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De nombreux conjoints surveillent leur moitié en s'inscrivant eux aussi sur des sites de rencontre (ici, le symbole du site Adopteunmec).
Adultère numérique
Adultère 2.0 : comment la technologie est devenue la meilleure alliée des conjoints volages… et de ceux qu’ils trompent
Publié le 24 octobre 2014
Le numérique, au-delà de la multiplication des échanges en ligne, a également facilité les rencontres extra-conjugales. Mais cette même technologie permet également aux conjoints soupçonneux d'enquêter plus facilement.
Catherine Lejealle est docteur en sociologie et ingénieur télécom (ENST Bretagne). Elle est professeur à l'ISC Paris et co-fondatrice de la Chaire Digital Business. Ses domaines de recherche couvrent les usages des TIC (téléphone portable, Internet,...
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Catherine Lejealle
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Catherine Lejealle est docteur en sociologie et ingénieur télécom (ENST Bretagne). Elle est professeur à l'ISC Paris et co-fondatrice de la Chaire Digital Business. Ses domaines de recherche couvrent les usages des TIC (téléphone portable, Internet,...
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Le numérique, au-delà de la multiplication des échanges en ligne, a également facilité les rencontres extra-conjugales. Mais cette même technologie permet également aux conjoints soupçonneux d'enquêter plus facilement.

Atlantico : Applications (comme Tinder), chats, textos, sites de rencontres ou sites qui promeuvent les relations extraconjugales... Les nouvelles technologies ont déployé des trésors d'invention pour faciliter le lien social et la rencontre. La résultante en est-elle également la mise à disposition d'un puissant dispositif en faveur de l'adultère ?

Catherine Lejealle : Internet révolutionne la mise en relation entre inconnus à la fois pour partager du savoir, échanger des services, vendre ou louer une décolleuse de papier peint, partager des avis pour prendre une décision ou interagir avec des acteurs majeurs de son secteur d’activité etc…De wikipedia à ebay, de airbnb à Linkedin ou encore aux sites de crowdfunding, l’immense apport des nouvelles technologies n’est plus à démontrer ni à remettre en question dans toutes les sphères de notre quotidien. Pourquoi la relation amoureuse y échapperait ? La porosité des univers conduit à ce qu’elle en bénéficie aussi.  

En effet, toutes ces applications qui facilitent la vie, nous ouvrent à d’autres personnes et d’autres centres d’intérêt et permettent également de rencontrer des amoureux. Les butfies ou photos de fessiers musclés offrent des tentations. Tinder et happn jouent sur la géolocalisation et nous apportent des contacts dans notre voisinage immédiat. Mais avant de penser au libertinage, pensons d’abord aux nombreuses relations amoureuses qui se nouent via Internet, qui permettent de décloisonner les réseaux de connaissance et de rencontrer une personne avec qui cheminer. La relation extraconjugale est alors une déclinaison possible de la mise en relation et oui, les nouvelles technologies facilitent la possibilité d’entrer en relation avec plus de gens.

Facilité d'accès, anonymat, rupture des codes... A quoi cela tient-il ? Au delà de la mise en relation, les nouvelles technologies offrent un vaste éventail de fonctionnalités qui effectivement facilitent l’organisation de la relation libertine. En reprenant tout le parcours de la relation amoureuse, on constate que des solutions viennent rendre plus fluide et plus discrète cette organisation. D’une part, lors des premiers échanges, l’écran déshinbibe et permet d’oser écrire des propos plus hard que ceux qu’on prononcerait de vive voix. L’anonymat et l’existence de sites de niche destinés à la relation libertine (comme gleeden) rendent l’expérience de l’adultère plus simple à organiser. Mais est-ce que pour autant, ces facilités vont vous inciter à mener une relation en parallèle ?

N’oublions pas qu’un usage est la rencontre entre un dispositif (qui facilite l’usage en proposant des prises et des fonctionnalités) et une disposition (au libertinage, à la curiosité). En matière d’accès au savoir par exemple, on pourrait penser que face à l’océan d’informations gratuites disponibles, de MOOC gratuits, notre soif de savoir et la curiosité intellectuelle l’emporterait sur la facilité. Demandez à vos ados ou aux jeunes adultes (petit clin d’œil à certains de nos étudiants et de nos ados qui se reconnaîtront !) de faire un exposé ou une synthèse sur un sujet et bien, il y a de grandes chances qu’ils fassent du coupé collé de wikipedia ou téléchargent un slideshare déjà existants où d’autres ont déjà traité le sujet. Et donc pourquoi le germe de l’infidélité l’emporterait sur la facilité de mener une seule vie à la fois ?

La réalité du terrain que je cotoie lors de mes enquêtes permet d’affirmer que le rêve de tous reste la relation monogame et durable, le grand amour qui permet aussi une sexualité épanouie sans préservatif et en explorant un vaste registre de pratiques car il y a une confiance et une connaissance des corps. Les jeunes continuent à rêver du prince qui permet de vivre heureux et eurent beaucoup d’enfants.

Si le numérique facilite l'adultère, il facilite également le pistage et le dépistage des conjoints ou partenaires infidèles... Cela modifie-t-il drastiquement le rapport à la confiance dans le couple ? En d'autres termes, les nouvelles technologies nuisent-elles à la confiance dans le couple ? 

