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©JULIEN WARNAND / POOL / AFP

un non-dit dans ses déclarations

Politique fiscale : ce que la France pourrait faire pour répondre aux appels du pays de Mario Draghi

La première leçon serait d’abord de se soucier des équilibres économiques et du risque de ralentissement.

Sébastien Laye

Sébastien Laye

Sébastien Laye est un spécialiste franco-américain des banques et des fonds d'investissement.. Il est le fondateur de la société de conseil en asset management et corporate finance Laye Holdings. Il est l'auteur du rapport "BPI : Bureaucratie, Protectionnisme, Inefficacité".

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Lors de la présentation jeudi dernier de son dernier package de mesures (et ce avant de transmettre le bâton à la tête de la BCE à Christine Lagarde, sans que l’on sache si cette nouvelle orientation, très contestée en interne, engagera Mme Lagarde ou pas), Mario Draghi a réitéré son appel à la responsabilité des dirigeants politiques européens. En effet, il n’a eu de cesse depuis près de deux ans de rappeler que la politique monétaire ne pouvait pas tout, qu’elle devait être complétée à nouveau par des vrais politiques publiques contracycliques, notamment quand le ralentissement général parait prendre ancre comme en ce moment en Europe et dans le monde entier. Il a notamment prôné des politiques fiscales plus expansives, notamment de la part de pays ayant des marges de manœuvres budgétaires comme l’Allemagne. Or, à dire le vrai, si Draghi prêche largement dans le désert en la matière, il commence à être écouté : les Hollandais réfléchissent à une baisse de la fiscalité et un fonds de stabilisation, alors que l’Allemagne, plus avancée dans le cycle économique et donc dans la récession, parle aussi d’un fonds de stabilisation de l’économie pour soutenir la demande interne et commencer à rééquilibrer un modèle fondé sur les exportations et la consommation des autres pays européens. A l’égard de la France, le discours traditionnel des banquiers centraux était de rappeler aux dirigeants français que des réformes structurelles étaient indispensables et que la politique monétaire expansionniste ne saurait les remplacer.

Peut-on pour autant tirer un enseignement pour Emmanuel Macron des propos de Monsieur Draghi ? La première leçon serait d’abord de se soucier des équilibres économiques et du risque de ralentissement. Après une année 2017 de réformes économiques et sociales réelles mais timorées, rien n’a été fait sur ce front et le gouvernement multiplie les sujets de diversion : or il est temps à nouveau de se soucier de l’économie car la croissance risque de ne plus être au rendez vous dans la seconde moitié du quinquennat. Deuxième point : l’économie ne se réduit pas, tant s’en faut, à quelques soi disantes réformes structurelles (dont l’importance varie en fonction du contexte économique) inspirées de la Commission Attali. Draghi s’attendrait plutôt à voir Emmanuel Macron proposer par exemple un véritable plan fiscal : sur ce sujet, le bilan du quinquennat est mince et les prélèvements obligatoires totaux peu ou prou au même niveau : la baisse de l’IS a été reportée aux grecques, la fiscalité sur le capital est simplement revenue au niveau de la fin de l’ère Sarkozy, et il n’y a pas de grandes réformes de l’impôt sur le revenu ou des impôts sur la production en vue. La France a encore une imposition du capital ou des entreprises supérieure de 8 points à la moyenne européenne. Macron serait donc bien inspiré de lancer un ambitieux programme reaganien de baisse et simplification de la fiscalité, seul à même de stimuler la demande, car le contexte de taux d’intérêt bas le lui permet. Il pourrait aussi soutenir la demande et améliorer le pouvoir d’achat en desserrant l’étau des régulations dans le domaine de la construction.

Il y a aussi un non-dit derrière les déclarations de Monsieur Draghi : certes il y a de la lassitude chez lui de constater l’inanité et le manque de compréhension de l’économie de la plupart des dirigeants européens : mais à aucun moment il ne croit que la politique monétaire soit inefficace par essence ou du fait du cours des évènements. Il reste des marges de manœuvre importantes aux banques centrales, en particulier celles qui gèrent une monnaie souveraine ou perçue comme telle (et il reste des efforts en la matière à faire dans la zone euro) : encore faut il comprendre ou étudier le phénomène monétaire, sujet que nos dirigeants ont délaissé à la classe technocratique.

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