale en accentuant ses pressions déflationnistes, notamment par la dépression du prix des matières premières et le ralentissement accentué de l’activité des pays émergents.

"Marchant sur une corde raide", les autorités chinoises vont probablement tenter d’atténuer la vitesse et l’ampleur de la dépréciation du yuan plutôt que de s’y opposer ou de laisser la monnaie se déprécier brutalement. Cette politique économique va vraisemblablement s’accompagner d’une politique fiscale plus accommodante et d’une politique monétaire plus flexible avec des baisses de taux d’intérêt. Cette politique n’a de chances de réussir que si les autorités chinoises sont capables de convaincre les investisseurs de leur volonté d’implémenter les réformes structurelles industrielles et financières annoncées.

Si les ressources financières de la Chine sont suffisantes pour que Xi Jinping maintienne son cap réformateur, en revanche, la perception de déstabilisation de son pouvoir personnel ou de celle du Parti communiste constitue une "ligne rouge absolue" qui condamnerait la poursuite des réformes initiées. Dans une telle hypothèse, nous assisterions à un repli sur soi de la Chine dont les conséquences géoéconomiques de "retour en arrière" seraient très négatives… et iraient bien au-delà des perturbations boursières actuelles…

Initiateur de la politique saoudienne actuelle, le prince M. Ben Salman, sauveur de la tribu Saoud ou son liquidateur ?

Si elles s’avèrent révélatrices de prises de conscience de la nécessité de faire évoluer le royaume, les décisions saoudiennes politiques et économiques depuis l’avènement du Roi Salman s’avèrent au mieux des gesticulations, au pire, illustrent les faiblesses structurelles du royaume wahhabite.

La décision d’accroître la production pétrolière pour capter des parts de marchés mondiales supplémentaires au détriment des producteurs d’énergie de schiste essentiellement américains, de l’ennemi iranien et du concurrent russe se révèle une faute stratégique. Cette politique est suicidaire, comme en témoigne le creusement abyssal du déficit budgétaire saoudien qui a frôlé le seuil des 20% en 2015, ainsi que l’effondrement des réserves de changes (dont l’épuisement est programmé pour 2020 au rythme actuel des besoins). La décision saoudienne de se lancer dans une guerre au Yémen fut tout aussi inconséquente comme en témoigne l’incapacité à rétablir une situation à son avantage sur le terrain militaire malgré des moyens considérables mis en place, confirmation supplémentaire que l’ampleur des dépenses militaires (11% du PIB national, record mondial !) ne suffit pas pour gagner une guerre ! L’exécution en début d’année d’un sheik chiite, que sa décision provienne d’une volonté de durcissement politique vis à vis de l’Iran ou d’un arbitrage politique domestique, représente surtout une preuve de faiblesse supplémentaire du royaume plutôt qu’une bonne évaluation des conséquences de cet acte sur les rapports de force régionaux.

Le pouvoir saoudien est fragile : fragilité économique, accentuée par la baisse du prix du pétrole qu’il a lui-même déclenchée ; fragilité politique, tiraillé entre la volonté de revanche chiite et la menace jihadiste ; fragilité existentielle, enfin, avec l’indifférence grandissante de son protecteur américain !

"La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre", écrivait le géographe et géopoliticien Yves Lacoste. La vision d’une carte actuelle permet de comprendre l’état d’esprit actuel du pouvoir saoudien qui se sent menacé dans son existence-même : au Nord-Ouest, avec la Syrie, au Nord-Est avec l’Irak, au Sud avec le Yémen, à l’Est avec Bahrein et en son sein-même dans ses provinces orientales, le chiisme, son ennemi mortel, progresse… Mais si la prise de conscience est la première étape nécessaire au sauvetage, elle doit s’accompagner de résolutions raisonnées et d’actions intelligentes pour s’extraire des difficultés puis prospérer…

Chine et Arabie Saoudite sont confrontées à des défis majeurs que ces deux pays - 2ème économie mondiale et 2ème producteur mondial de pétrole - doivent relever en réformant leurs structures économiques et probablement sociales. Analyser les politiques de ces deux pays est non seulement essentiel pour déterminer si le caractère déflationniste de l’économie mondiale risque de s’ancrer durablement mais également pour esquisser le cadre géopolitique de la décennie à venir, alors que l’Asie et le Moyen Orient constituent deux zones de risques majeur.

Anticiper ces évolutions est indispensable à la compréhension du monde même si l’exercice consiste actuellement à tenter de résoudre une "devinette enveloppée dans un mystère à l'intérieur d'une énigme"... (Winston Churchill)

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zouk
- 11/03/2016 - 15:46
Instabilité mondiale
Tristement vrai. Mais le pire est à craindre, non de la Chine qui a un gouvernement intelligent et capables de réformes profondes, mais bien de l'Arabie Saoudite, aux mains d'un très petit clan spoliateur des richesses immenses du pays et grave danger pour une stabilisation du Proche Orient: ils ne cessent de jeter de l'huile sur le feu. Et la réaction n'est guère à espérer de l'intérieur: ils ont profondément abruti leur peuple avec 4 siècles de wahabisme.
Pourquoi-pas31
- 11/03/2016 - 12:34
Pour comprendre tout cela et appréhender des solutions,
Il faut : 1 - un bon cerveau en état de marche. 2 - des renseignements de première main. 3 - Une bonne boule de cristal sans fêlure.