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"Voltaire ou le jihad" : comment l'islam fondamentaliste a pu s’insérer dans les cervelles des jeunes générations françaises

Publié le 17 novembre 2015
Héritière de siècles de marche vers la lumière, la culture française doit aujourd’hui affronter une culture obscurantiste, celle du djihad mondial. À moins d’une prise de conscience radicale, l’issue du combat est fort douteuse. Sommes-nous vraiment les héritiers de Voltaire, ou glissons-nous vers la barbarie sans nous en apercevoir ? Extrait de "Voltaire ou le jihad", de Jean-Paul Brighelli, publié aux éditions de l'Archipel (2/2).
Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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Jean-Paul Brighelli est délégué Education de Debout la France. Professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français, il est également l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment...
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Héritière de siècles de marche vers la lumière, la culture française doit aujourd’hui affronter une culture obscurantiste, celle du djihad mondial. À moins d’une prise de conscience radicale, l’issue du combat est fort douteuse. Sommes-nous vraiment les héritiers de Voltaire, ou glissons-nous vers la barbarie sans nous en apercevoir ? Extrait de "Voltaire ou le jihad", de Jean-Paul Brighelli, publié aux éditions de l'Archipel (2/2).

Repentance et culpabilité seraient les deux mamelles de l’histoire de France, si certains groupes de pression communautaires arrivaient vraiment aux affaires. Avec cette gauche-là, et avec une droite encline à la démagogie, ils sont dans l’antichambre du pouvoir depuis vingt-cinq ans. Du Cran (Conseil représentatif des associations noires, fondé en 2005 sur le modèle du Crif et du NAACP américain[1]) au parti des Indigènes de la République, en passant par SOS Racisme, nombre d’associations exaltent le souvenir de l’esclavage et demandent réparation.

C’est ainsi qu’en 2013 le Cran a porté plainte contre la Caisse des dépôts et consignations pour avoir « profité de l’esclavage » – précisément pour avoir encaissé des sommes versées par Haïti entre 1825 et 1946 pour avoir le droit d’accéder à l’indépendance. « Seize milliards d’euros », clame Louis-Georges Tin – un personnage intéressant à tous égards, et profondément désintéressé. François Hollande a opposé à cette demande une fin de non-recevoir, évoquant « l’impossible réparation ». « Le seul choix possible, le plus digne, le plus grand, c’est la mémoire, c’est la vigilance, c’est la transmission », a-t-il déclaré, citant Aimé Césaire. S’il suffisait de payer pour que la dette soit effacée, expliquait ce dernier, ce serait un peu trop simple. Mais Louis-Georges Tin, quoique tout aussi martiniquais que Césaire, ne détesterait pas que la France payât tout de même.

>>>>>>>>>>>>>  A lire également : "Voltaire ou le jihad" : comment l'Occident s'emploie depuis plus de trente ans à déconstruire sa propre culture

Cher Louis-Georges Tin, puis-je vous suggérer de proposer à tous ceux qui vous écoutent de prendre modèle sur vous, au lieu d’entonner le chant de la revendication victimaire ? Vous avez réussi Normale Sup, vous avez réussi l’agrégation de lettres, vous avez acquis une culture certainement extensive : pourquoi les autres, tous les autres, enfants de la Martinique et d’ailleurs, ne bénéficieraient-ils pas de l’école qui vous a mis là où vous êtes ? Pourquoi ne pas transmettre aux autres la culture dont vous semblez gavé ? Pourquoi vous spécialiser dans la défense des minorités visibles (les Noirs) ou invisibles (les groupes LGBT) ? Pourquoi faire chorus avec Christiane Taubira sur des sujets clivants en accentuant encore les fractures, au lieu de réclamer pour tous une formation digne de ce nom – celle qui a fait de vous le normalien agrégé que vous êtes ? Césaire était en hypokhâgne à Louis-le-Grand, vous à Henri-IV – ce n’est pas une différence notable –, et il est devenu l’une des grandes voix de la poésie française et antillaise. Senghor aussi est passé par Louis-le-Grand : l’agrégation ne l’a pas empêché d’être un immense poète français et sénégalais, son amitié pour Georges Pompidou ne l’a pas empêché d’être un chantre de la négritude. La République était alors bonne fille, elle formait même ceux qui la critiquaient. Mais ce que vous entreprenez, en réclamant par exemple la mise en place d’une discrimination positive (sur quels critères ? La couleur de la peau ? Les origines familiales ? Le faciès, peut-être ?), c’est au fond afficher un mépris abyssal pour tous ceux qui n’ont pas eu votre chance : bénéficier de l’école des années 1970-90, lorsqu’on apprenait encore à lire correctement, que l’on faisait des dictées pour apprendre l’orthographe et qu’il n’était pas absolument nécessaire d’être enfant d’enseignants – comme vous – pour réussir dans un système scolaire à la dérive.

