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Où en sera la France dans 10 ans ?
Encéphalogramme plat

Croissance zéro, immigration non contrôlée, climat : où en sera la France dans 10 ans en l’absence de réponse politique ?

Publié le 28 août 2015
Autant de problèmes cruciaux que François Hollande, et d'autres avant lui, invoquent sans jamais les résoudre. Des enjeux traités dans les discours de l'élite dirigeante comme des marronniers de la vie politique, des "produits d’appel" pour appâter l’électorat. Mais au-delà des "paroles, paroles", point de salut. Cette ère du vide angoisse les Français, menace leur démocratie et questionne leur avenir.
Chantal Delsol, philosophe, membre de l'Institut, poursuit une oeuvre majeure à la croisée de la métaphysique et du politique. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages aux éditions du Cerf dont "Le Nouvel âge des pères" (2015), "Les pierres d'...
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Chantal Delsol, philosophe, membre de l'Institut, poursuit une oeuvre majeure à la croisée de la métaphysique et du politique. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages aux éditions du Cerf dont "Le Nouvel âge des pères" (2015), "Les pierres d'...
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Autant de problèmes cruciaux que François Hollande, et d'autres avant lui, invoquent sans jamais les résoudre. Des enjeux traités dans les discours de l'élite dirigeante comme des marronniers de la vie politique, des "produits d’appel" pour appâter l’électorat. Mais au-delà des "paroles, paroles", point de salut. Cette ère du vide angoisse les Français, menace leur démocratie et questionne leur avenir.

Atlantico : La France et l’Europe sont confrontées depuis plusieurs années à des problématiques de fond que leurs dirigeants ne semblent pouvoir résoudre. Entre le défi d’une croissance zéro, de l’immigration ou du bouleversement climatique, quel constat peut être dressé aujourd’hui, entre les principales préoccupations de la population et les réponses politiques qui lui sont apportées ?

Maxime Tandonnet : Il est en effet sidérant de constater par exemple que le drame du chômage massif remonte au milieu des années 1970 : deux milllions en 1981, 3,6 millions aujourd'hui, voire 6 millions selon d'autres modes de comptage. Sept alternances politiques sont survenues entretemps et aucun gouvernement n'a apporté de réponse satisfaisante. Un constat comparable peut être fait sur la sécurité, notamment les violences contre les personnes, en hausse continue depuis les années 1980, auquel aucun pouvoir n'a su apporter de réponse, les problèmes de banlieues ghettoïsées et de violences urbaines, de maîtrise de l'immigration.

L'impuissance européenne face aux passeurs esclavagistes qui organisent l'afflux d'immigration par la Méditerranée et face aux noyades qui se poursuivent, illustre la profondeur du désarroi des pouvoirs publics. Les citoyens ont le sentiment de ne plus être vraiment gouvernés. Ils estiment que leurs préoccupations ne sont plus prises en compte par ceux qui sont censés les représenter. Un sondage CEVIPOF de février 2015 révélait que pour 87% des Français "les politiques ne tiennent pas compte de ce que pensent les gens comme eux". Nous assistons à une fracture extrêmement profonde et qui ne cesse de se creuser entre le peuple et les dirigeants. Le vrai clivage n'est pas droite/gauche mais entre la majorité silencieuse et les milieux dirigeants ou influents. 

>>> Lire aussi - “Le FN raccompagnerait 4 millions de français musulmans à la frontière” : Jean-Christophe Cambadélis mesure-t-il le risques de dire n’importe quoi ?

