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Primaire de la droite : et si c'était le meilleur orateur qui avait gagné ?

Nous ne sommes qu’au début des (vraies) leçons à tirer des primaires de la droite et du centre. La supériorité rhétorique de François Fillon devrait être l’une d’entre elles.

Rhétorico-laser

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Primaire de la droite : et si c'était le meilleur orateur qui avait gagné ?

L’on avait déjà remarqué que F. Fillon était, à la différence d’Alain Juppé, un bon orateur. Mais, contrairement à son concurrent, il a longtemps été un débatteur très moyen, baissant trop vite la tête. Ce n'est plus le cas. Crédit Thomas SAMSON / AFP

On peut d’abord espérer que de solides clichés encore entendus ces dernières semaines vont commencer à prendre l’eau : ainsi de cette droite prétendument rétive aux primaires en raison de "sa culture du chef". Réponse : plus de 4 millions de votants à chaque tour. Voilà qui montre que la droite adore sans doute son chef mais à condition de le choisir. Ainsi encore de cette forte participation qui "mathématiquement" devait favoriser Alain Juppé. Réponse : l’intéressé s’est retrouvé lointain second aux deux tours.

Ainsi enfin de cette ambiguïté dont, paraît-il "on ne sort qu’à ses dépens". Réponse : c’est le candidat le plus radical qui l’a emporté haut la main contre celui du balancement perpétuel "entre d’un côté et de l’autre". 

La défaite de N. Sarkozy ne fait que confirmer ce point : outre la conjugaison de l’anti-sarkozysme passionnel de gauche et de droite, il a été victime de ses propres ambiguïtés : nombreux changements de pied (sur le mariage pour tous, sur le référendum, sur la double peine etc.) ; et plus encore, contraste entre déclarations martiales de la campagne et bilan en demi-teinte. Cette chronique a souligné à maintes reprises combien l’absence d’une évaluation équilibrée de son quinquennat était une erreur majeure.  

Que François Fillon n’a pas commise. Les commentateurs s’étonnent que le vainqueur ait réussi à faire "oublier" qu’il avait été pendant 5 ans le premier ministre de Nicolas Sarkozy. Double erreur d’analyse : c’est négliger d’une part la grande et constante popularité de F. Fillon à Matignon ; et d’autre part, son "pouvait mieux faire" sans reniement du précédent quinquennat. Position qui lui a permis de passer à autre chose.

Et c’est dans cette autre chose qu’il a excellé : tout l’enjeu était de briser le duel programmé "Juppé/Sarko". Le problème était aussi simple théoriquement que difficile à résoudre dans la pratique (d’où le très long retard à l’allumage de sa campagne) :  comment apparaître comme une alternative crédible aux deux favoris ? Fillon a compris que le duel était non seulement gonflé à "l’hélium médiatique" mais à un vrai et double rejet qui traversait l’électorat de droite : anti-sarkozysme d’un côté, anti-"droite molle" de l’autre.

Le tour de force de F. Fillon aura été de rendre explicite ce dilemme avec une formule lumineuse : "voter Juppé pour ne pas avoir Sarkozy ; voter Sarkozy pour ne pas avoir Bayrou". Du coup, il pouvait se présenter comme la solution dudit dilemme : voter Fillon, n’était-ce pas éviter à la fois Sarkozy et Bayrou ? D’une pierre, deux coups.

Or cette formulation, il l’a trouvée en fin de campagne ; et la lumière se fit subitement dans l’esprit d’innombrables électeurs… Le processus de siphonage des voix de Bruno Le Maire qui était l’autre alternative possible au "duel", mais qui n’avait pas trouvé la solution de l’équation, était dès lors enclenché.

 
Commentaires

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  • Par ISABLEUE - 28/11/2016 - 16:14 - Signaler un abus Non la droite n'a pas son chef !

    Fillon a été élu sur sa posture.. sa simplicité et une impression de droiture. Peu de gens avaient lu son programme. C'est pour cela que beaucoup de "vieux" et de retraités ont voté pour lui. Eux, ils ne risquent rien, et surtout pas de bosser jusqu'à 70 ans. La France des Egoistes a voté.

  • Par Fredja - 28/11/2016 - 16:35 - Signaler un abus Pas tout à fait d'accord Isableue

    En effet, je pense que beaucoup de "têtes blanches" ont voté pour Fillon, car ça ne leur coûte rien de mettre les autres au boulot. En revanche, vous oubliez tous les Français qui bossent déjà (dont les indépendants, pour qui 48h/semaine est un mini et pas un maxi), et qui seraient bienheureux que l'ensemble des Français participent à l'effort de redressement de la France. Il ne faut pas oublier que nous sommes un certain nombre à en avoir ras le bol des profiteurs-donneurs de leçons, qui sont bien planqués et profitent du système. Dans son programme, Fillon met fin à beaucoup de privilèges divers et variés. C'est aussi pour ça que je pense qu'il aura beaucoup de mal à le dérouler s'il est élu.