Le discours sur le colonialisme, l’esclavagisme et le nécessaire sanglot de l’homme blanc dévoré de culpabilité est désormais rodé. On enseigne à larges doses le commerce triangulaire en classe – c’est l’une des rares choses que les élèves retiennent, en quatrième, tant il leur est seriné. En théorie, on leur a parlé aussi en cinquième des traites intra-africaines. Chose curieuse, ils ont beaucoup moins capté. Le discours culpabilisateur influerait-il sur les profs d’histoire au point de leur faire passer sous silence le fait que ce sont essentiellement les Noirs et les Arabes qui « produisaient » les esclaves, vendus par la suite à des négociants européens qui les transportaient jusqu’aux Amériques ? Tamango, jolie nouvelle pleine de bruit, de fureur et d’ironie, écrite par Mérimée en 1829, décrit excellemment ce double mouvement – à ceci près que le capitaine négrier embarque avec lui le chef noir esclavagiste, qui sera le seul survivant d’une équipée sanglante. Et gardons-nous d’oublier le million d’Européens vendus comme esclaves par les Barbaresques au cours du seul xviiie siècle… Les sociétés anciennes étaient esclavagistes – mais je ne sache pas que les habitants actuels de la capitale italienne se couvrent la tête de cendres à l’évocation des dizaines de millions d’esclaves de la République et de l’Empire romains. Il en était ainsi, et les esclaves antiques auraient mis les Romains en esclavage s’ils en avaient eu l’occasion.

Alors, suffit ! Il n’y a pas à se sentir coupable de faits (de crimes, si l’on veut, mais pas selon les codes juridiques du temps) qui se sont déroulés il y a deux ou trois siècles[2]. Les Allemands de la première moitié du xxe siècle ont pu avoir une responsabilité dans la Shoah. Pas ceux qui sont nés après 1945. Et il ne viendrait à l’idée d’aucune organisation juive de leur demander des comptes sur l’attitude de leurs grands-parents. Après tout, le père de l’actuel président de la République, pour lequel vous avez peut-être voté, était candidat d’extrême droite en Normandie en 1959 et 1965. On peut critiquer la politique du gouvernement sans faire un crime au chef de l’État des choix politiques de son géniteur.

Quant à la colonisation et à la décolonisation, autre gros morceau des programmes d’histoire du secondaire… Ma foi, il y a eu des crimes de guerre parce que toute guerre est en soi occasion de crimes, et que ceux qui voudraient des guerres propres ne savent pas ce qu’est la guerre. Si l’on veut solder tous les comptes, on n’en finira pas. Faut-il rappeler aux descendants d’Algériens ce que leurs pères ou leurs grands-pères ont fait aux harkis – alors même que « harki » est toujours une injure couramment utilisée par les organes de presse officiels d’Alger ? L’apprentissage systématique de l’Histoire, une vraie culture historique permettent justement de tout remettre en perspective selon la Raison, au lieu de vivre dans la rancœur, c’est-à-dire dans le (res)sentiment.

Tenez, faisons un peu de culture sur la colonisation et le racisme…

Le discours de culpabilisation commence par une citation en boucle de l’apostrophe fameuse de Jules Ferry, en 1885, sur le « droit » que les « races supérieures » ont vis-à-vis des « races inférieures » – et du « devoir » que ce droit engendre. « Ces devoirs ont été souvent méconnus dans l’histoire des siècles précédents, et certainement quand les soldats et les explorateurs espagnols introduisaient l’esclavage dans l’Amérique centrale, ils n’accomplissaient pas leur devoir d’hommes de race supérieure. Mais, de nos jours, je soutiens que les nations européennes s’acquittent avec largeur, avec grandeur et honnêteté, de ce devoir supérieur de civilisation. »

