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Au cœur de la Maison Blanche : le jour où Abraham Lincoln a voulu exiler les Noirs des États-Unis
Publié le 26 décembre 2014
La Maison Blanche, l'un des lieux les plus secrets de la planète, témoin de nombres de décision historique. En pleine guerre de Sécession, Abraham Lincoln a une idée folle : loin de vouloir abolir l'esclavage, il souhaite envoyer les Noirs "coloniser" un pays. Extrait de "Les secrets de la Maison Blanche" de Nicole Bacharan et Dominique Simonnet (1/2).
Nicole Bacharan est historienne et politologue, spécialiste de la société américaine et des relations transatlantiques.Elle a co-écrit avec Dominique Simonet  "11 septembre le jour du chaos" (Perrin, à paraître le 18 août 2011).Son prochain livre est Le...
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Journaliste, écrivain et théoricien de l'écologisme, Dominique Simonnet est l'auteur de nombreux essais et romans.  Avec Nicolas Bacharan, il a également signé deux essais sur les Etats-Unis aux Editions Perrin: "11 septembre, le jour du chaos",...
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La Maison Blanche, l'un des lieux les plus secrets de la planète, témoin de nombres de décision historique. En pleine guerre de Sécession, Abraham Lincoln a une idée folle : loin de vouloir abolir l'esclavage, il souhaite envoyer les Noirs "coloniser" un pays. Extrait de "Les secrets de la Maison Blanche" de Nicole Bacharan et Dominique Simonnet (1/2).

« Pourquoi les gens d’ascendance africaine doivent-ils partir et coloniser un autre pays ? Je vais vous le dire. Vous et moi appartenons à des races différentes. Il y a entre nous plus de différence qu’entre aucune autre race. Que cela soit juste ou non, je n’ai pas à en discuter, mais cette différence physique est un grand problème pour nous tous, car je pense que votre race en souffre grandement en vivant avec nous, tandis que la nôtre souffre de votre présence. En un mot, nous souffrons des deux côtés… Si on admet cela, voilà au moins une bonne raison de nous séparer… »

Oui, c’est le président Abraham Lincoln lui-même qui tient ces propos bien peu engageants, loin, bien loin de l’image que l’on construira de lui plus tard. Ce 14 août 1862, alors que la nation américaine se déchire, que les États, désunis, s’affrontent dans un conflit fratricide, la terrible guerre de Sécession déclenchée depuis son élection il y a deux ans, Lincoln a convoqué à la Maison Blanche une délégation de leaders noirs pour leur tenir ce discours : il faut que les Noirs quittent les États-Unis ! En guise d’introduction, à peine les cinq « personnes de couleur » sont-elles assises dans son bureau qu’il leur indique qu’une somme d’argent a été réservée par le Congrès, « tenue à sa disposition pour aider au départ des personnes d’ascendance africaine pour qu’elles colonisent un quelconque pays ». Cela fait longtemps qu’il y songe, a dit d’emblée le président, et il se fera un devoir de favoriser cette cause.

— Vous, ici, vous êtes des affranchis, je suppose ? interroge abruptement Lincoln.

— Oui, Monsieur, répond l’un des délégués.

— Peut-être l’êtes-vous depuis longtemps, ou depuis toute votre vie… D’après moi, votre race souffre de la plus grande injustice jamais infligée à un peuple… Mais, même si vous cessez d’être esclaves, vous êtes encore bien loin d’être sur un pied d’égalité avec la race blanche… Mon propos n’est pas d’en discuter, c’est de vous montrer que c’est un fait… Et puis regardez où nous en sommes, à cause de la présence des deux races sur ce continent… Regardez notre situation – le pays en guerre ! –, les hommes blancs s’entre-égorgeant, et personne ne sait quand cela s’arrêtera. Si vous n’étiez pas là, il n’y aurait pas de guerre…

Et le président de conclure :

— Il vaut donc mieux nous séparer… Je sais qu’il y a parmi vous des Noirs libres qui ne voient pas quels avantages ils pourraient en tirer… C’est, permettez-moi de le dire, un point de vue extrêmement égoïste… Si des hommes de couleur intelligents, comme ceux que j’ai devant moi, le comprennent, alors nous pourrons aller plus loin. Je pense pour vous à une colonie en Amérique centrale. C’est plus près que le Liberia… Il y a là un pays magnifique, doté de beaucoup de ressources naturelles, et, à cause de la similarité du climat avec celui de votre pays natal, il vous conviendrait parfaitement…

Un silence stupéfait accueille ces arguments qui défient l’entendement.

