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Martine à la guerre : l’étonnante myopie de cette gauche qui ne réalise pas que François Hollande (aussi faible soit-il) demeure sa meilleure chance pour 2017

Publié le 25 février 2016
Dans une tribune publiée dans Le Monde, Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit et plusieurs personnalités de gauche dénoncent la politique de François Hollande et sa capacité à remporter les élections en 2017. Pourtant, avec Manuel Valls, ils représentent les meilleures options pour fédérer la gauche (bien que le Premier ministre devrait jouer contre le parti, lui bloquant toute victoire potentielle). François Hollande demeure en effet le meilleur espoir de synthèse.
Pascal Cauchy est professeur d'histoire à Sciences Po, chercheur au CHSP et conseiller éditorial auprès de plusieurs maisons d'édition françaises.Il est l'auteur de L'élection d'un notable (Vendemiaire, avril 2011). 
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Erwan Lestrohan est directeur d'études à l'Institut BVA.
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Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
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Dans une tribune publiée dans Le Monde, Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit et plusieurs personnalités de gauche dénoncent la politique de François Hollande et sa capacité à remporter les élections en 2017. Pourtant, avec Manuel Valls, ils représentent les meilleures options pour fédérer la gauche (bien que le Premier ministre devrait jouer contre le parti, lui bloquant toute victoire potentielle). François Hollande demeure en effet le meilleur espoir de synthèse.

Atlantico : malgré ses faiblesses, en quoi François Hollande peut-il apparaître comme le candidat ayant les meilleures chances de rassembler les deux courants qui fracturent le PS, entre le courant social-libéral et la gauche du Parti socialiste ?

Pascal Cauchy : En premier lieu, il est important de rappeler que François Hollande a un atout majeur car c’est le Président sortant. Cela n’a pas forcément porté chance à deux candidats parmi lesquels Valéry Giscard d’Estaing ou Nicolas Sarkozy, mais cette position reste la plus favorable à une réélection.

Les scénarios qui laisseraient place à un autre programme que celui de ce gouvernement n’a pas lieu d’être aujourd’hui. François Hollande sera donc probablement candidat à sa propre reconduction, et il ne va certainement pas se "charger" avec un programme qui aurait pour dessein de faire une synthèse au sein de son parti. En tout cas ce n’est pas à 14 mois de l’élection présidentielle qu’il peut commencer à imaginer à être candidat à une quelconque primaire. La question est simple, du point de vue des institutions, l’organisation d’une primaire serait absurde.

Je rappellerai aussi que les protagonistes qui ont signé cette tribune sont pratiquement les mêmes que ceux qui ont été à l’origine de la primaire d’il y a 4 ans. On y retrouve les mêmes clivages, arguments et positionnements qui ont déjà été tranchés par les militants une première fois, et où François Hollande est sorti vainqueur. Le crédit de François Hollande, s’il a été entamé, reste toujours fort parmi les sympathisants socialistes. Les pétitionnaires sont donc minoritaires.

Erwan Lestrohan : A la différence de Manuel Valls dont le "J'aime l'entreprise" d’août 2014 avait divisé, François Hollande, premier secrétaire du PS pendant plus de 10 ans, incarne probablement une remise en question moins nette des fondamentaux de gauche sur le front de l’emploi, domaine qui constitue le sujet central des préoccupations des Français.

Pour autant, le décalage d’une partie des sympathisants de la gauche avec son corpus idéologique traditionnel est aussi à prendre en compte et dans l’hypothèse d’une primaire invitant l’ensemble des sympathisants de la gauche à voter pour désigner le candidat du Parti socialiste, François Hollande arriverait en deuxième position derrière le Premier ministre. Parmi les différentes candidatures que nous avons testées en octobre 2015 auprès de "votants certains", c’est celle de Manuel Valls qui arrivait en tête des suffrages exprimés (33%) devant François Hollande (22%).

Il est ici à noter que la place qu’occupe le couple exécutif dans les préférences des votants potentiels est assez importante et montre que le courant socio-libéral bénéficie d’un intérêt certain. En effet, dans un contexte pourtant marqué par une forte division de la gauche, une contestation de l’action du Président et du Premier ministre au sein de la majorité et l’émergence des "Frondeurs" au sein du Parti socialiste, Martine Aubry n’arrivait qu’en troisième position (17%) bien qu’elle soit le premier choix des sympathisants des partis à la "gauche du PS" (LO, NPA, PC, PdG) avec 25% des intentions de vote, devant Arnaud Montebourg (18%) et Benoît Hamon (14%).