Voilà le nœud du problème pour nos modernes progressistes, incultes ou jouant à l’être, critiques de tous les colonialismes, tous mis dans le même sac, même si la colonisation a apporté, outre les Lumières, bien des progrès dans des régions qui mouraient au soleil. Reprocher à Ferry ce vocabulaire racialiste est à peu près aussi intelligent que de reprocher à Montesquieu le mot « nègre » dans la diatribe fameuse où il prêche la fin de l’esclavage – ce qui n’était pas rien en 1748. Ou d’imaginer un Voltaire antisémite, alors que ses diatribes antibibliques visaient essentiellement l’Église au pouvoir, et le pouvoir à travers l’Église.

Clemenceau, qui s’opposa à Ferry lors de ce fameux débat à la Chambre des députés, le fit moins par considération humanitaire – tout le monde s’en fichait – que par souci de polémique politicienne. Les critiques modernes portent Zola aux nues pour avoir écrit « J’accuse » et ne s’aperçoivent pas, faute de culture, que le Zola de L’Argent est un antisémite standard de son époque, comme les Goncourt, Daudet, voire Maupassant, qu’il fréquentait assidument.

Porter sur les hommes des siècles passés un regard strictement contemporain nous fait passer à côté de ce qu’ils étaient et de ce qu’ils nous ont apporté. Les Grecs ont inventé la démocratie et vivaient dans une société esclavagiste – et alors ? Les révolutionnaires de 1789 ont créé la République et coupé le cou d’Olympe de Gouges, qui voulait étendre aux femmes les droits que les hommes venaient de rédiger. Robespierre était révolutionnaire et misogyne : disciple de Rousseau !

Et les Modernes d’aujourd’hui sont hélas de leur temps, quand ils crachent sur la culture et ouvrent largement la porte à des barbares bien décidés à remplir avec leurs certitudes sanglantes le vide patiemment creusé dans les cervelles adolescentes. Ce monde en voie d’automutilation, je voudrais tenter de le sauver malgré lui – parce qu’une poignée d’imbéciles ne peut pas avoir raison contre une civilisation tout entière.

Mais encore, me direz-vous, quel rapport entre ces tentations communautaristes et la culture ?

Le Cran a violemment protesté en 2008 contre l’aspect à ses yeux excessivement culturel des concours de recrutement dans la fonction publique, déversoir traditionnel des sociétés antillaises. Il a suggéré que ces concours soient recentrés sur les questions purement professionnelles et cessent d’exiger un niveau de culture générale dont, disait-il, l’usage n’est pas bien évident dans le cadre de leurs futures fonctions. Hmm… Combien de dialogues au guichet seraient facilités par un niveau de connivence culturelle adaptable ? La culture n’est pas seulement déluge de références. Elle est usage d’une langue commune – qui tend à l’être de moins en moins.

Quoi qu’il en soit, le secrétaire d’État à la Fonction publique, André Santini, a immédiatement réagi. Il a proposé de refonder les concours administratifs dès 2009 en diminuant notablement la part de la culture générale. « Nous avons atteint les limites d’un élitisme stérile », s’est-il exclamé. La culture générale était pour lui une « discrimination invisible ». La République n’avait pas besoin de gens cultivés. Ou alors, dans des niches spécialisées.

L’année d’après, c’était Valérie Pécresse, en charge de l’Enseignement supérieur, qui, après avoir suggéré un quota pour les boursiers à l’entrée des grandes écoles – une discrimination positive déguisée et effective à l’entrée en classes préparatoires[3] –, affirmait, sur la foi d’un rapport ad hoc de l’Inspection générale, qu’il fallait ouvrir les concours aux langues maternelles des candidats – le chinois, l’arabe ou le vietnamien, entre autres. Et repenser le poids de la culture générale.

À noter que ledit rapport enseignait un fait que le ministre a préféré passer sous silence : les matières réellement clivantes, ce n’était pas le français, c’étaient les maths, la physique, la biologie. Ciel ! Le problème était moins l’accès à la culture des « héritiers » qu’une descente en flèche du niveau du secondaire ! Mais l’essentiel de ce que les médias retinrent, ce fut cette charge contre la culture générale.

