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Le service militaire est de retour, mais c'est avec la bénédiction des planqués...

Le nouveau service militaire, c’est un peu comme l’homéopathie, ça ne sert probablement à rien sans vraiment faire de mal et ça coûte (un peu) à la collectivité. Mais même un planqué peut lui trouver des points positifs.

Souvenirs de régiment

Publié le
Le service militaire est de retour, mais c'est avec la bénédiction des planqués...

 Crédit THOMAS COEX / AFP FILES / AFP

J’avoue : je suis un planqué. Je n’ai pas fait mon service militaire. Enfin, juste la fameuse journée et demie d’appel — qu’on appelait d’ailleurs « trois jours » en hommage involontaire à la durée aléatoire de refroidissement du fût d’un canon selon Fernand Raynaud — au bout de laquelle j'avais été renvoyé dans mes foyers avec un gros tampon « Exempté » sur un formulaire.

Je dois l’avoir encore, quelque part dans un tiroir...

 

Ça n’était pas bien compliqué, à l’époque, d’échapper à ces douze mois de corvée de chiottes et de randos nocturnes avec un sac de cailloux et un sergent relou sur le dos : un certificat bidon de santé mentale précaire (mais d’autres jouaient plutôt la carte du souffle au coeur, des pieds plats ou de la surdité galopante ; je suppose qu’on choisissait son handicap léger en fonction de la spécialité des toubibs complaisants de l’entourage familial) et, paf (pan ?

Bang ?), c’était dans la poche.

 

Les médecins du centre de recrutement n’étaient pas spécialement dupes. De faux mabouls ayant petit-déjeuné d’une boîte de Temesta avant de franchir le portail, des allergiques au tissu synthétique de l’uniforme qui risquaient la crise mortelle de psoriasis, des désaxés de la rotule qui ne pouvaient rester ni debout, ni assis, ni couchés sans se tordre de douleur, ils en voyaient défiler par dizaines de milliers et devaient se raconter de sacrées histoires bien tordues le soir au mess. Pour ne rien dire des « soutiens de famille » de dix-huit ans et des intellos de vingt-cinq balais en huitième année de DEUG qui trouvaient plus judicieux d’embobiner une assistante sociale à épaulettes.

 

Dans le tortillard pour Tarascon, le morne patelin de garnison où l’on m’avait convoqué pour évaluation de mes aptitudes à tuer des Soviétiques, j’avais même sympathisé avec un type qui avait bachoté les deux filières comme on met une ceinture et des bretelles : maladie chronique plus assistance logistique indispensable à sa pauvre maman borgne et unijambiste. Lui aussi, il était reparti avec le gros tampon. Comme à peu près toute ma « cohorte », en fait, parce qu’on nous avait expliqué que c’était déjà plus ou moins la fin du bidule et que, des grands Duduche à la Cabu réfractaires à la vie en chambrée et au montage-démontage chronométré d’un Famas, l’armée n’en avait plus besoin de toute manière...

 

Je me souviens même qu’avant de mettre un pied dans la caserne la veille du Jour-J (le planton nous avait prévenu qu’on ne pourrait plus en ressortir et nous avait conseillé de plutôt finir la soirée au bistrot à jouer au flipper et draguer les cagoles locales), on était allés tuer le temps dans l’unique cinoche de la ville qui projetait un vieux navet avec un Chuck Norris dérouillant des Vietnamiens deux heures durant et ça ne nous avait pas spécialement incités à réviser notre position sur la meilleure façon de devenir des hommes, des vrais. On connaissait mal les détails du conflit, mais on était vaguement pour les Viets malgré tout. C’était plus « rebelle ».

