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Alstom, retour à la case départ… mais avec une facture alourdie (merci Arnaud Montebourg)

Publié le 27 juin 2014
Une issue a officiellement été trouvée sur le dossier Alstom. Après plusieurs semaines de négociations entre l'Etat et les entreprises internationales pour sauver Alstom, Arnaud Montebourg a annoncé l'alliance entre le groupe français et le géant américain General Electric, dont l'Etat va assurer la solidité et la pérennité à "50/50".
Bernard Carayon est ancien député du Tarn, maire de Lavaur et membre du Conseil d'orientation du Fonds Stratégique d'Investissement (FSI). Maître de conférences à Sciences Po Paris, il est notamment l'auteur de Patriotisme économique : de la...
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Eric Dor est docteur en sciences économiques. Il est directeur des études économiques à l'IESEG School of Management qui a des campus à Paris et Lille. Ses travaux portent sur la macroéconomie monétaire et financière, ainsi que sur l'analyse...
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Eric Dor
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Eric Dor est docteur en sciences économiques. Il est directeur des études économiques à l'IESEG School of Management qui a des campus à Paris et Lille. Ses travaux portent sur la macroéconomie monétaire et financière, ainsi que sur l'analyse...
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Une issue a officiellement été trouvée sur le dossier Alstom. Après plusieurs semaines de négociations entre l'Etat et les entreprises internationales pour sauver Alstom, Arnaud Montebourg a annoncé l'alliance entre le groupe français et le géant américain General Electric, dont l'Etat va assurer la solidité et la pérennité à "50/50".

Atlantico : L'Etat a finalement opté pour la reprise d'Alstom énergie par GE, et annoncé son entrée au capital du groupe français à hauteur de 20 %. En quoi, pour Alstom, cette offre diffère-t-elle de celle initialement proposée par GE ?

Bernard Carayon : L'offre n'a pas véritablement évolué, et je suis surpris qu'on parvienne à ce résultat après deux mois de gesticulations. Il y a deux mois GE était l'ennemi américain pour le gouvernement, et Arnaud Montebourg vitupérait que jamais il ne braderait un joyau national pour un conglomérat américain. En vérité, ce gouvernement n'a pas la force d'imposer à la Commission européenne ses choix économiques ou politiques. Par le passé, lorsque Nicolas Sarkozy a sauvé Alstom, cela s'est fait au terme d'un bras de fer avec la Commission européenne, qui s'est renouvelé au moment de la crise  financière de 2008, lorsque la France et le Royaume-Uni lui ont imposé un plan de consolidation des banques qui violait manifestement les traités européens. Aujourd'hui le modèle EADS appliqué à l'énergie n'est plus reproductible car le gouvernement n'a pas l'autorité pour imposer à la Commission une vision réaliste de la confrontation économique mondiale.

Tout porte à croire que le conseil d'administration d'Alstom entérinera l'opération avec GE. Ce que cela souligne dans l'incurie des gouvernements de gauche comme de droite, c'est l'absence tragique en France de fonds de pension. Les Français ne sont pas propriétaires de leurs entreprises, la moitié du capital des entreprises du CAC 40 est entre les mains d'entreprises ou de fonds étrangers, et c'est bien l'absence d'alternative française qui pose problème : l'Etat ne pourra pas entrer au capital de toutes les entreprises qui entreront dans le schéma d'Alstom. Les moyens de la Banque publique d'investissement aujourd'hui ne permettent pas de répondre à la vulnérabilité des grands groupes de l'industrie française.

Eric Dor :  L'offre initiale de l'entreprise américaine était d'acheter purement et simplement à Alstom ses activités "énergie thermique", "énergie renouvelable" et "réseau", pour 12,35 milliards d'euros.  Elle promettait que la France serait le centre de ses activités d'énergie en Europe, avec l’installation en France du siège et des centres d’excellence de ses activités turbines vapeur, hydro, éolien et réseaux, et d'augmenter l'emploi en France pour la production et l’ingénierie à haute valeur ajoutée. Evidemment il n'y avait aucun moyen légal pour assurer ensuite que ces promesses soient tenues. 

La nouvelle offre diffère de la première parce que l'entreprise américaine propose maintenant de former des coentreprises avec Alstom. On est maintenant davantage dans une logique d'alliance que de démantèlement par vente d'activités à une autre entreprise. C'est mieux que l'offre de départ pour laquelle, juridiquement en tout cas, toutes les activités cédées passaient entièrement sous contrôle étranger. Maintenant certaines activités d'Alstom vont être vendues à des filiales dont le groupe français aura encore 50% des parts, et le groupe américain l'autre moitié. Et l'Etat français aura des droits spéciaux dans la filiale des turbines pour centrales nucléaires, qu'il pourra contrôler pour que la technologie reste française. Plutôt que de simples promesses, la France aura des garanties juridiques pour préserver ses intérêts.

