L’Open Data s’incruste en France
L’intérêt pour l’ouverture des données publiques se précise : conférence débat le 4 octobre à Lille, table ronde le 7 octobre à Brest. L’Open Data est un mouvement inspiré par un des concepts dominants du moment : la transparence.

Open data se traduit par « données ouvertes ». Crédit Reuters
Open data se traduit par « données ouvertes ». Tous les renseignements que les organismes publics, comme l’INSEE ou l’Institut National des Etudes Démographiques, collectent sur les comportements des citoyens-consommateurs sont des données. L’ouverture des données publiques est une exigence citoyenne à double détente :
1) « Nous voulons savoir ce que vous savez sur nous »
2) « Votre travail de collecte et de traitement est financé par nos impôts, donc les résultats nous appartiennent. Pas question de nous les faire payer. »
Outils pour comprendre la complexité
Un éditorial publié le 9 mars 2006 par le quotidien britannique « The Guardian » résume bien ces doléances : « Rendez-nous les joyaux de la Couronne ». Ce que le gouvernement travailliste de Gordon Brown a commencé à faire. Dès son installation à la Maison Blanche, en janvier 2009, Barak Obama a enclenché l’ouverture des données publiques aux Etats-Unis. L’impulsion fédérale a été relayée dans plusieurs états et jusque dans les municipalités. Dans les pays anglo-saxons ainsi qu’en Scandinavie, les autorités accèdent sans difficulté à cette nouvelle dimension de la démocratie, même quand elle révèle des privilèges et pratiques protégées jusqu’alors par une certaine opacité.
En 2010, les révélations du groupe Wikileaks sur la guerre en Afghanistan permettent à trois organes de presse, « The Guardian », « Der Spiegel » et « The New York Times », d’exploiter intelligemment des masses énormes de données sur la vie quotidienne des soldats de la coalition. Les données brutes transmises par un analyste de l’armée américaine sont peu compréhensibles. Les deux quotidiens les plus avancés dans le data journalism (journalisme de données) ont transformé ces 92 201 rapports cliniques en visualisations, c'est-à-dire en infographies interactives. En cliquant sur un mot clef ou un symbole sur une carte, l’internaute peut savoir ce qui s’est passé tel jour à telle heure à tel endroit, mais aussi et surtout voir, par exemple, comment la guerre s’est transformée avec la prolifération à partir de janvier 2009 des bombes artisanales. La visualisation électronique donne accès à la compréhension des phénomènes les plus complexes.
Contrairement à ce que véhicule le mythe de Wikileaks, le groupe de hackers alors animé par Julian Assange n’a effectué aucune investigation. Il a juste reçu la matière brute et l’a transmise à trois organes de presse occidentaux. Ce sont les journalistes anglo-saxons qui ont accompli le vrai travail. Comme, par exemple, extraire des rapports militaires, les comptes-rendus de 7500 embuscades effectuées avec des armes légères et/ou des bombes artisanales. Préciser dans les colonnes d’un tableur de type Excel les dates, les lieux, les types d’évènements, le nombre de morts, le nombre de blessés…Avec ces données, les programmeurs des journaux ont construit des visualisations qui sont de véritables outils de connaissance au service de l’actualité.
L’exploitation des données publiques donne accès à des sujets de réflexion que les grands moyens d’information traitent peu. En explorant l’outil gratuit Gapminder, on découvre des relations intéressantes entre ce qui s’est passé récemment en Tunisie et en Egypte et le niveau d’éducation des femmes dans ces deux pays.
Pas d’ancrage idéologique précis
L’ouverture des données publiques n’intéresse pas que l’industrie de l’information. Les simples citoyens, les associations, les partis politiques, les universités, les entreprises sont concernés.
Pouvoir disposer d’informations – non nominatives, cela va de soi – sur la démographie, la fiscalité, les dépenses, la sécurité, les effectifs des services publics constitue un supplément de démocratie. A condition, bien sûr, de savoir comment interpréter les faits bruts.
Il existe pour cela de nombreux outils de visualisation en ligne, parfois gratuits. Si, par exemple, la ville de Rennes – pionnière en France de l’Open Data - ouvre ses données sur les transports en commun dans la métropole, chacun peut repérer les zones éventuellement mal desservies au regard de la situation géographique et de la démographie des quartiers concernés. Ces informations apparaissent en visualisations grâce à des outils très simples comme Many Eyes. A New York, la municipalité gère un énorme entrepôt de données remarquablement structurées. Une carte interactive montre, arrondissement par arrondissement, la progression des travaux de nettoyage des graffitis. Dans une autre ville américaine, les citoyens qui veulent contribuer à la préservation de la qualité de l’air peuvent télécharger gratuitement une application avec laquelle ils recensent et localisent tous les arbres dans la ville, ainsi que leur état apparent.
