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Course de fond

Pourquoi Bruno Le Maire joue la province contre Paris et les poignées de main contre le papier glacé

Publié le 16 février 2016
Le futur candidat était en déplacement, jeudi et vendredi, du côté de Perpignan. L'occasion pour lui de serrer quelques milliers de mains, de tester sa popularité et son programme avant le grand saut. BLM devrait annoncer sa candidature à la primaire des Républicains mardi prochain à Vesoul. Coulisses de son dernier déplacement de non-candidat.
Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande,...
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Christelle Bertrand, journaliste politique à Atlantico, suit la vie politique française depuis 1999 pour le quotidien France-Soir, puis pour le magazine VSD, participant à de nombreux déplacements avec Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, François Hollande,...
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Le futur candidat était en déplacement, jeudi et vendredi, du côté de Perpignan. L'occasion pour lui de serrer quelques milliers de mains, de tester sa popularité et son programme avant le grand saut. BLM devrait annoncer sa candidature à la primaire des Républicains mardi prochain à Vesoul. Coulisses de son dernier déplacement de non-candidat.

Souvent, ses chaussures décrivent un homme mieux que des mots. Celles qu'il porte sont confortables, souples et légères. Semelles en crêpe, le reste en daim. Un daim noir qui a vécu, qui s’est formé au pied du marcheur. Un daim qui a vu du pays, qui a avalé des kilomètres de bitume, qui a pataugé entre les vignes encore humides et foulé le sol carrelé d'une bonne centaine de salles municipales. De Bagnères-de-Bigorres dans les Pyrénées, à Poligny dans le Jura en passant par Marigny en Haute-Normandie, ces chaussures-là sont devenues tout terrain, comme leur propriétaire.

Bruno Le Maire effectuait, en ce jeudi pluvieux, son 322ème déplacement depuis septembre 2012. Et au fil de ses voyages, comme ses chaussures, il a changé. De conversation en débat, de compliment en critique, il s'est adapté. A modifié son discours : "j'ai toujours un carnet, explique-t-il, je note tout et je me nourris de ce que l'on me dit. Hier soir, par exemple, le gérant d'un Mac Do, à coté de qui je dînais, me disait : 'on fait tout en France pour que les gens ne puissent pas travailler'. Je l'ai répété dans mon discours. Je teste aussi des choses. Lors de mes premiers déplacements, je disais souvent : 'je ne veux plus de la France immobile' et toujours, les gens ajoutaient : 'et assistée, Monsieur Le Maire. Immobile et assistée'. C’est ainsi que l'on trouve son langage politique". Bruno Le Maire pétrit ainsi, depuis deux ans, son programme. Souple comme ses chaussures, il le fait évoluer au gré des rencontres. Le modèle, l'adapte. Et cours toujours.

Conscient qu'il doit compenser sa relative discrétion médiatique par une omniprésence sur le terrain. Qu'il doit marcher plus vite, avaler plus de kilomètres, entendre et voir plus de monde. Pour ce 322ème déplacement, Bruno Le Maire, qui a choisi de visiter les abords de Perpignan, n'est pas seul. Et c'est rare. "On évite toujours qu'il y ait trop de caméras, ça crée une barrière entre le candidat et ses interlocuteurs qui ne s'expriment pas de la même manière", explique son chef de cabinet. Mais cette fois, attirés par l'annonce prochaine de sa déclaration de candidature, un petit essaim de journalistes l'entoure et... le gène. A la troisième interview, BLM soupire : "j'ai l'impression de faire un speed dating". Oh bien sûr, il ne cracherait pas sur une couverture médiatique un peu plus dense, mais il a décidé de faire de son handicap un atout. Il n'est pas le favori de la presse, du microcosme comme il dit, il sera celui du terrain. Celui qui aura compris, mieux que tout, le ressenti des Français car, "il aura su se mettre à porter d’engueulade".