Qu'est-ce qu'Alstom a obtenu de plus ? En quoi cette option protège-t-elle plus Alstom, notamment en termes de stratégie industrielle ?

Bernard Carayon : L'Etat a perdu tout expertise en matière de stratégie industrielle, et ce depuis longtemps. On l'a vu lorsqu'a été supprimée la direction générale des télécommunications, qui dans ce domaine était l'outil de référence. L'Etat ne peut pas être un bon actionnaire. Lorsque le groupe Air France a décidé d'acheter des longs courriers Boeing au lieu d'avions Airbus, l'Etat n'a rien dit. Qu'est-ce que c'est que cet Etat actionnaire ? Les Etats-Unis sont parfois entrés au capital d'entreprises pour les sauver, mais ils n'ont pas besoin d'y entrer pour influer sur la stratégie ou la coordonner avec la politique de sécurité nationale. Chez nous l'Etat gère avec cécité lorsqu'il est au capital, et lorsqu'il ne l'est pas il est incapable de coordonner quoi que ce soit.

Eric Dor : Comme expliqué ci-dessus, Alstom a obtenu que ses activités de l'énergie soient gérées avec une logique d'alliance où il est encore présent, et où l'Etat a des droits juridiques pour garantir l'ancrage français de certaines technologies stratégiques. La pérennité de centres de décision en France est ainsi bien mieux préservée.

La performance de l'Etat comme actionnaire est indépendante de la compétence de ses fonctionnaires ou des élus politiques dans le secteur de l'entreprise concernée. Le gouvernement a le loisir de choisir, comme administrateurs qui le représentent, des vrais experts du secteur en allant les chercher là où ils se trouvent. 

Concrètement, à quelle organisation aboutit-on, entre GE, l'Etat et Alstom ?

Quel est l'intérêt économique pour l'Etat d'entrer au capital d'Alstom ? Combien cela coûtera-t-il ?

Bernard Carayon : La France, qui est en position de quasi faillite, paye très cher – deux milliards d'euros - son ticket d'entrée au capital d'Alstom pour 20 %. De surcroît, Arnaud Montebourg s'appuie sur le décret pris il y a quelques semaines, élargissant la liste des secteurs sensibles permettant au gouvernement de s'opposer à des prises de participation non désirées. Ce n'est jamais que la réécriture d'un décret qui a été pris sous le gouvernement de Dominique de Villepin, au terme de discussions très compliquées avec la Commission européenne. Le décret maintenant élargi n'est à mon sens pas compatible avec le droit européen. Jusqu'à présent la Commission a été assez discrète sur la validité de ce décret, pour des raisons politiques liées aux Européennes, mais cela ne veut pas dire que le décret est valide.

Eric Dor : Concrètement l'entreprise américaine et Alstom vont prendre chacun une participation de 50% dans une nouvelle entreprise basée en France où ils vont chacun placer leurs activités de réseau, et dans une autre nouvelle entreprise basée en France où seront placées les activités d'énergie "propre" de la société française. L'entreprise américaine et Alstom vont également prendre chacun une participation de 50% dans une structure commune de production et maintenance des équipements pour centrales nucléaires et de vente de nouveaux équipements pour le nucléaire à travers le monde, et qui comprendra également les produits de turbines à vapeur d’Alstom et leur maintenance sur le marché français

L'Etat aura des actions préférentielles dans cette structure, lui accordant un droit de veto ainsi que des droits de gouvernance spécifiques dans le domaine de la sécurité et des technologies pour centrales nucléaires en France. Ce qui change également, c'est que la propriété intellectuelle de la technologie des turbines à vapeur Arabelle d’Alstom sera logée dans une structure appartenant à 100% à l'Etat français. Celui-ci pourra accorder des licences à des tiers. On garantit que la technologie des turbines à vapeur pour centrales nucléaires reste française. Au niveau du groupe Alstom lui-même, l'Etat français va racheter deux tiers des actions détenues par Bouygues, dont la participation s'élève à 29,4%. L'Etat sera le premier actionnaire d'Alstom.

Quel est l'intérêt économique pour l'Etat d'entrer au capital d'Alstom ? (retour sur investissement ?) Combien cela coûtera-t-il ?

