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Gestation pour autrui : le dernier débat où l’on sèche

Bienheureux ceux qui parviennent à trancher sur la question de la GPA. Ils devraient faire du journalisme d’opinion.

Casus conscientiae

Publié le
Gestation pour autrui : le dernier débat où l’on sèche

 Crédit Pixabay

J’aime bien la GPA (gestation pour autrui) parce que c’est l’un des rares sujets sur lequel je n’ai pas d’avis tranché quand je peux pratiquement vous faire un cours magistral au débotté sur l’économie vénézuélienne ou l’évolution du marché du meuble en kit dans l’ouest de la Wallonie après avoir lu un ou deux articles sur le sujet.

 

C’est d’ailleurs la qualité principale d’un journaliste, juste derrière la maîtrise de Twitter et le sens de la formule : accumuler les connaissances superficielles sur tout et n’importe quoi et pouvoir les régurgiter avec assez d’aplomb pour passer pour un spécialiste auprès de ceux qui en savent encore moins.

 

Mais avec cette histoire de mère porteuse, c’est une autre paire de manche. Spontanément, le libéral en moi suggère que des adultes consentants qui ne font de mal à personne ont bien le droit de se débrouiller comme ils veulent pour avoir un enfant. D’accord, j’ai un peu de mal avec les motivations d’une propriétaire d’utérus prête à le mettre en location neuf mois durant et à dire bye bye à son rejeton cinq minutes après la délivrance mais, ne possédant pas d’utérus moi-même, je peux difficilement me figurer ce qui se passe dans sa tête. Et encore moins la juger.

 

Après tout, il y a des gens dont le sens du sacrifice me dépasse et ce n’est pas parce que je ne me suis pas personnellement relocalisé dans un bidonville de Calcutta que je vais remettre les choix de vie de mère Teresa en question. Au contraire. J’aurais même plutôt tendance à l’admirer, cette abnégation de compétition...

 

Mais dans le monde réel, au-delà de valeurs libérales théoriques qu’il est toujours facile de défendre sans enjeu, les loueuses d’utérus se recrutent plus souvent dans les usines à bébés du tiers-monde où des femmes enchaînent les grossesses pour payer le loyer de leur taudis que sous les climats confortables d’Europe et d’Amérique du Nord où l’on gépéïserait par altruisme.

 

Dans le monde réel, on tombera plus souvent sur un gentil petit couple classe moyenne —homo ou hétéro, mais qu’est-ce que ça change ?— externalisant la fabrication de sa descendance comme on sous-traite la confection de T-shirts. Là où c’est moins cher et moins sourcilleusement réglementé. Là où l’on peut littéralement faire n’importe quoi.

 

D’où mon incapacité à trancher. Les gens peuvent bien faire ce qu’ils veulent au nom de leur libre arbitre et du droit inaliénable à disposer de son corps, OK, mais le type qui irait volontairement vendre un rein juste pour bouffer ferait-il vraiment « ce qu’il veut » ? Et pour une « surrogate mother » californienne aux cheveux blonds éventuellement plus à l’aise financièrement que ses « clients », combien de mamas bangladaises misérables aux cheveux noirs sélectionnées sur catalogue ?

 

La France, forteresse éthique inexpugnable ?

 

Selon toutes probabilités, la GPA finira d’ailleurs par être autorisée chez nous. D’abord parce que les cas à la Mennesson (des parents se bagarrant depuis des années pour obtenir la régularisation de leurs filles nées d’une mère porteuse américaine) se multiplieront et qu’il serait absurde de laisser des gosses qui n’en peuvent mais croupir dans les limbes administratifs par principe ; ensuite parce que la France aura du mal à jouer les forteresses éthiques inexpugnables lorsque la procédure sera devenue courante chez toutes ses voisines et qu’il suffira de se rendre à Amsterdam ou à Barcelone pour dénicher son auto-entrepreneuse en services obstétricaux...

 

On n’en doute pas, le législateur se mettra en douze pour concocter un cadre juridique complexe à la gauloise, bourré de restrictions censées nous préserver des dérives les plus criantes (l’Inde et le Bangladesh seront « off-limits », une armée de psys et d’assistantes sociales viendront garantir que la candidate ne manque ni de pain ni de neurones, etc.) mais il sera devenu effectivement possible, par nécessité absolue ou simple précaution anti-vergetures (oui, ça arrive aussi), de se payer un ventre.

 

Je n’irai alors pas hurler dans les rues avec les mabouls de Civitas pour tenter d’empêcher ça, et je resterai capable d’empathie à l’égard d’un Fogiel, par exemple, ayant manifestement fait les choses dans les règles et dont les gosses ne seront sûrement pas plus malheureux que les miens, mais ça me laissera tout de même un poil mal à l’aise.