Chantal Delsol : Depuis quelque temps, on entend dire que la France a besoin de "réformes structurelles". Cela vient de l’étranger, surtout de l’Allemagne, mais il est nouveau que ce soit repris. Cela signifie que la société française est en train de prendre conscience d’une réalité qu’on pourrait décrire ainsi : nous vivons à tout point de vue en mangeant notre capital, c’est à dire à court terme. Je rappelle que c’est ce que faisaient les pays soviétiques : laissant perdurer un système providentialiste qui ruinait peu à peu le pays, et par conséquent était voué à l’effondrement. La France est très riche et c’est pourquoi ce système ruineux dure longtemps, assez longtemps pour faire croire à nos idéologues qu’il est pérenne. Mais un système qui dépense plus qu’il ne gagne, et vit sur la propagande au lieu de vivre sur la réalité, ne peut pas être pérenne. Il épuise ses réserves. Notre accueil de l’immigration vit sur la propagande : de beaux discours de générosité, qu’il faudrait assortir de mesures économiques si nous voulions que cela puisse durer (on ne peut accueillir les déshérités que si on a du travail à leur offrir, et si on ne leur offre que des aides, cela ne peut pas durer – enfin, pour libérer des emplois, il faudrait par exemple réformer entièrement la fonction publique). La question climatique et celle de la croissance zéro sont à l’avenant, au niveau cette fois de tous les pays développés : cela ne sert à rien de crier au gaspillage et en même temps de glorifier le matérialisme. Il faudrait ici une réforme structurelle des consciences – une spiritualisation des consciences, pour faire coïncider le discours et la réalité. Nous en sommes loin.

Comment expliquer une telle incapacité des élites dirigeantes à agir ? Quelles sont les causes profondes de cette situation de désemparement ? S’agit-il simplement d’un simple manque de pouvoir ou d’une réelle défaillance politique face aux enjeux ?

Maxime Tandonnet : Sans prétendre détenir la vérité, j'y vois deux causes qui se nourrissent l'une l'autre. La première est de nature institutionnelle. Depuis plusieurs décennies, nous assistons à des évolutions des institutions publiques qui affaiblissent les outils de décision politique. Ainsi, la construction dite européenne, notamment depuis le début des années 1990, se traduit par des transferts de compétences des Etats nationaux vers Bruxelles. Mais l'appareil bruxellois est extrêmement lourd et complexe, avec sa "comitologie", sa Commission, ses procédures comme la "co-décision", ses 28 Etats souvent divergents, son Parlement éclaté en commissions et délégations nationales, sa cour de Justice. Aucune volonté politique commune européenne ne s'est affirmée ni même esquissée. Bien au contraire, dans la vie quotidienne de l'Europe, les considérations nationales l'emportent sur tout le reste. Les Etats nationaux se sont partiellement démunis de leur compétences, de leurs outils de décision, mais sans que n'émerge une volonté, souveraineté politique européenne ou capacité d'agir à l'échelle de l'Europe. D'où le vide politique accablant, par exemple dans la lutte contre les passeurs esclavagistes. A cela s'ajoute, sur le plan national comme européen, la place croissante des jurisprudences des juridictions, cour de justice, conseil constitutionnel, cour de cassation, qui supplantent de plus en plus les parlements élus au suffrage universel comme nous l'avons vu sur la gestation pour autrui.

La seconde est plus profonde et encore plus difficilement réversible. Elle tient à l'évolution générale des mentalités. Nous vivons dans une société hyperindividualiste comme l'a si bien montré Gilles Lipovetski. Le goût de l'intérêt général, collectif, qui trouvait son expression ultime dans le patriotisme et le sens du sacrifice est fortement affaibli. "L'ère du vide" se retrouve de manière paroxystique dans la politique. Cette dernière est vécue avant tout sous l'angle du paraître plutôt que de l'action au service des autres. Même au niveau du non-dit, elle est désormais avant tout vécue comme un outil de réussite individuelle et de satisfaction d'un ego plutôt que de dévouement au bien public. Dès lors, les politiques ont pour ambition suprême la conquête et la conservation des attributs du pouvoir, de ses privilèges de vanité, et non le gouvernement de la cité. 