Bruno Cautrès : La très forte charge de la tribune publiée dans le Monde par Martine Aubry et par des contestataires de la ligne Valls (car si le Président n’est pas cité mais désigné entre les lignes dans cette tribune, telle n’est pas le cas du Premier ministre explicitement visé) montre à quel point la tâche va être difficile pour  Hollande pour 2017. Il y a en effet une fracture au sein de la gauche sur les questions économiques et sociales. Comme l’a récemment remarqué Pascal Perrineau, "la gauche est brisée". Autant la droite est principalement divisée par des questions comme l’immigration, l’identité nationale, autant la gauche est divisée par son rapport à l’économie globale et à ses contraintes sur le modèle social français.

Le vaste panel électoral que nous réalisons au CEVIPOF en ce moment montre que l’électorat potentiel de François Hollande pour 2017 est toujours demandeur de politiques économiques de gauche : parmi ceux sont certains d’aller voter en 2017 et qui veulent que l’on recrute davantage de fonctionnaires 25% déclarent vouloir voter pour Hollande et seulement 11% pour Sarkozy ou 17% pour Juppé ; parmi ceux qui souhaitent que l’on augmente les possibilités pour une entreprise de licencier 12% déclarent vouloir voter pour Hollande et 33.5% pour Nicolas Sarkozy ou 47.5% pour Alain Juppé. Si l’on voit donc que l’électorat potentiel de François Hollande continue d’être favorable à des politiques de gauche, ces préférences sont plus marquées au sein des électorats potentiels de Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Duflot. Sur les thèmes de la protection de l’environnement, F. Hollande est très fortement concurrencé si Alain Juppé était candidat.

Au plan de l’électorat général et pas seulement celui du PS, on voit également dans l’enquête que nous réalisons au CEVIPOF, des souhaits de davantage de dépenses et d’intervention publiques dans les domaines fortement « régaliens » de la sécurité intérieure et extérieure ou du contrôle des frontières, dans des domaines sociaux bien précis comme les retraites, l’éducation ou le salaire minimum, dans des secteurs innovants (protection de l’environnement, lutte contre le réchauffement climatique, taxes sur les activités polluantes) ; on observe également des souhaits de moins de dépenses et de restrictions sur le nombre d’étrangers autorisés à résider en France, le nombre de réfugiés et de demandeurs d’asile, les aides sociales versées aux étrangers résidant résidants régulièrement. Il existe également dans l’ensemble de l’électorat une très forte demande de réduction du déficit budgétaire de l’Etat. Le candidat principal de la gauche en 2017 devra donc incarner une synthèse dans un contexte électoral qui sera très fortement encore marqué par la question des déficits publics et des impôts. De ce point de vue, l’éventuelle candidature Hollande pour 2017 n’a pas d’autre choix que de vouloir incarner cette synthèse. C’est aussi lié au fait qu’il est un Président sortant, un peu comme François Mitterrand en 1988 (avec la grande différence que Mitterrand sortait alors de deux ans de cohabitation avec la droite). Le passage par une « case primaire » est bien entendu en relative contradiction avec une stratégie de "recentrage" de Hollande, stratégie qui ne peut que créer des tensions à gauche.  Ce n’est pas le seul problème de l’opération que va tenter Hollande qui semble singulièrement en bout de course ces temps-ci.

Même si Valls est en tête dans les enquêtes d'opinion, sa candidature pourrait-elle être empêchée par le non-soutien de la part de son propre parti ?

Pascal Cauchy : On imagine mal, sauf à échafauder des scénarios rocambolesques, le Premier ministre sortant du même parti que le Président être candidat contre sa réélection. On entrerait dans une politique fiction, et les électeurs étant par nature légitimistes, donneraient probablement leur vote à François Hollande.

D’autre part l’assise politique de Manuel Valls, indépendamment de son action au gouvernement, est encore trop faible à l’intérieur de son parti. Par contre il est raisonnable d’imaginer qu’il pense à 2022.

