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Moyen-Orient : la question de Jérusalem est-elle vraiment si capitale ?

En reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël, Donald joue au Trump. En prétendant qu’il s’agit d’un tournant majeur pour le Moyen-Orient, les indignés jouent aux presbytes.

Allumer le feu ?

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Moyen-Orient : la question de Jérusalem est-elle vraiment si capitale ?

Moi, je suis comme tout le monde : on annonce de partout que Trump est un pyromane parce qu’il vient de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël au risque de mettre le Moyen-Orient à feu et à sang, et j’ai d’abord tendance à penser que ça n’est pas faux.

Puis, parce que ça me gonfle toujours un peu d’être trop comme tout le monde, surtout s’il faut chanter du Johnny (RIP) et écouter d’Ormesson citer les grands auteurs (idem), je me dis aussi qu’il y a tout de même deux trois-trucs qui clochent dans ce bel unanimisme spontané.

 

OK, Trump est un sale type, on était au courant, merci, mais, jusqu’à présent, c’était parce qu’il était complaisant avec les néo-nazis antisémites, qu’il voulait fiche en l’air Obamacare, faisait le tri parmi les visiteurs étrangers et tripotait des nanas non-consentantes. Pas parce qu’il se mêlait du conflit israélo-palestinien.

 

On était dans le consensus argumenté.

 

Car enfin, si je peux me permettre ce truisme trumpien, Jérusalem n’était-elle pas déjà, de facto, sur les plans pratiques et administratifs, la capitale du pays ? Tous les plans de paix à deux États ne prévoient-ils pas que Jérusalem-Ouest soit reconnue comme capitale israélienne et Jérusalem-Est comme capitale palestinienne ? Et la position américaine, strictement bilatérale, change-t-elle quoi que ce soit de concret puisque la communauté internationale en reste au statu quo et conserve la majorité de ses ambassades à Tel-Aviv ?

 

Bien entendu, je suis aussi obligé de me méfier de mon goût du contre-pied et je sais bien que si Trump décide de faire un truc pareil, ce n’est pas tant pour faire plaisir à Netanyahou que pour cajoler l’électorat chrétien fondamentaliste de la « Bible Belt », qui a lu dans les Ecritures que l’Apocalypse était proche, que les juifs doivent se grouiller de faire leur Alya pour mieux disparaître et n’est « sioniste » que par judéophobie radicale (eh oui, c’est tordu, cette affaire. C’est du poker théologique, pas de la bataille ouverte).

 

Mais une décision du Donald est rarement dictée par la bienveillance et l’on ne s’attendait évidemment pas à ce qu’il se bagarre plutôt pour un retour à la table des négociations. D’autant plus que cette histoire de capitale, c’était une promesse de campagne et la surprise vient surtout de ce qu’il ne l’ait pas tenue plus tôt...

 

L’unanimisme de la réprobation, pour autant, me semble avoir des ressorts plus complexes que le simple anti-trumpisme, notamment au sujet d’un Moyen-Orient susceptible de s’enflammer. D’abord, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué, le Moyen-Orient est déjà à feu et à sang et ça n’a pas grand-chose à voir avec les problèmes israélo-palestiniens. On s’étripe en Syrie, en Libye, en Irak, au Yémen, et le statut de Jérusalem n’est pas exactement à la base des querelles multi-séculaires entre chiites et sunnites ou des massacres de yézidis, de coptes et de soufis.

 

En outre, si Israël est légitimement en mauvais termes avec les nations arabes prônant sa destruction, les relations sont assez cordiales avec un nombre croissant d'acteurs locaux petits ou grands (Égypte et Jordanie en tête, bien sûr, mais désormais Arabie Saoudite, Émirats, Barheïn...), ce qui semble indiquer que ces pays ont des agendas politiques subtils de nations souveraines, pas juste les réactions épidermiques de semi-sauvages auxquelles les assigne une certaine forme de bien-pensance.

 

Pour d’aucuns, en effet, les Arabes sont des êtres frustes qui ne fonctionnent qu’au symbole, se lèvent chaque matin en pensant à Jérusalem et vivraient dans la joie et l’harmonie si les Juifs et leur micro-État grand comme la Seine-et-Marne, avec ou sans capitale, n'étaient plus le principal obstacle à la paix dans le monde.

 

On préférerait bien sûr que la première puissance mondiale soit dotée d’un président capable de relancer le processus de paix au lieu de mettre de l’huile sur le feu par calcul domestique. Il devrait même faire partie du rêve de tout honnête homme de voir Israéliens et Palestiniens trouver une solution à leur conflit en se fixant des frontières stables une fois pour toutes.

 

Mais, en l’état, cette initiative américaine tient surtout de la péripétie démago à usage interne, ne modifie rien à rien, et ne mérite, comme dirait d’Ormesson citant Racine aux Grosses têtes, ni cet excès d’honneur ni cette indignité. Et pour qu’elle allume vraiment le feu, encore eut-il fallu qu’il ait été préalablement éteint.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 10/12/2017 - 10:35 - Signaler un abus Donald marche dans le sens de l’histoire!

    Et sa reconnaissance de la capitale d’Israel est plus qu’une péripétie démago à usage interne (ça, c’est bon pour les gauchistes...). C’est un message symbolique aux terroristes en herbe: « vous ne pouvez-plus continuer à faire pression sur les naïfs et les crédules, en menacant le monde entier du terrorisme, pour venger tout camouflet porté à la cause palestinienne! » et puis...qu’est-ce qui empêche la Palestine de se proclamer un état, dont la capitale serait...Jérusalem, pourquoi pas? Ce qui les en empêche, c’est que ce peuple croit n’exister que par la pression constante qu’il exerce vis à vis des institutions internationales et des pays faibles et naïfs. Donald, finalement, a envoyé un message au peuple palestiinien: « emancipe-toi de ta crise d'adolescence et grandis, car c’est ton histoire! »

  • Par Mario - 10/12/2017 - 11:06 - Signaler un abus Quelle condescendance Mr ,

    Quelle condescendance Mr , entre autres par rapport à D'Ormesson et johnny. J'espère pour vous de vivre ne serait ce que le dixième de leur vie. Et vos arguments massues sur la politique de Trump, comme si seuls les points de vue des anti-Trump seraient sans faille et de ce point de vue inattaquables. Comme anticolonisateur, vous devriez trouver normal qu'Israel reprenne tout Jérusalem qui n'a aucun lien véridique avec l'islam.

  • Par Deudeuche - 10/12/2017 - 17:48 - Signaler un abus Pas mal pour des « judeophobes »

    De soutenir Jérusalem capitale de l’etat Juif! Le Serafin sort de ton Paris libéral bobo et découvre un peu le monde. Et s’il te plaît un peu moins frenchie arrogant. Un peu judéo-chrétien ces chrétiens!

  • Par Liberte5 - 10/12/2017 - 19:43 - Signaler un abus Jérusalem capitale d'Israël depuis 3000 ans.

    les juifs ont le droit de maintenir cela et le droit international n'a rien à y voir. "les palestiniens" sont divisés et le Hamas ne reconnait pas Israël. Les palestiniens ne veulent pas d'un état palestinien. Ils préfèrent passer pour des victimes et toucher des aides internationales . Ils seraient d'ailleurs incapable de faire vivre un Etat . Cette situation leur convient bien. Le jour où ils voudront négocier directement avec Israël et aboutir, cela se verra et se saura. Mais la France et l'Europe sont toujours a côté de la plaque,.

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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