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Le plan d’urgence gouvernemental pour les éleveurs en crise n’a pas arrêté net toutes les manifestations agricoles.
Opération cosmétique

Pourquoi les 600 millions de Hollande aux agriculteurs ne serviront (presque) à rien

Publié le 31 juillet 2015
Le plan d’urgence gouvernemental pour les éleveurs en crise n’a pas arrêté net toutes les manifestations agricoles. Et pour cause, beaucoup ont compris que rien ne serait réglé sans une restructuration de la filière d'élevage et des mesures souples pour répondre à l'embargo russe, qui en engorgeant le marché européen a participé à la baisse des prix.
Antoine Jeandey est rédacteur en chef de WikiAgri, pôle multimédia agricole composé d’un magazine trimestriel et d’un site internet avec sa newsletter d’information. Lancé en début d’année 2012, WikiAgri a pour philosophie de partager, avec les...
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Le plan d’urgence gouvernemental pour les éleveurs en crise n’a pas arrêté net toutes les manifestations agricoles. Et pour cause, beaucoup ont compris que rien ne serait réglé sans une restructuration de la filière d'élevage et des mesures souples pour répondre à l'embargo russe, qui en engorgeant le marché européen a participé à la baisse des prix.

Nous sommes dans une situation qui ressemble à l’issue d’un procès improbable, où la victime n’est pas indemnisée du mal qu’elle a subi, et où les parties civiles ont été purement et simplement oubliées. De fait, la victime fait appel, et il ne serait finalement pas si étonnant de voir les parties civiles se joindre au mouvement.

La victime, en l’occurrence, ce sont les éleveurs, purement et simplement oubliés du gouvernement ces dernières années, malgré de nombreuses alertes sur la crise, déjà en place pour certains, ou qui couvait pour la majorité. Et les parties civiles, ce sont vous, nous, tous les contribuables, obligés de payer ces 600 millions de rattrapage, qui ne compensent que partiellement les errements précédents, alors qu’une enveloppe déjà budgétisée existait et qu’elle a été déchirée.

Les 10 milliards "plantés" par le gouvernement…

D’un point de vue purement financier, il faut remonter à un discours prononcé le 8 février 2013 par le président de la République à Bruxelles : ce jour-là, François Hollande annonçait qu’il avait su préserver le budget de la Pac (politique agricole commune) revenant à la France. Très rapidement, je vous avais personnellement alerté du manque de fiabilité de cette affirmation, à la fois sur WikiAgri et Atlantico. Une première estimation du manque à percevoir entre la période 2007-2013 et la suivante 2014-2020, dans laquelle nous sommes désormais entrés, m’avait d’abord incité à vous livrer le chiffre de 6 milliards d’euros, avant de le corriger, très précisément, à 10 milliards 390 millions 938 mille euros. Sur 7 ans donc, soit presque 1,5 milliard en moins par an (lire les articles précédents ici sur Wikiagri, ou sur Atlantico)…

Entre-temps, sous l’égide du ministère de l’Agriculture, il y a eu ce que l’on a appelé les "arbitrages" sur la répartition des aides au niveau français. Des décisions ont été prises pour diminuer la part des céréaliers (et donc les soumettre encore aux aléas d’un retournement de marché, contrairement aux engagements présidentiels initiaux), et augmenter celle des éleveurs. Stéphane Le Foll, à l’époque, avait largement communiqué sur une forme de justice qu’il rendait aux éleveurs… Alors qu’il ne faisait qu’accorder une part plus grosse certes, mais d’un gâteau bien plus petit ! 10 milliards, cela représente entre 15 et 20 % du budget de la Pac alloué à la France, il fallait que les éleveurs obtiennent plus de 20 % en plus de part de gâteau pour avoir plus qu’avant… La crise d’aujourd’hui donne la réponse quant au résultat.