Il faut dire qu’il y a aussi un effet générationnel, les pétitionnaires de la tribune font partie d’une génération qui est trop ancienne : Martine Aubry, Axel Kahn, Daniel Cohn Bendit… Une génération presque paléolithique du Parti socialiste. Une primaire, si elle devait avoir lieu, et dans le cas où elle serait remportée par des représentants de l’ancienne gauche constituerait une hypothèque sur le futur.

Erwan Lestrohan : Pour garantir son efficacité, le règlement de la primaire prévoit que l’ensemble des candidats participant à cette élection s’engagent à se rassembler derrière le vainqueur. Si Manuel Valls était désigné comme le candidat du Parti socialiste à l’issue d’une primaire, il bénéficierait donc du soutien des cadres de son parti qui devront être associés à la formalisation d’un programme correspondant aux aspirations de l’ensemble des sensibilités coexistant au sein du PS. A titre de comparaison, un manque de soutien des principales figures socialistes avait été relevé parmi les raisons des difficultés rencontrées par Ségolène Royal lors de la campagne 2007 et Manuel Valls devra obtenir des assurances sur ce point.

En revanche, alors que la Primaire organisée par le PS pour 2007, ouverte aux seuls militants, avait entrainé un "boom" des adhésions (dont le montant avait été abaissé en 2006), la question qui peut se poser est celle de l’affaiblissement de la base militante du Parti socialiste. Si ce mouvement ouvrait pour la deuxième fois consécutive la désignation de son candidat à une base élargie, ceci poserait potentiellement la question de l’intensité du soutien dont bénéficierait la candidature de Manuel Valls de la part de militants PS qui n’auraient pas été au cœur de sa désignation. Au-delà du soutien par les cadres du PS, Manuel Valls devra également être assuré d’un fort soutien des militants pour installer une dynamique autour de sa candidature.

Bruno Cautrès :  Le PS est en ce moment en mauvais état : nombre de militants en berne, difficulté pour un parti qui veut incarner la" transformation sociale et écologiste" de soutenir un gouvernement qui a pris un tournant "réaliste" important, leadership sur le débat public qui ne semble pas audible. Le parti va vouloir privilégier la tentative de sauver François Hollande et va sans doute, surtout si le candidat de la droite est Nicolas Sarkozy, rejouer le scenario de "au secours, la droite revient" de 1986. Si Hollande ne pouvait finalement être candidat (parce que la fameuse « inversion de la courbe du chômage » ne serait pas au rendez-vous ou que les enquêtes d’opinion montrent un Hollande non-qualifié au second tour), le PS devrait obligatoirement passer par une primaire qui, rappelons-le, est prévue dans ses statuts. Si le parti peut éventuellement expliquer que le statut de Hollande l’exonère de la primaire (il se présentera comme le candidat de l’unité nationale et donc pas officiellement le candidat du PS), cela ne sera pas le cas pour Manuel Valls. A cet égard, le vainqueur de la primaire trouverait dans cette élection sa légitimité, presque même en dehors ou sans besoin du soutien du parti. Si ce scenario se confirmait, la primaire de la gauche donnerait lieu à de sérieux affrontements sur le bilan du quinquennat Hollande et sans aucun doute à une grande confrontation Valls/Aubry. Mais on voit pour le moment qu’il n’y a pas d’accord à gauche sur l’organisation, les motivations et les finalités d’une éventuelle primaire à gauche pour 2017.

Lors du Congrès du Parti socialiste il y a un an, la motion A soutenue par le gouvernement l'avait emporté. Selon un sondage Odoxa pour Les Echos, 58% des sympathisants de gauche seraient prêts à accepter des dérogations aux 35 heures. Dans quelle mesure peut-on voir dans la tribune signée entre autres par Martine Aubry un décalage entre le discours adressé aux militants du PS, mais déconnecté des enjeux réels d'une campagne présidentielle ayant vocation à parler aux Français dans leur ensemble ?

Pascal Cauchy : Tout parti doit vivre, et les débats ont leur importance. Le PS a toujours voulu montrer qu’il ne se résumait pas à une chambre d’enregistrement même si en coulisses, il donne toujours son appui au gouvernement. Nous sommes dans un jeu assez classique, les anciennes factions, rivalités idéologiques d’il y a 4 ans rejouent actuellement. A vrai dire tout ça ne fera pas l’élection. Comme le dit Michel Sapin, il s’agit plus d’une "posture". S’il y a des désaccords profonds sur des points précis, en particulier la réforme du travail, on ne pouvait pas l’imaginer autrement à gauche du parti où il y a une sensibilité syndicale plus forte que l’indépendance libérale socialiste. Martine Aubry est l’auteur des 35 heures, il est normal qu’elle défende son bilan. Et il est clair que la direction actuelle ne va pas dans le sens du gouvernement Jospin.