 

Je crois pourtant que nous n’étions pas particulièrement anti-militaristes. Juste pas très convaincus que ce passage sous le drapeau serait notre unique opportunité de nous fabriquer nos « seuls vrais amis » ; ceux avec lesquels nous aurions pu partager ces rudes moments de fraternité des armes et de biture à la Kro qui s’impriment dans les neurones jusqu'à la tombe. On se disait que des potes et des comas éthyliques, on trouverait bien le moyen de s’en faire dans le civil (on ne se trompait pas).

 

Et l’on n’avait pas non plus très envie de se faire scalper car nous avions encore des coupes à la Julien Clerc dans « Hair » et y étions assez attachés.

 

Mais là maintenant, plus de vingt ans après la décision de Chirac d’en terminer avec la conscription, Macron en rétablit une version light, et je dois dire que je n’y suis pas spécialement opposé, tout embusqué hypocrite que je sois. D’abord, je ne suis pas concerné : j’ai passé la date de péremption depuis un bail, ce qui est un premier point extrêmement positif. Ensuite, ça ne dure pas longtemps (davantage que ces « trois jours » de vingt-quatre heures, mais guère plus) et, surtout, la philosophie générale de la nouvelle formule sonne plus banalement « citoyenne » et fédératrice que belliqueusement Chuck-norrissienne.

 

Comme les granules homéopathiques, si ça ne sert à rien, ça ne fait de mal non plus même si ça coûte du blé à la collectivité.

 

Enfin, pour dire la vérité vraie, je m’en fiche un peu, de cette affaire. Je me dis toutefois que c’est chez les psy et les rhumatologues qu’on doit faire sauter les bouchons de champagne depuis quelques jours : le temps des certificats bidons étant revenu, il y a de l’augmentation de chiffre d’affaires des cabinets dans l’air.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 01/07/2018 - 10:11 - Signaler un abus Tiens

    J'ai réussi à me faire exempter mais pas de la même manière! Ce Serrafin il est quand même plus malin que moi. Ben oui, Macroléon n'a jamais quitté l'île aux enfants. C'est une sorte de Casimir non déguisé (ou déguisé-cela dépend des points de vue) et ses gloubigoulbas prennent des formes diverses et variées! J'ai cherché , dans l'ancien régime , quel personnage aurait pu ainsi arriver au pouvoir parce que les Louis en auraient eu marre de gouverner. Il n'y avait plus de bouffon du Roy à l'époque...si quelqu'un pouvait m'aider...le Baron de Münchhausen mais un peu trou du cul et prétentieux! je sèche...mais, je pense que les historiens se demanderont: comment le pays a-t-il pu être assez malade pour, après avoir envoyé à l'Elysée, Chichi, l'Excité et le scooter, s'être payé une quatrième tournée avec celui la! Fluctuat et merditur

  • Par A M A - 01/07/2018 - 10:38 - Signaler un abus Essayons d'imaginer le cas d

    Essayons d'imaginer le cas d'un Enarque ou d'un diplômé de Science Po dans toute sa supériorité acceptant de se soumettre aux "brimades" d'un sous-officier de carrière. Déjà tous les copains RPR de Chirac avaient rendu le service militaire impopulaire par la "planque" organisée et l'injustice qui allait avec. Service militaire et bobos, ça ne peut pas marcher ensemble.

  • Par Anouman - 01/07/2018 - 10:39 - Signaler un abus Service

    "si ça ne sert à rien, ça ne fait de mal non plus même si ça coûte du blé à la collectivité.". Si ça coûte du blé ça fait du mal. Mais finalement ce n'est qu'une brique de plus dans le mur de bêtise que construit Macron et sa bande de tristes rigolos.