L’expression est de Xavier Bertrand, mais Bruno Le Maire la partage. Les deux hommes ont tâté les mêmes terrains, les mêmes sols douloureux, gangrenés par le chômage, le mal-être, la peur du déclassement. "C'est essentiel de rester à la portée des Français, ajoute le futur candidat à la primaire, mais c'est dur car les gens nous détestent, nous méprisent". Comme ces fondateurs de start-up à qui il demandait il y a quelques semaines, comme il le fait au début de chaque rencontre : "qu'est-ce qu'on peut faire pour vous ?". "Rien, surtout ne faites rien. On veut que les politiques nous laisse tranquilles", lui ont répondu les entrepreneurs.

Alors que le soleil s'est couché depuis longtemps sur la zone commerciale de Perpignan, Bruno Le Maire assiste à un dîner de dirigeants commerciaux. Il veut tenter de les convaincre de voter pour lui, mais le public n'est pas franchement acquis. Sur le parking du restaurant, à la lumière des enseignes lumineuses de Porsche et de Véloland, l'un d'eux fume une cigarette entre deux plats : "Il est bien monsieur Le Maire mais il ne pèse rien, on ne l'entend pas, lance-t-il à un membre de l'équipe qui accompagne le candidat. Et puis les autres, ils nous ont tous trahi, ils ont promis et ils n'ont rien fait. Moi je vais aller voter Marine, comme tout le monde". Et, en effet, une bonne moitié de la salle semble prête à faire de même. Bruno Le Maire va pourtant faire le job. En plein cœur de cette France périurbaine déboussolée, il va tenter de convaincre. A ce monsieur qui prend le micro pour dire : "J'ai des cheveux blancs comme beaucoup ici et des promesses j'en ai entendu, elles n’ont jamais été tenues", il répond : "La meilleure façon de ne pas être déçu à nouveau, c’est de ne pas reprendre les mêmes". C'est aussi ce que pensent tous ces gens dans la salle. Mais leur candidat, à eux, porte des talons.

Quels que soient les obstacles, l'homme aux semelles de vent s’apprête pourtant à faire le grand saut et déclarera sa candidature à la primaire des Républicains mardi prochain à Vesoul. Elle sera précédée, comme le veut la tradition du cru 2015/2016, d'un livre programme dont il ne veut rien dire encore mais dont on devine, à l'écouter, quelques idées fortes. Dans l'après-midi, lors d'une réunion publique face aux militants de la fédération catalane réunis dans la petite bourgade de Sainte-Marie en bord de mer, il en énumère certaines qui ne vont pas faire plaisir à tout le monde : réduire le nombre d'employés de la fonction publique territoriale (il souhaite par exemple que les jardiniers municipaux dépendent d’entreprises privées), privatiser Pôle Emploi, construire des prisons, rénover l'armée, plafonner à 75% du SMIC les aides sociales afin que celui qui ne travaille pas ne gagne pas plus que celui qui travaille. Il réfléchit aussi à réformer le statut des enseignants afin qu'ils ne soient plus fonctionnaires à vie. Et de fustiger cette droite qui, "lorsqu'elle est au pouvoir, pense comme la gauche".

Au fil de la réunion, il rode aussi quelques formules : "Retrouvons notre esprit de conquête" ou encore : "Ne vous résignez pas" qui devrait être le titre de son livre à venir et enfin "Je veux un nouvel horizon". Car si Bruno Le Maire n'entend pas se passer d'un programme, il n'est pas persuadé qu'il fera la différence. De son point de vue, la primaire se jouera, avant tout, sur la personnalité des candidats, leur façon d'incarner la France. "Ce que je veux porter, c'est une énergie, un élan, un enthousiasme", explique Bruno Le Maire qui complète : "L'envie fera aussi la différence". Et d'envie, Bruno Le Maire n'en manque pas. Alors qu'il taille la route depuis plus de trois ans, il s'enflamme lors d'une interview : "Je suis impatient d'être réellement en campagne parce que j'aime ça, j'aime porter mes idées, sillonner le pays en avion, en train". L'homme croit en ses chances et observe, ravi, qu'il est toujours en troisième position des intentions de vote, selon un sondage réalisé par Le Monde, devant François Fillon alors qu'il n'a pas déclaré sa candidature, qu'il n'a publié aucun livre et qu'il n'a pas fait de médias depuis plusieurs semaines. C'est la preuve, selon lui, qu'à force de labourer la France, il s'est constituer un socle solide qui ne fond pas au gré du vent. Un socle lentement forgé à coup de poignée de mains.