Erwan Lestrohan : De façon indéniable, les sympathisants de la gauche restent plus que les autres Français attachés au modèle social abordé par Martine Aubry. Dans le même temps, les sondages d’opinion montrent un intérêt des Français et des sympathisants de la gauche pour le dépassement dans l’univers du travail de certaines spécificités du modèle français faisant figures d’acquis sociaux. Il s’agit notamment de la limitation de la durée hebdomadaire de travail, de l’âge minimal de départ à la retraite, de la question du travail dominical.

Pour autant, l’ouverture de l’opinion à plus de flexibilité dans le domaine du travail ne signifie pas que les Français sont prêts à renoncer à la protection des droits des salariés et à soutenir une politique en faveur des entreprises. On peut faire l’hypothèse que les Français se montrent favorables à la révision de certains acquis étant donnée la crise de l’emploi sans précédent qui touche le pays. En novembre 2015, seuls 7% des Français considéraient que ces 20 dernières années, les différents gouvernements ont essayé toutes les solutions possibles pour régler le problème du chômage.

Pascale Cautrès : Au plan de l’ensemble de l’électorat, l’opinion dominante sur les 35 heures est de laisser les choses en l’état. Mais un part significative des électeurs souhaitent que l’on augmente le temps et de travail et presque personne ne souhaite qu’on le diminue encore. Si de nombreuses franges de l’électorat sont acquises à l’idée des dérogations et aménagements aux 35 heures, cette question reste politiquement significative. Dans l’enquête électorale du CEVIPOF et parmi ceux qui sont certains d’aller voter en 2017, ceux qui souhaitent que l’on augmente le temps de travail sont 15% à vouloir voter pour François Hollande et 33% pour Nicolas Sarkozy ou même 45% pour Alain Juppé. Cet exemple illustre en effet assez bien la complexité de parler à la fois à son électorat (logique de premier tour) et à un cercle plus large (logique de second tour). Si des évolutions du temps de travail sont sans doute souhaitées par certaines franges de l’électorat, d’autres ne sont pas d’accord et on ne peut dire qu’il y a consensus sur cette question. Selon les milieux sociaux, les emplois occupés, le regard sur cette question centrale dans la vie des français n’est pas le même. Finalement, il n’est pas étonnant que la tribune publiée dans le Monde revienne sur cette question puisqu’elle est signée par Martine Aubry qui, aux yeux des Français incarne à la fois la gauche et les 35 heures.

Cette tribune est particulièrement à charge contre Manuel Valls, peut-on considérer que Martine Aubry fait le jeu de François Hollande en lui permettant d'apparaître au centre des deux courants qui fracturent le PS ?

Pascal Cauchy : Il est certain que si François Hollande était réélu dans un an, il aurait un gouvernement à constituer. Et des gens restés sur la touche jusqu’à présent, essayent d’avancer leurs pions en termes de projet aujourd’hui. Qu’ils soient à contrecourant du gouvernement Valls, cela est invraisemblable. Il s’agit peut-être pour Martine Aubry de prendre position pour un nouveau départ dans un an et demi ?

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Liberte5
- 25/02/2016 - 23:06
Débat stérile et indécent
Plus de 5 millions de chômeurs, une pauvreté qui gangrène le pays, une criminalité en hausse, une immigration incontrôlée, un islamisme conquérant, des attentats, et on discute des petits problèmes du PS. Ces fossoyeurs de la France doivent être balayés du pouvoir.
clarisse55
- 25/02/2016 - 21:44
Hollande en 2017??
Mais il est malade de penser cela, il a ruiné la France, nous n'avons aucun crédit à l'étranger, tous se moquent de nous, ce n'est pas possible que l'on puisse encore penser à lui ou alors les gens sont maso!!
Mike Desmots
- 25/02/2016 - 18:21
Si F.Hollande à encore une chance...?
C'est que le casino ...lui a filé des jetons de monopoly.....!