A l’autre bout de la chaîne (et sans jeu de mot sur la chaîne conjugale !) le conjoint est également mieux armé pour débusquer l’adultère. Dans notre ère de transparence revendiquée, nous pouvez tomber par hasard sur l’information parce que l’autre ou son compère publie une photo d’eux ou mentionne un petit voyage en amoureux alors que le pensiez en séminaire d’entreprises ou tout simplement que le dit séminaire en était un mais s’est agrémenté d’une rencontre amoureuse.

A côté de cela, les nouvelles technologies offrent des applications qui permettent d’espionner l’autre. Est-ce plus facile de lire les SMS et de checker les appels émis par son conjoint que de faire les poches comme du temps de nos grands-mères ? Cela n’est pas évident car il faut connaître le mot de passe.

Il me semble qu’on touche ici un point d’éthique et de confiance entre les personnes. Est-ce qu’il n’y a pas d’autres solutions que d’installer un logiciel espion à l’insu de l’autre ? Cela montre que la relation est déjà bien gangrenée… Les nouvelles technologies doivent s’ajouter aux outils existants et la discussion est toujours préférable. Personnellement je ne vois pas bien comment reprendre une relation de confiance lorsqu’on apprend que l’autre vous a espionné à tort ou à raison.

Le numérique, dans les nouvelles pratiques de l'adultère (sexe en ligne et autre) qu'il a permises, a-t-il également changé les racines de l'infidélité ou ces dernières restent-elles constantes ? Les mêmes pour les femmes et les hommes ? 

La pièce "Couple ouvert à deux battants" co écrit par le prix Nobel de littérature Dario Fo et son épouse Franca Rame, nous apprend que malgré un accord des deux conjoints sur des aventures en parallèle, la femme souffre davantage. Depuis que Jean Paul Sartre nous a expliqué la différence entre les amours nécessaires et les amours contingentes, nous avons en tête que les hommes sont plus infidèles plus par nécessité que les femmes.

Il me semble qu’aujourd’hui et surtout sur les jeunes trentenaires, on observe un même désir réel de rencontrer le grand amour et de vivre une histoire sur une certaine durée. Mais en attendant de trouver (et pourquoi pas aussi à l’aide de sites de dating), chacun reste actif sexuellement parce que c’est socialement valorisé. Ce qui me semble nouveau c’est moins d’imaginer que tout à coup toute une génération serait infidèle, c’est l’évolution des représentations sociales et des normes. La vitesse, l’action, la participation, le multi tâches irriguent toutes nos activités. La FOMO (fear of missing out) ou FONK (Fear Of not Knowing) ou peur de rater quelque chose fait accepter plusieurs soirées en même temps, où l’on passe de l’une à l’autre, en moyenne 97 minutes dans chacune. Cette FOMO est un vrai phénomène de génération bien décrit dans la chanson FOMO de Joséphine et Alexandre de la Baume intitulé FOMO dans leur album Cérémonies.

>> A lire également "PPAC" : voilà le syndrome que les Américains ont identifié comme le nouveau mal du siècle chez les jeunes adultes

Ainsi, on pourrait dire qu’en attendant de rencontrer le grand amour, chacun accepte les sex friends et autres dates de back up. La différence de genre se retrouve à ce niveau : les hommes vivent mieux ces multiples partenaires car un grand tableau de chasse est toujours valorisant pour un homme alors que les femmes s’en vantent moins. On retrouve la différence de déclaratif sur le nombre de partenaires sexuels dans les enquêtes sur les pratiques sexuelles. Les hommes en déclarent toujours plus, comptant un flirt un peu poussé alors que les femmes ne comptent que les relations significatives. Mais le rêve reste le même.

L'opposition entre vie réelle et virtuelle est souvent soulevée. Mais pour finir sur une note moins dramatique, Internet n'a-t-il pas en définitive permis de faciliter le lien social et l'expression émotionnelle ?

Je n’aime pas cette opposition entre réel et virtuel qui ne correspond pas à ce qu’on observe. Allez observer quelqu’un qui chate derrière son clavier avec quelqu’un don’t le profil matche et vous verrez que les émotions, sensations ressenties sont bien vécues et n’ont rien de virtuel. Leur coeur palpite, ils ont chaud et se mettent à rêver et à espérer. Internet n’est pas un lieu virtuel mais bien un espace en continuité avec les autres, permettant d’entrer en contact avec d’autres personnes pour se rencontrer et vivre des moments ensemble.

Pour conclure, regardez les séries TV qui viennent de sortir à la rentrée de septembre sur les chaînes américaines : "Manhattan Love Story" sur ABC, "A to Z" sur NBC ou encore "Selfie" sur ABC. Toutes prennent comme point de départ une mise en relation via Internet (Tinder, Whatsapp et Snapchat) et ensuite l’histoire se déroule comme pour une rencontre d’un schéma classique ancien, à l’école, en faisant du sport ou de la musique, autour d’un verre ou chez des amis…

Catherine Lejealle participera à l'ouverture de la semaine de la Pop Philosophie au Mucem de Marseille. Pour plus d'informations, cliquez ici

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