Pierre Assouline et les commentateurs avisés firent le lien avec la « sarkozienne détestation[4] » de La Princesse de Clèves, qui avait entraîné maintes lectures publiques du roman de Mme de La Fayette devant les mairies de l’UMP. Comme quoi, dans ce curieux pays, on peut s’enflammer pour un roman du xviie siècle, d’une écriture complexe, et peut-être faire basculer une élection. La gauche, en s’attaquant au latin, a pu récemment constater que ce « vieux pays », comme disait de Gaulle, est encore, bec et ongles, attaché à ses racines et à ses valeurs. La culture est menacée, mais elle n’est pas morte, quelles que soient les attaques auxquelles la soumettent des sectes fondamentalistes ou des libéraux mondialisés.

« Ceux qui soutiennent la culture générale dans ce type de concours, ajoutait le rédacteur de La République des livres, ne le font pas dans l’idée de coller un futur pompier sur la bataille de Lépante ou une future iconographe de la Mairie de Paris sur une question de droit public. Il ne s’agit pas de refaire “Questions pour un champion”, mais de posséder un niveau de langue minimum appuyé sur des connaissances. Le but n’est pas de coller le candidat sur les véritables intentions du duc de Nemours telles qu’elles apparaissent à travers sa déconstruction lexicale, mais de faire lire La Princesse de Clèves pour enrichir notre langue à tous dans les rapports quotidiens entre administrés. […] Est-il normal que tant de gens (chauffeurs de taxi, gardiens de la paix, fonctionnaires de la RATP, etc.) soient handicapés lorsqu’ils cherchent une rue sur un plan parce ce qu’ils n’ont aucune idée de la manière dont s’écrit un nom historique pour n’en avoir jamais entendu parler[5] ? » Et de raconter que les Américains venaient de comprendre qu’un peu de littérature ne fait pas de mal aux futurs médecins[6] : il apparaît que cela développe leur capacité d’empathie et modifie même leur analyse clinique.

La culture n’est jamais là où l’attendent ceux qui croient que c’est une armoire à confitures. Ses effets sont toujours obliques, jamais là où on les attend. C’est ce qui en fait la beauté et la complexité.

Les effets de l’inculture, en revanche, parce que c’est un corps simple de masse moléculaire proche de zéro, sont immédiats.



[1] National Association for the Advancement of Colored People, l’une des plus anciennes (1909) et des plus influentes associations américaines. « Colored People », expression obsolète, ne s’emploie plus que dans le nom de cette association. Les Noirs américains s’appellent désormais « African-American ». Ils ont même tenté de discriminer le président Obama, qui, métis d’une Blanche et d’un Africain (son père était kenyan), ne pouvait bénéficier de cette appellation, théoriquement réservée aux descendants d’esclaves. Ai-je le droit d’appeler cela du racisme ?

[2] Voir sur le sujet le livre de Paul-François Paoli, Nous ne sommes pas coupables : Assez de repentances !, La Table ronde, 2006.

[3] On y recrute sur ordre au moins 25 % de boursiers, parfois au détriment d’élèves mieux placés du strict point de vue des résultats académiques. L’égalitarisme tue l’égalité.

[4] En février 2006, Nicolas Sarkozy s’était livré à une violente attaque contre le roman de Mme de La Fayette, exemple type, d’après lui, des références à bannir des concours de la fonction publique. Il est revenu souvent à la charge, jusqu’à ce qu’il finisse par avouer qu’il avait souffert, élève, sur les aventures du duc de Nemours.

[5] Pierre Assouline, « Dehors, la culture générale ! », larepubliquedeslivres.fr, 2 décembre 2008.

[6] Cf. Pauline W. Chen, « Stories in the Service of Making a Better Doctor », The New York Times, 23 octobre 2008.

Extrait de "Voltaire ou le jihad - Le suicide de la culture occidentale", de Jean-Paul Brighelli, publié aux éditions de l'Archipel, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez  ici.

 

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de20
- 15/11/2015 - 14:12
Incorrigibles journalistes.
Incorrigibles journalistes.
Demandez donc a madame taubira, elle a la réponse et les clés, il serait au moins temps qu on lui réclame les doubles.
jurgio
- 15/11/2015 - 14:08
C'est là qu'on s'aperçoit qu
C'est là qu'on s'aperçoit qu'il y a culture et culture. Et l'une des deux qui fait sortir les révolvers... Peut-on appeler culture celle qu'on avale comme un poison et qui fait vomir ?