… Que les 600 millions ne compenseront pas

En fait, le gouvernement espérait que ça passe, un peu de la même manière que la croissance devait apporter des emplois en France : il ne fallait pas le moindre élément de crise que ce soit, des consommateurs heureux bien nourris… On sait ce qu’il en est de la clientèle (vous et moi), nous avons tous réduit nos frais d’alimentation pour faire face à la conjoncture. Et parallèlement, pas de chance, il y a eu l’embargo russe sur nombre de denrées agricoles ou d’origine agricole européenne, qui a engorgé le marché européen, multiplié les stocks et baissé les prix. Et, encore moins de chance, cet embargo dure au-delà de l’année initiale prévue. Et puis le gouvernement a oublié l’impact de l’arrêt des quotas laitiers, forcément déstabilisateur au début, qu’il n’a pourtant pas manqué de condamner encore récemment en rappelant que la décision datait de 2008 (sous-entendu d’avant l’arrivée de François Hollande)… Oui, mais alors, pourquoi avoir fragilisé les éleveurs juste au même moment en laissant de côté 10 milliards d’aides Pac pour faire plaisir aux Britanniques, pas spécialement devenus nos alliés économiques depuis ? Pour accentuer le fait que la crise à venir était de la faute du précédent ? Très franchement, les éleveurs se fichent de savoir qui est coupable, ils préféreraient qu’il n’y en ait aucun…

Les 600 millions d’aides des contribuables français, que pèsent-ils dans ce contexte ? Il s’agit d’un secours d’urgence. La Pac est supposée, d’abord, assurer des prix raisonnables pour les consommateurs, et parallèlement compenser pour les agriculteurs, de manière à ce qu’ils ne soient pas perdants dans l’opération. Sauf que là (tous les médias en ont parlé, recueilli des témoignages…), la compensation est insuffisante, et nombre d’éleveurs en particulier travaille pour un revenu inférieur au coût de revient. La faute, pas tant à la Pac, mais à ce que nous percevons de la Pac. Et le fait d’alourdir la facture du contribuable français ne va pas changer cet état de fait, les 10 milliards perdus ne seront jamais regagnés. On permet juste, ainsi, d’éviter aujourd’hui des dépôts de bilan en cascade… Aujourd’hui, mais pas pour demain !

Pourquoi il faudra repayer 600 millions tous les 3 ans, puis les 2 ans, puis tous les ans…

On le voit dans les tractations qui se déroulent actuellement sur les partages de marge, avec des engagements de la part des transformateurs ou des grandes surfaces pour assurer des prix minima aux agriculteurs : ils obéissent également à l’urgence, mais ne s’inscrivent pas dans la durée. Le prix du lait est annoncé stable à un minimum de 34 centimes… jusqu’en décembre ! Et après ? Déjà, ce chiffre de 34 centimes est contesté par d’autres syndicats que le majoritaire. Le MNER (mouvement national des éleveurs de nos régions, un syndicat né début 2014) par exemple a calculé à 43,5 centimes le prix minimum pour arriver au coût de revient, en précisant bien sûr qu’arriver à ce coût de revient ne correspond qu’à un équilibre financier, c’est au-delà que commence le salaire, la marge d’investissement, etc. Donc, même avec cet "effort", les industriels ne règlent pas le problème, d’autant qu’il est d’ores et déjà annoncé non pérenne. En d’autres termes, si les trésoreries vont avoir leurs dettes "rééquilibrées" (pour reprendre le terme du plan d’urgence) grâce à l’aide des contribuables français, les causes du mal sont toujours là, et un nouveau trou va se creuser. Le temps qu’il se creuse, et il faudra à nouveau intervenir, à un rythme de plus en plus fréquent puisque, rappelons-le, les mesures d’échelonnement de la dette ne l’annulent pas, elles permettent juste de s’en acquitter plus facilement… Jusqu’à ce qu’elle se creuse à nouveau.

Les "mesures structurelles" du plan d’urgence en appellent d’autres, plus consistantes

Parlons du plan d’urgence (que l’on retrouve ici pour la liste des 24 points, et pour la version longue avec les justifications). Il répond effectivement, dans sa première partie, à des besoins immédiats. Mais pour les 14 points censés être des "mesures structurelles", on trouve une juxtaposition d’idées pas forcément mauvaises, qui peuvent effectivement aider, mais qui ne fournissent pas un programme ambitieux, capable de faire fi des milliards oubliés, ou encore de l’embargo russe.

