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Le luxe masculin
ne connaît pas la crise !

Malgré la crise, les maisons traditionnelles dédiées à l’élégance masculine réalisent d'excellents chiffres d'affaires. Hugo Jacomet, blogueur star de l'élégance parisienne, s'intéresse de près à ce phénomène, en véritable explosion.

Atlantico chic

Publié le 24 février 2012
 

Gilles Lipovestsky, célèbre essayiste français, agrégé de philosophie et dont le nom reste associé à la pensée postmoderniste, de même qu'aux notions d’hyper-modernité et d'hyper-individualisme, nous fournissait déjà, dès 2003, des éléments de réponse à la faveur de la parution de son livre « le luxe éternel » (éditions Gallimard).

Dans un interview réalisé il y a maintenant quasiment 10 ans par Pierre-Henri Tavoillot, l’auteur nous proposait des pistes de réflexion, à postériori assez visionnaires, pour expliquer le phénomène. En voici quelques extraits particulièrement « éclairants », surtout au moment où nous écrivons ces lignes.

« L’humain n’est pas fait que d’aspirations profondes et sérieuses ! Et l’homme moderne ne se réduit pas à l’obsession de l’efficacité. Il y a aussi le superflu, le rêve, l’excès, la frivolité, la beauté.

 Les Grecs, puis les philosophes du XVIIIe siècle considéraient qu’il était primordial de réfléchir sur cette dimension du désir infini. Je le crois également. De plus, les interprétations courantes du phénomène ont très peu bougé : le moment est venu de réoxygéner ce type d’interrogation. C’est vrai que ça peut paraître insignifiant, voire indécent.

La Bruyère l’exprimait déjà en son temps : « Il y a une honte à être heureux à la vue de certaines misères. » Certains n’ont rien, d’autres ont tout, ou « trop » : le scandale n’est jamais très loin.

Mais ces critiques oublient un point essentiel : le caractère universel, anthropologique du luxe. On ne peut pas penser l’humanité sans le luxe, parce que, à travers lui, l’homme atteste qu’il n’est pas un simple animal et que son horizon ne se réduit pas à la survie, à la conservation et au besoin. Shakespeare l’avait bien dit : « Retirez à l’homme le superflu et vous lui ôtez sa part d’humanité ».

L’humanité peut-elle donc se passer de rêves ? Les grandes utopies, scientistes ou politiques, sont épuisées ; nous n’avons plus foi en un avenir qui serait mécaniquement meilleur et plus juste. Il reste pour les individus l’espoir d’un mieux-être, la fête des sens, l’attente des beautés qui nous sortent de la grisaille du quotidien.

Le luxe n’est plus la part maudite, mais la part du rêve et du voyage, de l’excellence et du superlatif dont l’homme ne peut se passer. »

Nous vivons donc une époque très particulière, singulièrement pour un media  comme Parisian Gentleman, car de manière étrangement concomitante, le luxe a cessé d’être seulement l’expression d’un désir de reconnaissance sociale. Un des premiers arguments de vente pour une voiture de luxe aujourd’hui ce n’est plus l’ostentation, c’est la sécurité…

C’est ce que Gilles Lipovetsky appelle la «consommation émotionnelle ». L’élitisme demeure donc, eu égard aux moyens nécessaires pour s’offrir de tels objets, mais il s’est transformé : lorsqu’on achète un objet de luxe, il y a une jouissance qui relève, comme disait Nietzsche, du « plaisir de se savoir différent », du sentiment de sa propre exception. Et ce sentiment se conjugue aujourd’hui indéniablement de plus en plus au masculin. Les adeptes des costumes en Grande Mesure ou des souliers sur mesure connaissent parfaitement ce sentiment qui confine à la jouissance intérieure.

 


Hugo Jacomet

Fondateur et éditeur de "Parisian Gentleman", Hugo Jacomet est une plume reconnue dans le domaine du style masculin.

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