C’est la première fois, depuis la création des États-Unis près d’un siècle plus tôt, qu’une délégation officielle de Noirs est invitée à la Maison Blanche pour une raison politique (elle a été conduite auprès du président par le révérend Joseph Mitchell, commissaire à l’Émigration), et quelle réception ! On imagine sans peine le froid glacial, même au cœur de l’été tropical de Washington, qui a saisi les cinq hommes, éminents représentants de la communauté noire dans la capitale.

Son monologue achevé, le président les congédie en laissant à peine le temps à Edward Thomas, qui mène la délégation, de bredouiller :

— Nous allons nous consulter et vous donner une réponse rapide…

— Prenez votre temps, lâche le président.

Comment Lincoln ose-t-il charger les Noirs de la responsabilité de la guerre qui ensanglante le pays ? Comment ne reconnaît-il pas que, comme ses interlocuteurs ce jour-là, la plupart des Noirs vivant alors aux États-Unis sont nés sur le sol américain et ne savent rien de l’Afrique ? Le président est indifférent à ce type de considération, ce n’est pas un idéaliste. Par ses propos coupants, il exprime ses convictions les plus profondes : s’il n’aime pas l’esclavage, c’est bien sûr pour des raisons morales, mais aussi parce que cela pourrit la vie des Blancs, et met en danger la pérennité de l’Union. Il reste convaincu que les deux races n’ont rien à faire ensemble. Et cela fait longtemps qu’il nourrit ce vieux projet, dit de « colonisation », déjà envisagé plusieurs décennies auparavant par Thomas Jefferson : renvoyer les esclaves en Afrique ou en Amérique centrale pour en finir avec cette plaie. C’est une sorte de compromis entre les deux positions extrêmes qui s’affrontent alors, celle des planteurs du Sud farouchement accrochés à l’esclavage et celle des intellectuels du Nord qui luttent pour son abolition pure et simple.

Extrait de "Les secrets de la Maison Blanche" de Nicole Bacharan et Dominique Simonnet, aux Editions Perrin, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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myc11
- 27/12/2014 - 19:20
La musique américaine tire fort bien son épingle du jeu
de la rencontre entre l'expression des blancs (influence irlandaise par exemple) et celle des noirs (blues, gospel). La série "Treme" le montre fort bien. Au final il y a une richesse inouïe, les blancs tirant parti de l'influence des noirs, et inversement. Il faut se mettre dans la peau de Lincoln, la guerre de sécession le plongeait au coeur du désespoir. Il est fort comprehensif qu'il ait cherché des solutions et il a songé à celle-là.
vangog
- 27/12/2014 - 14:49
Ouf! Ce témoignage, très éloigné de la pensée unique fait mal!
c'est le genre de témoignage historique qui est repoussé très loin avec la poussière sous le tapis de l'oubli "démocrate" ou "gauchiste"...Mais les paroles de Lincoln sont imprégnées de ce bon-sens bien américain qui a prédisé à l'union de ses états. L'union était obligatoire pour la force qu'elle procurait, mais les américains sentaient bien que le désequilibre entre les deux races ne pourrait être rattrapé que par un petit nombre, et que ce désequilibre engendrerait des désequilibres plus grands encore...comme la démonstration concrète semble, aujourd,hui, le démontrer, aux USA...et ailleurs en Europe.
Deudeuche
- 26/12/2014 - 20:19
Remettre dans le contexte le fardeau d'Abraham Lincoln
Août 1862, Washington est menacé par les troupes de Jackson après la victoire de la 2eme bataille de Bull Run, McClellan, bon organisateur mais mauvais subordonné et piètre tacticien, s'est fait défaire de manière catastrophique par le nouveau général confédéré en train de bâtir sa légende R.E. Lee durant la campagne de la péninsule. L'armée fédérale est en totale déroute. Les démocrates pacifistes et pro-sudistes font du lobbying pour négocier un armistice. En outre il semble que Londres et Paris envisage une intervention dans le conflit. Sur le plan personnel son épouse bipolaire Mary sombre lentement dans la dépression après la mort de son fils Willie à l'âge de 12 ans. Les frêres de Mary sont dans l'armée sudiste, combattent et meurent contre les troupes fédérales dont le commandant en chef est son mari. Lincoln est au comble du désespoir politique et personnel. Cette proposition qui fait écho à la création du Libéria 20 ans plus tôt est encore dans l'esprit du temps.
3 semaines après l'avancée de Lee et Jackson est stoppée nette après la plus sanglante bataille de l'histoire US, Antietam Creek alias Sharpsburg.
Lincoln alors décrète l'affranchissement des esclaves libérés.