Eric Dor : L'objectif principal de lu gouvernement était de garantir que les centres de décisions d'Alstom restent en France, surtout pour ses activités qui sont particulièrement stratégiques pour le pays. L'analyse coût-bénéfice doit donc être réalisée au sens large. En regard du coût de portage de la participation de l'Etat, il ne faut pas mettre seulement les dividendes potentiels que la participation dans Alstom peut rapporter, ou même la plus-value potentielle en cas de revente ultérieure. Les bénéfices au sens large pour la collectivité et les finances de l'Etat doivent incorporer les effets induits qui résultent du maintien sur le territoire national de centres de décisions dans des domaines de haute technologie. Ce maintien est en effet en faveur de l'emploi national, de la pérennité d'activités de recherche domestique avec tous les partenariats que cela implique avec les universités et écoles, de la sous-traitance avec des PME domestiques, ... Même du simple point de vue des finances publiques, toutes ces activités induites produisent des revenus et cotisations sociales pour l'Etat.

Le coût du rachat des deux tiers de la participation de Bouygues dans Alstom va approcher 2 milliards d'euros. Au départ l'Etat va emprunter cet argent pour acheter les actions d'Alstom, ou utiliser du cash issu d'emprunts récents. C'est une augmentation de la dette brute de l'Etat, mais compensée par une augmentation de ses actifs. La dette nette de l'Etat reste inchangée. Ce n'est pas à comparer aux augmentations récurrentes  de la dette brute de l'Etat qui sont dues à un excédent des dépenses de consommation publique sur les recettes. Indépendamment des raisons stratégiques qui motivent une acquisition industrielle, celle-ci peut même être une bonne affaire pour les comptes publics si les dividendes reçus sont supérieurs au coût de portage, c'est-à-dire les charges d'intérêts sur les emprunts qui financent l'achat. C'est la bonne période pour emprunter, car les taux auxquels l'Etat français émet ses nouvelles obligations sont historiquement bas. Ensuite l'Etat peut évidemment vendre certaines de ses participations si il veut réduire le recours à l'emprunt. Par exemple l'action EDF s'est fortement appréciée récemment. L'Etat pourrait ramener la participation publique dans cette entreprise de 85% à 70%, niveau imposé par la loi.

Pour que l'Etat puisse effectuer son entrée au capital d'Alstom, il faut que Bouygues lui cède ses parts. Or l'accord pourrait être compromis par les prix trop élevés exigés par Bouygues. Si l'Etat doit aujourd'hui débourser plus qu'il n'aurait dû le faire initialement, est-ce la faute du gouvernement ? En faisant jouer la montre lorsqu'il s'est adressé à Siemens et Mitsubishi, Arnaud Montebourg a-t-il été contreproductif ?

Les enjeux stratégiques dépassaient largement la question du prix d'achat des actions. En encourageant des offres de Siemens ou d'autres entreprises, le gouvernement a exercé une pression sur l'entreprise américaine et réussi à améliorer fortement l'offre de celle-ci. Il faut remarquer que le rapport de forces avec Bouygues sur le prix des actions peut être en faveur du gouvernement. Bouygues dépend en effet beaucoup des commandes publiques.

En termes de méthode, c'est l'anti-Florange", a déclaré Manuel Valls. Êtes-vous d'accord avec cette affirmation ?

Eric Dor : C'est avant tout de la communication politique pour distiller l'idée que la politique gouvernementale a vraiment changé et que cette fois, elle garde vraiment le contrôle pour préserver l'intérêt national. En réalité le contexte est totalement différent. Le problème de garantir la rentabilité et l'emploi d'une usine sidérurgique continentale en Europe de l'Ouest est totalement différent de celui de préserver l'ancrage national d'activités de haute technologie dans l'énergie.

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quesako
- 21/06/2014 - 21:14
Des relents de nationalisation très malsains !
Et tout ça pour ne pas avoir Montebourg à l'extérieur du gouvernement se positionner comme "chefaillon" des députés qui se désolidarisent de la politique de Hollande !
On voir vraiment que la gauche, comme le FN et une partie de l' UMP sont encore bien ancrés dans le 20ème siècle !
gerint
- 21/06/2014 - 15:38
Tout ce cirque pour rien
Sauf augmenter la facture des contribuables de 2 milliards. Je ne crois pas que cela changera grand-chose à terme au nombre d'emplois prévus par GE dès le début, et s'il y a des engagements contraignants pris par GE à contre-coeur, ils seront sans doute contournés assez rapidement.
Anguerrand
- 21/06/2014 - 15:25
À vangog et et autres
Bien d'accord avec vous, les 2 milliards vont alourdir la dette car la France n'a pas le premier euro dans ses caisses et Montebourg ne connaît rien à l'industrie, les PDG étaient plus à même de choisir la stratégie , la meilleure pour leurs sociétés sans impôts à venir en plus. À 2bout vous avez raison 2 millions par emploi c'est un peu cher, et à côté de ça des centaines de sociétés viables manquent de trésorerie et doivent déposer le bilan par manque de capitaux frais, dernier exemple; la société Caddie, fabriquant leader des chariots de supermarchés va déposer le bilan mais Caddie n'est pas assez médiatisé pour intéresser Montebourg.