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Mauricio Macri.
Faire sauter les verrous
En Argentine, Macri plus fort que Macron : quand le vent libéral souffle sur la pampa
Publié le 27 novembre 2015
Après une politique économique particulièrement mal-avisée, menée par Cristina Fernández de Kirchner, l'Argentine est désormais tombée sous la coupe libérale, menée par Mauricio Macri. L'Argentine, 3ème économie d'Amérique Latine, va pouvoir développer son potentiel, muselé les quinze dernières années.
Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.
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Lydia Rangapanaiken est analyste en économie des pays émergents. Elle s'exprime à titre personnel sur Atlantico.
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Après une politique économique particulièrement mal-avisée, menée par Cristina Fernández de Kirchner, l'Argentine est désormais tombée sous la coupe libérale, menée par Mauricio Macri. L'Argentine, 3ème économie d'Amérique Latine, va pouvoir développer son potentiel, muselé les quinze dernières années.

Pourquoi vous en parle-t-on ?

43 millions de gens pratiquement coupés du monde depuis 14 ans, et dont nous connaissons les capacités lorsqu’ils sont unis, convenablement gouvernés et reliés au monde.

Le paysage politique depuis 2001 a été extrêmement hostile à la 3e économie d’Amérique Latine. Confrontés à une stagflation persistante, aux souvenirs d’un défaut majeur sur la dette souveraine, et surtout à un contexte péroniste-protectionniste, les investisseurs internationaux ont détourné leur attention du pays (d’ailleurs, les élections n’ont pratiquement pas été évoquées par les banques d’affaires et les sociétés de gestion jusqu’à lundi dernier…). La baisse des prix des matières premières, les carences institutionnelles et les incertitudes monétaires (il existe 3 taux de changes vis-à-vis du dollar US en Argentine, avec des écarts considérables entre eux, et plusieurs taux d’inflation…) ont provoqué sur place un désir de changement, et le changement c’est maintenant : retour du centre-droit, et surtout retour d’un plus grand pragmatisme.

L’arrivée de Macri au pouvoir change vraiment la donne. Surtout qu’il vient de nommer l’excellent Federico Sturzenegger à la tête de la banque centrale. L’étiquette de "paria financier" pourrait tomber enfin, et les capitaux argentins qui bronzaient à Miami ou qui blanchissaient partout ailleurs pourraient revenir (on parle de 300 milliards de dollar US, tout de même : c’est deux fois le PIB annuel du pays).

N’oublions pas que le capital humain est important en Argentine, et là encore mal exploité jusqu’à présent. On y a vu naître un pape, des intellectuels de grande valeur, et pas seulement Léo Messi : rien à voir avec le Brésil où la population n’ouvre jamais un livre et où le moindre Bac+2 en finance exige d’être traité comme le nouveau Warren Buffet. Nous sommes en présence d’une énorme classe moyenne éduquée qui souhaite tourner la page. On comprend que le pays peut désormais se positionner comme un marché émergent avec beaucoup de potentiel, au lieu d’assister en spectateur-internaute à la mondialisation.

Tout ce potentiel gâché pendant 15 ans va pouvoir se déployer à nouveau. Le retour des investisseurs domestiques et internationaux dans un pays qui n’est pas endetté rejoint ce que nous vous disions sur le Mexique, et contraste fortement avec le Brésil et avec une longue liste de pays qui deviennent de plus en plus populistes et nombrilistes (Russie, Turquie, Afrique du Sud, France…).

Les legs Kirchner et les enjeux à venir 

Après douze années de pouvoir, le couple infernal Kirchner se voit enfin karchérisé, mis au placard. Mais leurs péchés ont de longues ombres.

A part le narcotrafic et l’inflation, peu de choses se sont développées à Buenos-Aires ces dernières années. La recette Kirchnérienne a fonctionné dans les premiers temps : le lundi on plante les créanciers, le mercredi on s’appuie sur la hausse des matières premières pour distribuer l’argent aux copains sans rien mettre en réserve, le vendredi on fausse les statistiques d’une façon tellement grossière que même Hugo Chavez et Michel Sapin trouvent que c’est de la gourmandise.

Les termes de l’échange ont évolué très favorablement de 2003 à 2008, puis ils ont connu une évolution plus décevante et erratique (pour valider notre scénario hostile aux commodities, sans doute ?), ce qui a rendu les fins de mois et l’équation clientéliste kirchnérienne de plus en plus difficile à boucler. 