  • Par vangog - 01/07/2018 - 12:35 - Signaler un abus Non! Le service national minimum, c’était trois mois...

    tel que Marine Le Pen l’avait proposé dans son programme, avec intégration , au bout d’un mois, dans une garde nationale, soit au sein d'une unité départementale, soit au sein d'organismes locaux de sécurité civile, comme les pompiers ou de sécurité intérieure, comme la police municipale et nationale...le certificat de service à la Nation (un mois pour les filles) aurait constitué le sesame à d’autres aides comme RSA, allocations, chômage...et aurait constitué ainsi une garantie d’intégration pour ces populations immigrées que gauche et droite archaïque (Macrouille inclus..") ne parviennent pas à intégrer à la marche de la France, depuis quarante ans...pourtant, à Marine Le Pen, vous avez préféré la « pointure économique » Macrouille...alors, continuez à « marcher » à cloche-pieds!...

  • Par RAPP - 01/07/2018 - 12:52 - Signaler un abus Article nul et dévoyé

    l'auteur par ses caricatures démagogiques et hors de propos cherche à plaire en colportant des banalités - il ne démontre rien. Le SNU sera contre productif avec un coût élevé, il est condamné avant d'être lancé. J'invite ceux qui n'ont connu le service national qu' en regardant les Charlots à la télé d'éviter d'étaler leurs certitudes.

  • Par ajm - 01/07/2018 - 13:16 - Signaler un abus Service de rien.

    Ce soi-disant service militaire ne sera ni militaire, ni un service, puisque n'assurant aucun service réel pour le pays. Ce sera une garderie de quelques semaines, où on fera ingurgiter à des jeunes apathiques et goguenard une bouillie indigeste sur les "valeurs de la République" et le "vivre ensemble ".

  • Par jc0206 - 01/07/2018 - 15:14 - Signaler un abus Ceux qui doivent se réjouir ...

    Et préparer leur lucratif commerce, ce sont les "cailleras" à qui on va fournir une clientèle sur mesure. Ils ne vont pas "vivre ensemble" mais vivre avec. Les ventes d'Audi et BMW vont exploser dans la foulée.

  • Par Citoyen-libre - 01/07/2018 - 16:37 - Signaler un abus Hugues Serraf

    Quand on a rien à dire, il vaut mieux fermer sa gueule !

  • Par patamoto - 02/07/2018 - 07:11 - Signaler un abus Si Hugues Serraf " s'en fiche

    Si Hugues Serraf " s'en fiche de cette affaire" je me demande pourquoi il vient nous " bassiner" avec ses souvenirs de petit branleur qui a réussi à échapper au Service Militaire. Rien de glorieux, rien de nouveau.

  • Par Haddock36 - 02/07/2018 - 08:26 - Signaler un abus Quid de nos "jeunes"?

    Ira t-on dans ces banlieues, où policiers, pompiers, fonctionnaires du recensement, médecins, etc...n'osent plus pénétrer, déranger ces jeunes souvent binationaux, dont le cœur est au Maghreb mais les aides sociales en France?

  • Par Themistokles - 02/07/2018 - 17:41 - Signaler un abus Planqués et citoyens sinon on se fait discret

    Deux options (à l'époque) : le faire ou objecteur de conscience ce qui supposait 2 ans et des convictions citoyennes ; quant à la descriptions charlotesque de ce que vous n'avez pas connu, lamentable. Pour la peine, j'avais fait une prépa militaire et ensuite éclaireur skieur dans un Bataillon alpin.

  • Par winnie - 02/07/2018 - 18:01 - Signaler un abus L' auteur de cet article....

    ne sait pas dont il parle puisqu'il s est debrouiller a ne pas faire son service nationnal. Ce qui d apres lui eut ete tres facile d'y echapper, ah oui? Et puisqu'il s'en fiche il n a cas se taire. Mais au fait qui ira chercher les petites racailles des cites et aura les couilles pour les eduquer? Les gentils educateurs gocho? Laisser moi rire. A oui j oubliai, tous ces pipologues, et autres dit intello ont tous zaper le service nationnal et se permettent de donner des lecons!

  • Par Juvénal - 04/07/2018 - 19:12 - Signaler un abus Le service militaire est de retour, non......

    Les Chantiers de Jeunesse du Maréchal Macron !!!

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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