En quel sens le luxe reste-t-il donc un rêve dans l’univers désenchanté qui est le nôtre et qui semble voué à la frénésie du présent ?
Revenons aux propos de Lipovetsky :
« Depuis les origines, le luxe a un lien intrinsèque avec le temps. On donne au sacré pour gagner l’éternité. Les mécènes antiques dépensaient des fortunes pour que leur mémoire soit immortalisée. Aujourd’hui, les maisons de luxe ne font pas autre chose, même si c’est sous une forme paradoxale.
D’un côté, en effet, il faut innover sans cesse : c’est la logique du présent et de la mode. D’un autre côté, pourtant, il leur faut célébrer la légende fondatrice, le mythe des origines, la tradition et les savoir-faire ancestraux. On retrouve cette ambivalence dans la consommation : être dans le coup, mais aussi jouir de ce qui a une épaisseur temporelle.
On ne consomme pas n’importe comment l’objet de luxe. La ritualisation fait partie du plaisir : c’est aussi de la durée, de la mémoire, de l’éternité que l’on achète et que l’on aime. Dans la société Kleenex, le luxe apporte ce contrepoids de durée qui conjure la mort en nous redonnant une profondeur de temporalité. Il y a paradoxalement une dimension métaphysique au coeur des passions les plus matérialistes. »
Nous ne saurions mieux dire et d’ailleurs nous ne dirons pas mieux.