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Plan de départ de la fonction publique : Merci qui ? Merci Emmanuel et Édouard

Se voir offrir l’opportunité de faire autre chose de sa vie, ça peut être une aubaine pour tout le monde. Même pour un fonctionnaire en CDI 5 étoiles.

Deuxième chance

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Plan de départ de la fonction publique : Merci qui ? Merci Emmanuel et Édouard

Je ne m’intéresse pas spécialement à l’industrie du porno mais je suis récemment tombé sur l’histoire édifiante d’un instituteur toulousain qui, se morfondant dans sa salle de classe, en claqua un jour la porte pour aller poster des photos coquines sur le Web. Quelques années plus tard, le hussard de la République défroqué devait se retrouver à la tête d’un véritable empire de la fesse numérique, les vidéos de ses voisines de palier se donnant du bon temps étant devenues, hum, cultes...

Qu’un fonctionnaire flanque son CDI 5 étoiles à la poubelle pour jouer les start-uppers, ça n’est pas banal. Mais celui qui nous occupe était apparemment plus branché carré blanc que tableau noir, et l’on suppose que faire repasser leurs leçons à des écoliers distraits l’excitait moins que de faire répéter leurs chorégraphies à des amatrices enthousiastes de toute manière.

 

D’autant plus que l’Éducation nationale lui avait involontairement donné le signal du départ en lui offrant une formation de webmaster sur ses heures de boulot. Les voies du Seigneur public, à l’inverse de celles de ses nouvelles collègues de travail, sont parfois impénétrables.

 

Je me disais d’ailleurs, en écoutant les réactions convenues des syndicats à la télé, qu’il y avait quelque chose d'affreusement fataliste dans cette idée qu’un plan de départ volontaire soit nécessairement une arnaque. Dans cette idée que, sur 5 millions de fonctionnaires souvent entrés dans la carrière faute de mieux, il n’en existe pas quelques uns pour rêver d’autre chose et n’attendre qu’un coup de pouce du destin.

 

Marx, pourtant toujours une référence à la CGT, avait d’ailleurs bien décrit la nature aliénante d’un job ne correspondant plus à « la satisfaction d’un besoin » en soi mais seulement au « moyen de satisfaire ses besoins en dehors du travail ». Et à voir le succès de la procédure de rupture conventionnelle dans le privé, on imagine que les candidats à une deuxième chance sont au moins aussi nombreux dans le public.

 

Ronds-de-cuir se tournant les pouces dans les administrations centrales depuis que la plupart de leurs missions ont été transférées aux collectivités locales ou aux institutions européennes, profs désabusés en milieu de carrière, entrepreneurs frustrés enchaînés à un bureau de la Sécu, guichetiers frappés par la « quête de sens », combien sont-ils à fantasmer sur le petit paquet de pognon qui leur permettrait d’aller tenter autre chose ? Du porno sur Internet, bien sûr, pourquoi pas, mais aussi de l’élevage de chèvres à la montagne, de la peinture sur soie ou même de la plomberie (des dizaines de milliers de fonctionnaires sont déjà auto-entrepreneurs à temps partiel).

 

Sans doute les syndicats sont-ils dans leur rôle en réclamant, avec plus ou moins de réalisme, toujours plus de protection pour leurs ouailles, mais leur conviction qu’il n’y ait point de salut en dehors du cocon public est presque insultante pour les premiers concernés. A la limite, ils feraient mieux de se bagarrer pour une amélioration du package de départ (jusqu’à deux ans de traitement à l’heure actuelle), voire la possibilité d’un retour au bercail en cas d’échec. Ils auraient peut-être enfin l’occasion de poser la fameuse question « Merci qui ? ».

 
Commentaires

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  • Par Djib - 04/02/2018 - 09:48 - Signaler un abus Le risque habituel auquel les plans de départ sont exposés:

    faire partir les plus dynamiques. Les "pompes" qui savent bien dans leur for intérieur qu'elles ne valent pas un clou sur le marché du travail, resteront bien au chaud dans le statut des fonctions publiques.

  • Par gerard JOURDAIN - 04/02/2018 - 11:48 - Signaler un abus pas merci....

    si simplement, proposer des départs volontaires est un acte courageux en management, on est pas sorti de l' auberge.... quel pays mous des fesses!!

  • Par ajm - 04/02/2018 - 12:09 - Signaler un abus Pratique qui existait déjà pour les militaires.

    Il peut y avoir un effet d'aubaine pour ceux qui voulaient pantoufler de toute façon : specialistes, hauts fonctionnaires ... A vrai dire, cela se pratiquait déjà dans l'armée avec des "pécules" de départ et des lois de dégagement des cadres.

  • Par kelenborn - 04/02/2018 - 18:45 - Signaler un abus He he he

    Je prends à témoin Ganesha qu ia beaucoup de défauts mais est honnête confessant avoir chez lui une pile de Hot Videos !Serrafin, comme tout bobo qui se respecte est hypocrite car il affirme ne pas s'intéresser au porno mais termine son article par "Merci qui" et tout le monde aura compris qu'il faut dire "merci Jacquie et Michel" et non pas merci l'ange Gabriel comme doit l'entendre Cloette! Eh oui, Vangode! au lieu de bêler contre les gauchistes, tape Jacquie et Michel sur les fesses de madame Google et tu auras de quoi te rincer l'oeil et même imiter Rochefort sans aller à Castorama. En plus excitant car il s'agit de dames qui prétendent venir pour s'envoyer en l'air alors qu'elles montrent leur fente comme celle d'une tirelire! Mais le porno est en crise alors....ça va être dur ou...plutot mou! Mais Serrafin tu me donnes une idée: si on invitait Jacquet à faire une starteupe de films cochon : avec non pas Merci Jacquie et Michel mais "merci Père Denis" Il serait en plus en vedette et vendrait de la lessive!

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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