Alors qu'il vient de parler pendant plus d'une heure au pied de l'estrade où sont assis les élus en rang d'oignon, une militante de la fédération locale s'enthousiasme en effet : "Le citoyen a besoin de proximité, il a besoin d'être entendu. Ce que j'aime chez Bruno Le Maire, c'est qu'il descend dans la salle, il fait parler les gens. Il est proche des Français et sincère". Elle votera pour lui sans l'ombre d'un doute. Un couple, un peu plus loin, hésite encore : "Il a énormément de qualités, il a un rapport aux gens très sincère, avec lui on peut discuter mais il n'a pas encore assez de poids". Ceux-là voteront Nicolas Sarkozy. Sa jeunesse, son parcours, sont autant d'obstacles et BLM le sait. Il en sourit souvent : "C'est un métier qui conserve, il n'y a bien qu'en politique que l'on pense que vous êtes jeune à 46 ans, mes enfant me traitent de bolos", lance-t-il au militants rigolards.

Il rêve néanmoins que les électeurs aient envie "de bousculer la table, d'entrer dans une nouvelle ère". Et il prend comme exemple ce jeune homme de 31 ans, François Lietta, lemairiste, élu haut la main président de la fédération des Pyrénées-Orientales, contre une ancienne députée européenne Maïté Sanchez-Schmidun, proche de François Fillon. "J'ai lu les titres de la presse locale qui disaient : 'Il fait un tour de piste', 'Il n'a aucune chance', 'Il est trop jeune'. Et bien, il l'a emporté contre toute attente et j'ai comme dans l'idée que d'ici quelques mois, si j'étais candidat à la primaire, et ça pourrait bien arriver, j'ai comme dans l'idée que les Français feraient le choix du renouveau", blague Le Maire en commençant sa réunion publique.

Mais au-delà de l'âge, François Lietta est aussi le symbole d'une implantation locale en pleine construction. Car Bruno Le Maire n'a rien laissé au hasard et n'est pas peu fier de " tenir" une fédération comme celle de Perpignan, car il est convaincu que la primaire ne se gagnera pas sans un réseau, une organisation en béton. Personnalité, envie et organisation, voici le tryptique lemairiste. Reste à savoir s'il suffira à faire mentir ceux qui défendent l'idée que l'expérience prime. Si les kilomètres avalés et le nombre de mains serrées auront su remplacer les Unes de magazines. "Les gens aiment le muscat jeune et il le consomme de suite, en politique c'est pareil", affirmait, jeudi lors d'une dégustation, un vigneron au futur candidat. Que préfèreront les sympathisants de droite et du centre : muscat, Bordeaux, vin de Loire ou eau plate ? L'avenir le dira.

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bjorn borg
- 16/02/2016 - 19:41
Le Maire, Bertrand et Estrosi.
De sacrées références que voilà !! Aucun des trois pour moi. Je préfère la droite FORTE !
Texas
- 16/02/2016 - 18:06
Un bon Ministre...
...de l' agriculture . Homme certainement intègre mais il manquera un peu de maturité politique , en particulier cette expérience à prendre des gnons pour mieux en distribuer ensuite . Parce que les années qui s' annoncent vont être sportives .
LouisArmandCremet
- 16/02/2016 - 14:26
Intéressant...
Il est intéressant de voir BLM aller chasser sur les terres de Wauqiez : la France périphérique, qui ne se reconnaît pas dans l'offre politique classique et qui adhère en force à MLP. Le passage sur l'assistanat est à ce niveau particulièrement savoureux.
De la part d'un ancien ministre de l'agriculture qui a soutenu les sanctions contre la Russie en n'ignorant pas les conséquences désastreuses pour les agriculteurs, ça ne peut être qu'un positionnement politique de façade.