Jusque-là, les entrepreneurs ont dû faire face à des autorités anti-business. Il était pratiquement impossible d’épargner sur le sol national. L’accumulation du capital n’était, il est vrai, pas très bien vue. Importer était aussi toute une affaire. Il était par exemple obligatoire d’exporter à due proportion de ce qu’on importait, pour ne pas affecter le solde commercial. Cela signifiait que le concessionnaire automobile BMW qui importait ses pièces devait se faire en parallèle viticulteur et exporter son vin. C’est dire si ni Adam Smith ni Ricardo n’étaient en odeur de sainteté : refus de l’insertion dans les échanges internationaux, régression même par rapport au principe de la spécialisation productive. Les politiques interventionnistes de contrôle des changes et des échanges ont faussé l’allocation du capital et pénalisé les entreprises argentines, et même d’autres entreprises qui auraient apprécié de pouvoir rapatrier des bénéfices et des dividendes vers leurs sièges après avoir eu le courage de rester sur place.

Et, pour couronner le tout, le secteur privé ne pouvait pas se fier aux données officielles, totalement fantaisistes. Sur un plan statistique, le carnaval économique et financier était toujours à la limite du zoo de l’absurde, et l’inversion de la courbe de la fraude était toujours remise au lendemain. Par exemple, sur l’inflation, notre seule source fiable est une source académique informelle, celle de l’Université Torcuato diTella. Qui place l’inflation autour de 30%/an en moyenne depuis des années, contre 10 à 15% pour les apparatchiks kirchnéristes. Nous attendons du mieux très vite sur ce front (Macri a décidé que sa première mesure serait de faire le ménage au niveau de l’INSEE local, l’Indec), ce qui au passage contribuera à détendre les relations avec le reste du monde et avec le FMI.

Les deux candidats avaient affiché leur rupture avec le gouvernement sortant. Mais le résultat de dimanche dernier est d’autant plus encourageant que Macri se positionne clairement pour la réforme. Sa priorité : le réajustement des taux de changes et le démantèlement du contrôle des capitaux. Nous ne pourrions pas dire mieux. Il est primordial de commencer par abaisser la prime de risque et de réinstaurer une certaine liberté du côté des investissements. Mano en la mano avec la reprise en main de l’inflation. Du côté du taux directeur (Badlar) déjà connu pour sa volatilité et son imprévisibilité, il est à craindre que tout soit possible à court terme, vers le haut (hypothèse d’un "choc Volcker" pour envoyer le signal d’une mise à mort de l’inflation) comme vers le bas (si la confiance revient rapidement). Même remarque à propos des taux de changes.  

Quels sont les risques ? (nous devons faire comme les autres et tenter de nous protéger, mais en fait nous n’y croyons pas)

Certains problèmes vont se maintenir : la forte exposition du pays aux matières premières est un boulet qu’il faudra bien trainer. Certaines corporations maintiendront leurs rentes. La corruption est trop bien enracinée pour disparaitre dans le cadre d’un mandat de quatre ans. Et nettoyer les écuries d’Augias est un travail pénible et qui expose à la découverte de nombreuses "surprises" dans les comptes.


La dévaluation s’accompagnera, dans un premier temps, d’une hausse de l’inflation. Raison pour laquelle les anticipations d’inflation restent encore relativement élevées. Mais c’est dans l’ordre des choses, et pour une fois cette dévaluation aura un sens : l’idée de faire converger les trop taux de changes (l’officiel, le Blue Chip réservé aux entreprises, le marché noir). Mauricio Macri a mis en avant fort justement une plus grande autonomie de la banque centrale et la fin du financement monétaire des déficits publics (une chose très sale que nous recommanderions dans des économies européennes en déflation, mais pas dans un pays comme l’Argentine !) ; mais nous savons que la crédibilité monétaire ne se gagne pas en un jour, même avec un casting aussi excellent, et qu’elle implique des sacrifices.

La technique radicale utilisée en 1990 (l’instauration d’un currency board pur et simple) n’est plus pensable depuis le désastre monétaire de 2001, et depuis les difficultés de l’euro. Il faudra instaurer de la stabilité via un taux de change flexible : ce chemin est le bon, mais la pente est rude. Surtout dans le contexte actuel où la FED nous offre une visibilité de ses plans à 48 heures qu’un commissaire aux comptes ou un fiscaliste ou un fournisseur ou un client ne toléreraient pas de la part d’une PME de la banlieue de Valenciennes.

Il s’agira parallèlement de faire face aux caisses vidées par les Kirchner (déficit à 7% du PIB, peut-être plus), et à la déplétion des réserves de changes accentuée ces derniers temps par la volonté soudaine de soutenir la devise (ou de dépouiller encore un peu plus le pays) (ces réserves se situaient à 50 milliards de dollars en 2011, contre 25 milliards aujourd’hui). De plus, la cour de New York a enfin statué sur le montant de l’amende concernant l’affaire des "fonds vautours" : elle s’élève à six milliards de dollars US. L’assainissement sera limité tant que les vieux contentieux n’auront pas été soldés. Macri s’est dit prêt à payer l’ardoise, même si cette option est peu populaire. Peut-être faudra-t-il émettre de nouvelles formes d’obligations pour faire face à cette note et aux défis les plus urgents.