 

Maintenant, en ce qui concerne l’économie vénézuélienne, je peux vous assurer que c’est vraiment la catastrophe (il n’y a plus de PQ dans les magasins, les gens s’enfuient par millions). Et quant au marché du meuble en kit chez les Belges, il se porte comme un charme (la nouvelle unité de Mons reçoit déjà 4 millions de visiteurs par an, soit le double de ses objectifs). Je peux même vous expliquer pourquoi dans les deux cas.

 
Commentaires

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  • Par Citoyen-libre - 07/10/2018 - 11:13 - Signaler un abus Bah, après tout !!!!

    Dernièrement, dans un super marché, j'ai assisté à une scène hallucinante. Devant moi, une petite dame âgée s'est vue affichée à la caisse, une somme de 7 euros. Elle ne disposait que de 6 euros. Un article a donc été retiré. De ça tout le monde s'en fout, ou ne sait pas quoi faire. J'ai même pas osé lui proposer un euros. Alors que des gens se fassent faire des enfants par des miséreuses, pour éviter les vergetures, au fond bientôt tout le monde s'en foutra tout autant. Ce sont les enfants qui risqueront d'avoir des problèmes. Ils se retrouveront alors dans la position de la petite dame.

  • Par Mario - 07/10/2018 - 11:49 - Signaler un abus C ‘est clair que pma et gpa,

    C ‘est clair que pma et gpa, on y coupera pas. On vit un monde de fou oú ceux qui pleurent sur les working poors leur feront portés leurs enfants contre de l’argent. Tout il est content !!!!

  • Par cloette - 07/10/2018 - 13:19 - Signaler un abus Très bientôt

    L'utérus artificiel règlera le problème, il ne sera plus nécessaire de louer un ventre humain .

  • Par pale rider - 07/10/2018 - 14:04 - Signaler un abus Et pourquoi diable faudrait il céder ?

    Parce que tout le monde le fait ? Quelle blague ! A une époque récente tout le monde était esclavagiste, alors il aurait fallu l'être aussi en France ? Pour le statut des enfants ils peuvent tout à fait être déclarés adoptés car c'est ce qu'ils sont : abandonnés par leur porteuse et adoptés ensuite . Pourquoi faudrait il légaliser ? Pour que ces lubies de quelques uns deviennent un droit (au nom de la sacro sainte égalité) et remboursé par la sécu ..... je plaide pour un status quo et que chacun prenne ses responsabilités et les paye .

  • Par Ganesha - 07/10/2018 - 14:14 - Signaler un abus Argument Débile

    Mr. Serraf aurait au moins pu éviter l'argument débile et ''hors-sujet'' de : ''OK, mais le type qui irait volontairement vendre un rein juste pour bouffer ferait-il vraiment « ce qu’il veut » ?'' Non, mr. Serraf, la GPA ne consiste pas dans une ''amputation et un don définitif de l'utérus'' ! Quant à vos discours misérabilistes sur les bidonvilles de l'Inde...

  • Par Neurohr Alain - 07/10/2018 - 19:46 - Signaler un abus Au lieu de dire des bêtises

    il vaut mieux lire le livre de Natacha Tatu sur la GPA. Beaucoup d'Américaines deviennent mères porteuses par altruisme (plus une légitime compensation financière), mais ça c'est trop dur à encaisser pour des cerveaux français. On légalise des clampins qui arrivent de n'importe où par les montagnes, et on laisserait sans état civil des enfants de Français ? On se fiche du monde...

  • Par JG - 07/10/2018 - 21:26 - Signaler un abus Je rappelle à toutes les bonnes âmes ...

    Que les enfants nés de GPA ONT un état civil : celui de leur pays de naissance.....ils ne sont donc pas apatrides.....mais c'est sûr c'est plus dur d'inscrire à l'école du 7ème arrondissement un enfant de nationalité indienne dont on n'est pas les parents officiels..... Mr Serraf, plutôt que d'écrire comme un libéral-libertaire qu'il me semble que vous n'êtes pas et vous laisser aller à relayer les conneries que Pierre Bergé a pu dire avant sa mort et qui revient à dire que tout peut se vendre et s'acheter, allez lire le billet de François Xavier Bellamy publié sur le Figaro à ce sujet....Peut-être que cela vous fera un peu plus réfléchir que ce que vous avez dû faire avant d'écrire cette chronique

  • Par Bobby Watson - 08/10/2018 - 07:44 - Signaler un abus Quand on n' a rien a dire...

    ... on la ferme. Excusez ma franchise un peu rude, mais je partage le point de vue de JH. FX Bellamy à des arguments autrement plus pertinents a faire valoir. Atlantico devrait inciter ses chroniqueurs à travailler.

  • Par moneo - 14/10/2018 - 11:17 - Signaler un abus si vous voulez voir ou tout cela peut nous conduire

    Bonne lecture de ces 2 bouquins la complainte des filles de Loth et le châtiment sera de vivre de Morgan Caine c'est flippant et pas du tout invraisemblable déjà de nos jours le crépuscule de l'Homme est en marche

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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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