Prenons un exemple très précis. Le point 22 (intitulé "amélioration des relations commerciales et contractuelles dans les filières animales") est l’une des clefs du problème. Il est présenté, y compris dans la version longue, comme un simple "il faut que", sans précision de moyens, alors que l’Etat doit avoir une part fondamentale dans ces tractations pour que le résultat soit équilibré, mais aussi respecté ensuite.

Tant pis pour la loi d’avenir, place aux vraies mesures structurelles…

Le problème du gouvernement actuel est qu’il est embarqué dans la continuation de ses erreurs pour ne pas avoir à se contredire. Il n’a toujours pas admis officiellement avoir planté les 10 milliards, donc il ne propose que des rustines, en ponctionnant tout de même au passage le contribuable. Et malheureusement, il est à craindre qu’il n’engage pas de réelles mesures structurelles non plus, car il a déjà fait adopter une loi agricole, pittoresquement appelée "loi d’avenir". Celle-ci contient des chapitres sur les groupements écologiques ou encore sur le statut des Gaec, bref sur des thèmes qui ne seraient que des amendements dans une véritable loi prenant en compte la problématique de l’agriculture française aujourd’hui, pour lui rendre les moyens d’être compétitive pour les agriculteurs les plus productifs, et simplement saine et vivable pour les plus petits.

La situation particulièrement préoccupante des éleveurs aujourd’hui exige de passer outre ces différentes erreurs, pour entrer, enfin, dans le concret. Au-delà des propositions que j’ai déjà formulées récemment, on peut mettre en exergue celles, toutes récentes, publiées par le Think tank agricole SAF Agr’idées, avec cinq défis sur la viande (tous les liens en fin d’article).

… A formuler rapidement !

Ces chantiers structurels doivent au moins être formulés le plus rapidement possible, et bien sûr entrepris ensuite dans le délai le plus bref. A tout le moins, il faut comprendre que la portée de la crise a bien été perçue. Ensuite, qu’il faille un minimum de temps pour concrétiser, c’est évident, mais il faut déjà commencer.

Ce n’est visiblement pas ressenti actuellement. On note que la Fnsea a demandé la levée des barrages, et que ceux-ci se sont poursuivis dans bien des cas. En Bretagne, le mouvement a même réveillé les Bonnets Rouges, qui incluent la Fdsea du Finistère, et qui ont appelé l’ensemble des Bretons à soutenir l’action des agriculteurs… On peut même se demander si une nouvelle forme de contestation n’est pas en train de naître, au-delà de la Bretagne, avec de nouvelles alliances, entre ceux qui s’estiment incompris dans leurs difficultés… Mais cela, c’est un autre sujet… Sinon qu’il faut vraiment, prendre la mesure des problèmes.

En savoir plus : Sur WikiAgri ici ; Les 5 défis à relever pour la viande bovine, selon le Think tank SAF Agr’idées disponible.

Article également publié sur WikiAgri

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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jurgio
- 27/07/2015 - 23:13
Le gouvernement aura au moins traité le problème
dans l'esprit socialiste.
raslacoiffe
- 27/07/2015 - 08:23
C'est la fôte à qui ? A Sarko bien sûr
Le leitmotiv de ce gouvernement pour cacher sa nullité devient lassant. Ces éléments de langage répétés en boucle par les socialistes et repris par la presse de gauche est une offense à la réalité des difficultés rencontrées par la filière agricole. L'embargo russe est une des causes mais pas la seule comme l'explique l'auteur et le cadeau de 10 milliards consentis aux britanniques qui nous le rendent bien c'est connu est une pantalonnade de plus à mettre à l'actif de notre audacieux président.
Anouman
- 26/07/2015 - 21:17
Mesures suites
Pour le reste il suffit de laisser faire les faillites sans les empêcher, ça améliorera la situation à l'avenir.