A voir également comment le cadre législatif du nouveau gouvernement sera consolidé. Bien entouré par sa garde rapprochée (Michetti et, beaucoup plus loin, Mucherie), et par des radicaux (Sanz, Gay, Carrio), le président Macri n’a pas (encore) de majorité claire à l'Assemblée, a fortiori au Sénat ; mais cela ne semble pas être un gros frein pour les réformes dans ce pays où les députés n’ont pas beaucoup de pouvoir comparativement aux provinces et au gouvernement. On s’attend toutefois à des embuscades du côté des forces néo-kitchnériennes réactionnaires, par exemple au moment des élections de mid term en 2017, ou dès 2016 via l’activation de syndicats néo-post-péronistes. Clairement, Macri a plus de pain sur la planche que Macron, il ne pourra pas se contenter de ballons d’essai ou de mesurettes. Comme il est mieux entouré et bien plus légitime, il devrait réussir, mais le fait que l’année prochaine sera probablement une année de récession en Argentine (en raison de la débandade des matières premières) n’aidera pas à faire passer les réformes dans la joie et la bonne humeur, et par la suite la proximité géographique du Brésil (authentique trou noir de la croissance économique) limitera probablement le rebond.    

En réalité, on peut disserter pendant des heures sur les risques en Argentine, en convoquant l’Histoire, en citant Borges hors contexte, en tentant des parallèles dignes des Shadocks avec l’Ukraine, en invoquant le spectre de Cristina, ou les divers soucis juridiques dans le pays. Mais tout ceci n’est pas très constructif : nous devons regarder devant nous et non pas dans le rétroviseur, et prendre toute la mesure du grand changement qui va toucher un beau potentiel. N’attendons pas qu’une agence de notation nous dise en 2021 (à la veille d’un nouveau krach) que le pays est à ses yeux investissable. Ne commettons pas les fautes des commentateurs qui ces dernières années ont multiplié les Warnings à propos des huiles de schistes, du Nasdaq, de la hausse des taux et de l’inflation, là où il aurait fallu être sceptique sur les matières premières traditionnelles, le Brésil et la déflation.

Quel avenir pour les classes d’actifs ?

Le rétablissement d’un état de droit et d’une inflation mieux maîtrisée va permettre une ouverture commerciale et financière très positive pour les actions, les obligations et l’immobilier. Un peu comme les actifs colombiens après 2003, suite au choc de confiance lié à Alvaro Uribe. Sur ce continent, et en particulier en Argentine (souvenons-nous de 1983 et de 1990, mais aussi dans l’autre sens de 2001…), il y a une dimension "tout ou rien". Nous pouvons donc confirmer notre "feu vert" dessiné en 2014 sur les actifs, mais nous devrons être vigilants vers 2018 ou 2022 quand tous les "experts" seront archi-positifs sur les perspectives du pays.     

L’indice des actions (Merval) a plus que doublé depuis un an. Et bien que la victoire de Macri soit désormais dans les cours, il reste du potentiel : après tout, la capitalisation totale du Merval est inférieure à celle de la moitié de la Société Générale…  

Un bon premier test sera la réforme des entreprises détenues par l’Etat (dossier YPF…). Mais le point central reste la normalisation monétaire, en particulier sur les taux de changes. Avec Sturzenegger aux manettes, et grâce au retour des capitaux expatriés, franchement, les avancées pourraient être beaucoup plus rapides que ce que le consensus imagine aujourd’hui. N’oublions pas que ce consensus mou est une moyenne des avis de gens qui n’ont pas placé un euro dévalué dans le pays depuis 2001.

En conclusion, disons que faire de l’argent en Argentine a toujours été un sport de combat. Mais le ratio rendement / risque du pays vient d’évoluer très favorablement. Avant de nouveaux excès dans quelques années, il y a une belle fenêtre d’opportunités commerciales et financières à saisir.

 

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zouk
- 27/11/2015 - 17:40
ARGENTINE
Au sortir de la guerre, c'était l'un des pays les plus prospères du monde. Péronisme, synonyme de démagogie débridée et gestion imbécile de ses ressources naturelles en ont fait un cas désespéré. Bon courage, Monsieur Macri, et bonne chance: il vous en faudra beaucoup pour rééduquer vos compatriotes, et surtout ceux qui ont su profiter de ce système absurde, à un raisonnement économique sain.