  • Par zouk - 28/11/2016 - 17:37 - Signaler un abus Fr. Fillon

    Bon orateur? Tant mieux

  • Par DrPal - 28/11/2016 - 18:34 - Signaler un abus inspirateur de confiance, tout simplement

    C'est la cohérence d'ensemble, entre la communication verbale et non verbale, qui fait une énorme différence entre Fillon et tous les autres. Son autorité est naturelle, elle n'a pas besoin d'éclat de voix, de ton arrogant ou martial. Au contraire, le ton posé et assuré, le flegme de la posture et des mouvements du visage, le sourire doux, tout respire l'authenticité et l'assurance tranquille. Là où Sarko multiplie formules, tics et rictus, ou Juppé se montre raide, techno et susceptible, là où Hollande n'est que gélatine et saindoux, où Valls joue les matadors, l’œil mauvais et le menton haut, Marine Le Pen mise sur l'agressivité envers tous et le sourire carnassier, Macron l'inexpérience et les dents bien trop longues, Fillon fait souffler vraiment une brise fraîche sur la politique. On le suit pour cela d'abord, mais et aussi pour son refus du populisme, du spectacle médiatique, pour son refus de baisser la tête face à la diabolisation et aux insultes de la gauche immorale.

  • Par Carl Van Eduine - 28/11/2016 - 20:29 - Signaler un abus Les vieux bougent encore : la preuve, ils votent

    Madame Isableue, c'est vrai que les vieux, dont moi, ont voté. Mais ... quant aux autres ... où étaient-ils ? Ils étaient là je crois. Simplement, vos idées n'ont pas gagné. C'est le défaut de la démocratie.

  • Par KOUTOUBIA56 - 28/11/2016 - 21:24 - Signaler un abus supprimer l'isf est

    supprimer l'isf est nécessaire (quelle belle analyse que de dire en france on fait partir les riches et on se met a genoux devant le Quatar quand on a besoin de pognon!!!) supprimer les 35h est une évidence(dans les collectivités locales on en fout pas lourd et en plus on est souvent a 32h= simplifier les 3300 pages du code du travail et faire sauter les seuils de 10 et 50 salariés n'est ce pas une bonne chose. 15 miniustres dont 5 ou 6 de la société civile est ce démago reponse non. on voit donc bien qu'il y a du bon sens chez fillon lequel nous a manqué depuis1981

  • Par OLYTTEUS - 28/11/2016 - 21:49 - Signaler un abus Réponse à Isableue

    L'âge de la retraite se décale du fait de l'allongement de la vie:regarder la rubrique nécrologie d'un journal pendant un mois et vous comprendrez mieux. On ignore en France la casse sociale du chomage de masse depuis 30 ans:aucun média n'en parle et pourtant, que de vies sacrifiées, passées après un licenciement, de stages en petit boulot et au bout du compte:une vie pauvre,une retraite misérable, perte d'espoir pour soi, sa famille .Alors, moi,j'ai voté pour la rupture sans me sentir égoïste.

  • Par Marie-E - 28/11/2016 - 22:52 - Signaler un abus d'accord avec OLYTTEUS

    désolée pour Isableue mais j'assume totalement. Je viens de prendre ma retraite à pratiquement 62 ans et avec une base calculée à 50 % amputée car je devrais travailler encore 3 ans pour avoir la totalité de mes trimestres . Si j'avais arrêté de travailler il y a 10 ans dans mon entreprise, je serais partie à 55 ans avec la totalité des trimestres calculés (à 60 ans) et sur une base de 65% C'est la vie, certains en ont profité, d'autres en profitent encore un peu mais cela évolue pour tout le monde.

  • Par ISABLEUE - 29/11/2016 - 09:45 - Signaler un abus OLYTTEUS

    Justement, pourquoi augmenter encore l'âge de la retraite si ce n'est que pour faire rentrer de l'argent dans les caisses car les vieux comme nous cotisent plus, de fait. Au lieu de faire rentrer tous les jeunes sur le marché du travail ?? Je ne parle pas ici des fonctionnaires ou des services spéciaux, des gens qui partent encore à 55 ans avec 80% de leur salaire jusqu'à la retraite, cela existe encore dans les grandes entreprises....pendant que les autres bossent jusqu'à 65 ans.. Vous pensez vraiment que cela va changer ???

  • Par ISABLEUE - 29/11/2016 - 09:51 - Signaler un abus Donc quand je vous lis, tout irait bien avec Fillon, tant mieux.

    N'empêche que les vieux (comme moi aussi) pense aussi aux jeunes qui sont au chômage. Comme écrit DrPal et dit ma tante "Fillon présente bien".... vaste programme.

  • Par Marie-E - 29/11/2016 - 16:58 - Signaler un abus @Isableue

    il ne faut pas me prendre pour une imbécile. Le problème des retraités n'est même pas une raison mineure qui me fait préférer Fillon à tout autre prétendant à la primaire (à l'exception de Sarkozy mais je savais qu'il n'avait aucune chance) Je voudrais que la France se redresse, économiquement, sociétalement, que les jeunes aient plus d'espérance en particulier dans leur recherche de travail et dans leurs salaires, que la santé ne soit pas sacrifiée (désert médical, médicaments,...). Je souhaiterais qu'on arrête de devenir les plus mauvais dans les classements internationaux (aujourd'hui alerte sur les mathématiques et les sciences), qu'on retrouve un semblant de crédibilité à l'étranger, qu'on trouve des solutions à la crise des migrants et qu'on sauve en partie ce qui peut l'être de notre système social qui est à la ramasse s'il n'est pas encore en faillite. C'est pour ces raisons que je vote Fillon car je le trouve (et j'espère que c'est vrai) plus honnête et plus sincère que d'autres. Et plus jamais la gauche, ni Juppé

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 
Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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