Les deux causes se nourrissent mutuellement car le goût du paraître, de l'inaction et de l'irresponsabilité explique les abandons de pouvoir et de souveraineté, désirés ou consentis depuis plusieurs décennies. Et l'impuissance qui en découle favorise toujours plus une sorte de paresse narcissique qui caractérise aujourd'hui la vie politique. 

Chantal Delsol : Je vous avoue que je suis profondément désespérée quand je regarde notre personnel politique, de quelque bord qu’il soit. Les dites réformes structurelles dont nous avons besoin représentent des changements profonds, qui dans un pays conservateur comme le nôtre (au sens de la passion pour le statu quo) susciteraient forcément des refus et des révoltes (il suffit de voir depuis cinquante ans la grève générale dès qu’on change une virgule à l’Education Nationale). Alors il faut du courage pour agir. Mais nos gouvernants n’ont ni conviction ni courage. Ils veulent le pouvoir. Quand ils ont le pouvoir, ils veulent le garder. Leurs discours grandiloquents et sacrificiels ("je travaille pour la France" etc) font désormais rire tout le monde. Je crois qu’en France le Pouvoir est trop enviable (c’est un Pouvoir monarchique, ne l’oublions pas). Alors il attire les ambitieux les plus minables. Il faudrait le rendre antipathique et inconfortable : vous n’auriez alors que des gens de conviction et de courage. Tenez, transportez la demeure du Président, à la place de l’Elysée, dans un F3 du 20° arrondissement : vous n’aurez plus que des candidats déterminés et dévoués, qui aimeront la France, parce qu’ils n’auront rien d’autre à aimer.

Du point de vue de la population, les causes sont-elles plus anxiogènes que l’absence de réponse politique, ou est-ce précisément l’inverse ?

Maxime Tandonnet : Le plus anxiogène est à l'évidence l'impuissance ou la démission des classes dirigeantes. Le plus difficile à admettre est l'absence de solution ou de volonté de traiter les problèmes. Le sentiment d'être abandonné, de ne pas être gouverné est le plus traumatisant pour les populations. Mais il y a peut-être pire. Faute de pouvoir ou vouloir traiter efficacement les questions, le pouvoir politique en général se livre à une fuite en avant dans la communication qui s'exprime à travers la déferlante de polémiques, postures, mises en scène médiatiques, fausses réformes. Bref, le pouvoir semble de plus en plus tourner à la comédie. Le culte de la personnalité sous toute ses formes - au pouvoir comme dans les oppositions de droite ou d'extrême droite - l'exacerbation des clivage partisans, le petit jeu hystérique de la haine droite/gauche, sont autant de leurres destinés à masquer l'absence de réponses aux attentes populaires. Cependant, les dirigeants, quel que soit leur bord, commettent là une erreur d'appréciation fondamentale. Ils sous-estiment gravement l'intuition populaire, l'intelligence de la majorité silencieuse. Or, cette dernière sent parfaitement la manipulation permanente à laquelle elle est exposée. La majorité silencieuse est dès lors victime d'une double peine : le sentiment de n'être pas écoutée et celui du mépris. Elle se venge avec les moyens dont elle dispose, notamment l'abstention massive, jusqu'à la moitié du corps électoral, et parfois le recours au vote protestataire ou supposé "anti-système".

Chantal Delsol : Je ne pense pas que la population française ait pris la mesure des causes. Elle ressent que "ça va mal" et que "ça ne pourra pas durer", mais elle ne sait pas bien ce qui cloche. Elle sait qu’il faudrait des réformes mais en même temps elle défend qu’on les fasse, car chaque fois cela touche des privilèges (pays monarchique, encore une fois ne l’oublions pas). C’est compliqué… Mais il n’y a pas vraiment de prise de conscience, je ne crois pas. Juste une angoisse diffuse, ce qui sans doute est pire.

Quels sont les risques, à moyen et long terme, de ce "statut quo perpétuel" sur la démocratie ? Quels types de conséquences politiques faut-il en attendre ?

