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"Fab Lab", la fabrique des objets de demain

Les "Fab Labs", ateliers créatifs qui rassemblent designers, geeks et bricoleurs bourgeonnent partout dans le monde depuis 2007 autour d'imprimantes 3D, avec un objectif : du fun, du système D, et au bout du parcours, la reproduction d'un objet réel, verre, chaussure, ou petite voiture. Mais comme autrefois pour la copie de musiques, les problèmes commencent...

La minute Tech

Publié le 18 juin 2012
 

La charte des Fab Labs (Fabrication laboratories) rédigée en 2007 peu après la création de ce concept de collectif au MIT, tient en une page, et  fleurait bon le logiciel libre. Du fun, du gratuit, de la haute technologie partagée entre amis pour produire de petits miracles :  des objets créés par vous et chez vous grâce aux imprimantes 3D. Mais leur succès commencent à inquiéter avocats et industriels.

Très techniquement, la définition du Fab Lab par la FING : ".. une plate-forme ouverte de création et de prototypage d’objets physiques, "intelligents" ou non. Il s’adresse aux entrepreneurs qui veulent passer plus vite du concept au prototype ; aux designers et aux artistes ; aux étudiants désireux d’expérimenter et d’enrichir leurs connaissances pratiques en électronique, en CFAO, en design ; aux bricoleurs du XXIe siècle. De se réunir pour créer une oeuvre d'art ou un objet créé par soi, à l'aide de quelques logiciels libres, et d'une imprimante en 3D". Mais dans la réalité, c'est beaucoup plus drôle et intéressant. Le boom démographique des Fab Labs, y compris à Jalalabad (Afghanistan) confirme qu'il doit y avoir du plaisir à créer une oeuvre d'art en injectant du silicone dans une imprimante 3D (mouvements artistiques) ou à se faire une série de conduites d'eau bien pratique (Fab Labs Afrique).

Le succès des Fab Labs, dans le monde entier, prédit aussi pour certain un grand basculement dans l'ère post-industrielle : nous pourrions bien un jour reproduire non seulement des œuvres d'art ou des prototypes, mais aussi des objets usuels. Ce verre vous plait ? Reproduisez-le chez vous, avec votre imprimante 3D. Ce tabouret? Allez-y : du bois, des logiciels libres, des plans, une découpe à bois, un coup de main d'un groupe informel qui existent partout (exemple : à Lima, au Pérou), et vous aurez votre tabouret fait maison. Comme les magasins de meubles, qui pourront bientôt fabriquer sur commande le tabouret dans leur arrière-boutique sur leur imprimante 3D

Tesselated Rabbits, créés par Fab Lab SCAD Hong Kong 

 

 Les Chroniques de Rorchach a résumé les implications sous-jacentes dans une vision assez radicale. Ces ateliers-maison signeraient la fin d'un monde industriel, mais aussi le début de la personnalisation des objets. "L'imprimante 3D va interagir avec l'emploi en détruisant massivement des emplois industriels, para-industriels et artisanaux. La catastrophe sera nettement plus grande dans les zones géographiques encore dépendantes de boulots industriels "bas de gamme". En Europe, c'est plutôt les emplois liés à la chaîne logistique qui vont être menacés, l'industrie restante étant plutôt haut de gamme et non concurrencable par les imprimantes 3D à court terme. En terme purement esthétique, le spécial va redevenir la règle et les gens vont probablement mettre un point d'honneur à avoir des objets originaux chez eux. Une poignée de designers "stars" feront probablement des grosses fortunes en offrant leurs objets, même s'ils souffriront du piratage". 

Une imprimante 3D, photo Gayané Adourian sur Flickr

Et les ennuis commencent en effet, pour les partisans du libre partage des plans, surtout. L'une des premières "victimes" est un particulier britannique qui avait reproduit deux figurines Warhammer grâce à des plans librement disponibles sur le site Thingverse, signale Wired. Le site, et le particulier, ont été rappelés à l'ordre par le fabricant des figurines, Game Workshops, propriétaire du design. 

Le juriste Michael Weinberg, pro-liberté de reproduire, fait ce pronostic dans Wired. "En fait, le danger à long terme est que les fabricants décident que les lois ne sont pas assez coercitives. Quand les enfants commencent à reproduire des jouets, les fabricants pousseront pour brider l'impression 3D avec des lois similaires à celles de la contrefaçon. Vous aurez des gens qui se rendront à Washington en disant "Nous avons besoin de nouveaux droits". Imaginez des lois qui interdisent aux imprimantes 3D de reproduire uniquement des objets "autorisés" par les mégacorporations. Des DRM (Digital Rights Managements) pour le monde physique. 

Une future bagarre à la Hadopi ? Peut-être. Le site français OWNI a publié une analyse complète de ces premières anicroches, et de l'état des forces en présence.


 


Louise Hoffmann

Louise Hoffmann est journaliste et fan du Web depuis très longtemps, toujours émerveillée par ce jardin aux découvertes, et reste convaincue que le Web peut permettre quelque chose de pas si mal : que les humains communiquent directement entre eux et partagent la chose humaine pour s'apercevoir qu'ils ne sont pas si différents et qu'il y a donc un moyen de s'entendre.

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