En France, des initiatives comme Data Publica ou Nosdéputés.fr stimulent l’ouverture des donnés publiques notamment au niveau municipal. Bien que l’Open Data ne soit pas animé par une obsession de surveillance et de dénonciation, les élus locaux parce qu’ils sont au contact des populations ont l’habitude de répondre aux interpellations.
Si les partis politiques ont intérêt à s’intéresser aux données publiques autrement que pour les habituelles confrontations de statistiques, la mouvance Open Data n’a pas d’ancrage idéologique précis. Sauf à considérer que la glasnost (transparence) de Gorbatchev était une notion communiste. Mais alors, ce fut plutôt un poison mortel pour le régime soviétique. Disons qu’en mobilisant à la fois des activistes anarchisants et des libertariens (ultra-libéraux à la droite de l’extrême-droite), les cahiers de doléances – fantastique source de données sur le XVIIIème siècle – de l’Open Data reflètent une éthique opposée au business plan de Mark Zuckerberg, le tenancier de Facebook. Il veut tout savoir sur les abonnés piégés dans son réseau. L’ouverture des données, c’est au contraire, la restitution des moyens de savoir ce que d’autres savent sur nous et de demander des comptes. Eventuellement.
Nathalie Joannes
Nathalie Joannès, 45 ans, formatrice en Informatique Pédagogique à l’Education Nationale : création de sites et blogs sous différentes plates formes ; recherche de ressources libres autour de l’éducation ; formation auprès de public d’adultes sur des logiciels, sites ; élaboration de projets pédagogiques. Passionnée par la veille, les réseaux sociaux, les usages du web.


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"Nous voulons savoir ce que vous savez sur nous "
Je ne suis pas contre. Quelles données un Etat peut-il laisser à mon libre accès alors ? Sous quelle clause de confidentialité vis-à-vis du domaine public ? NJ, vous n'avez pas abordé cette dernière question.
Suivre l'avancement des travaux dans une ville ou autres usages des impôts : oui, les CR de conseils municipaux sont en ligne!
A jcukier : a l'origine si ! L'article le rappel justement d'ailleurs.
Mais le drame c'est précisément que certains sont en train de dissocier les deux de sortes à nous refourguer tout un tas de données qui ne contribuent en rien à rendre nos institutions plus transparentes, donc plus efficaces.
Croyez-moi, il est infiniment plus porteur d'avenir d'enrichir le LOD Cloud avec des jeux de données supplémentaires nativement partagés que de mettre en ligne de nouvelles API propriétaires, sans même parler de partager sans métadonnées des tableaux Excel ou documents PDF...
PS : tronçonner un commentaire un peu long en morceaux de 400 caractères, c'est pénible...
Les jeux de données ouvertes disponibles conformément à ces standards sont décrits dans la version récemment mise à jour du Linking Open Data Cloud, ou LOD Cloud : http://richard.cyganiak.de/2007/10/lod/imagemap.html
La vraie solution pour le partage de données ouvertes est d'exposer directement les données brutes en utilisant les standards du "web de données" tel que le préconise le W3C : avec RDF pour décrire et stocker les données, HTTP pour accéder aux entrepôts de données et SPARQL pour les interroger et en extraire ce que l'on souhaite, il n'est besoin d'aucune API.
Je voudrais insister sur un point qui me semble important, concernant ce sujet crucial : le partage de données au niveau applicatif, via des API, n'est pas du tout une bonne solution. Parce que si si vous voulez développer une application exploitant intelligent des "Big Data" issues de 43 sources différentes, alors ce développement sera un cauchemar et l'application ne sera pas pérenne...
qui dit open government dit peut-être open data, mais qui dit open data ne dit pas forcément open government.
"libertariens (ultra-libéraux à la droite de l’extrême-droite)" : une erreur commune.
NON ,les libertariens ne sont pas fascistes ! Ils ne se reconnaissent NI dans la gauche étatiste, NI dans la droite (ou l'extrême-droite...) étatiste !
NOUS sommes partisans de la Liberté, y compris de celle de se tromper.
Bonjour Nathalie,
Dans la mesure où l'open data est une composante de l'Open Government je ne vois pas comment on peut dire qu'il n'a "pas d'ancrage idéologique précis".
Je vous invite à consulter cette doctrine politique sur le site de la Maison Blanche pour de plus amples informations.
Salutations
@OpenGovFr
"à la fois des activistes anarchisants et des libertariens (ultra-libéraux à la droite de l’extrême-droite)" on peut être informaticien et ignorer qu'il n'y a pas un abime entre des activistes anarchisants et des libertariens: tous deux veulent un recul de l'état et une diminution de son périmètre et ont plus en commun que ne l'imaginent (ou que ne peuvent l'imaginer) nos journalistes miros.