Maxime Tandonnet : J'avoue ne pas avoir de réponse claire sur l'avenir, n'étant pas prophète... J'imagine trois scénarios possibles à échéance d'une vingtaine d'années. Le premier est celui de la déliquescence indéfinie des sociétés européennes : impuissance croissante des pouvoirs politiques, ou négation même de la notion de pouvoir, repli régionaliste, féodaliste et communautariste, montée des violences, de la loi de la jungle, du chaos, du terrorisme et des réflexes d'auto-défense, disparition progressive de l'Europe et de ses nations. Le second est celui de l'arrivée au pouvoir de partis nationalistes, cultivant les haines, la violence d'Etat, l'abolition des droits sociaux et politiques, des libertés individuelles et collectives, la tentation de l'autarcie et le retour des tensions nationalistes en Europe. Le troisième est celui d'une prise de conscience : il passe par la fin de l'idéologie ultra-individualiste et anti-autorité, l'émergence de nouvelles élites politiques et médiatiques, le retour au sens du bien commun, de profondes réformes des Etats nationaux comme des institutions européennes pour les rendre plus proches des citoyens et capables d'apporter des réponses à leur préoccupations, le renouveau de la démocratie au sens du pouvoir du peuple, autant sur le plan de la démocratie représentative que sur celui de la démocratie directe. J'ai envie de croire au troisième scénario...

Chantal Delsol : L’incapacité d’agir, l’attitude qu’on dit velléitaire ou attentiste, aura les mêmes conséquences pour un peuple que pour un individu, pour un gouvernant que pour un particulier. Si votre enfant ne fait rien à l’école et que par pusillanimité ou par paresse ou par indifférence, vous ne tentez pas de réagir, ce sont les événements qui décideront à votre place : l’enfant sera finalement renvoyé, par exemple. Autrement dit, si vous ne menez pas votre destin, c’est votre destin qui vous mènera par le nez. Il en va de même pour un pays. A force de mettre au pouvoir des gouvernements attentiste et pusillanimes, il se produira je ne sais quelle catastrophe qui viendra pour ainsi dire tout résoudre.

Propos recueillis par Catherine Laurent

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Henrik Jah
- 26/08/2015 - 10:50
Immigration non contrôlée
Dans 10 ans, la France sera un pays africain. A l'heure actuelle, les immigrés et enfants d'immigrés font 4x plus d'enfants que les français de souche blancs de tradition judeo-chrétienne. La hausse continue des impôts fait que les habitants historiques de la France, qui ont plus de moyens et sont donc taxés plus que les immigrés pauvres, ne peuvent même plus faire d'enfants à cause du manque du temps. En effet les femmes sont obligés de travailler pour que le couple ne finissent pas dans une banlieue pourrie où leurs enfants seraient condamnés à l'échec. Cette taxation qui ne peut qu'augmenter (et oui faut bien payer des logements et des allocs aux 200.000 immigrés qui viennent chez nous tous les ans) fera fuir encore plus les riches vers un pays étranger. Les immigrés qui trouveront de moins en moins de travail car beaucoup trop nombreux feront davantage d'enfants pour toucher les allocs. Et ça c'est sans compter la probable future réquisition des logements vacants pour y loger des clandestins, le statut de HLM pour de l'immobilier ancien style hausmannien pour que les pauvres eux-aussi puissent accéder à ce type de logements empêchant le primo-accédant d'acheter ce type de bien.
Gré
- 25/08/2015 - 22:41
Le pompier pyromane
Comique de lire un Maxime Tandonnet se lamenter sur ce qui n'a pas été fait par les gouvernements précédents alors qu'il était ... ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Haha ! Effectivement, on se fout de notre g....
joke ka
- 25/08/2015 - 18:27
polygamie
si les 800000 migrants font tous 46 enfants, on n'a pas fini de payer des impôts et des charges toujours plus élevés !!!
http://www.lejdd.fr/Societe/Actualite/Polygamie-Hortefeux-Lies-Hebbadj-199813