Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Dimanche 21 Octobre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

"Père, gardez-vous à droite. Père, gardez-vous à gauche !" : Alain Juppé pourra-t-il tenir sur tous les fronts ?

Si la plupart des médias lui sont à l’évidence favorables, au nom du "Tout-Sauf-Sarkozy", c'est à la réaction de ces concurrents mais aussi de la gauche "hollandaise" que le favori actuel des sondages doit prendre garde.

Rhétorico-laser

Publié le
"Père, gardez-vous à droite. Père, gardez-vous à gauche !" : Alain Juppé pourra-t-il tenir sur tous les fronts ?

Que la correction politique me pardonne si j’évoque le temps où "nos ancêtres les Gaulois" régnaient encore dans nos écoles. Il y avait un autre tableau marquant dans la grande galerie nationale que dressait alors nos manuels d’histoire : la bataille de Poitiers en 1356 où le roi Jean le Bon fut capturé par les soldats de la perfide Albion après un combat héroïque où son dernier fils, Philippe, futur duc de Bourgogne, le mettait en garde contre les coups de l’ennemi : "Père gardez- vous à droite.

Père gardez-vous à gauche".

Alain Juppé, fils glorieux de l’école républicaine, a dû certainement penser à cette phrase au terme d’une semaine de surexposition où les coups ne lui furent pas épargnés - même si la plupart des médias lui sont à l’évidence favorables, au nom du "Tout-Sauf-Sarkozy".

Aussi bien, est-ce davantage à la réaction de ces concurrents mais aussi de la gauche "hollandaise" que le favori actuel des sondages doit prendre garde.

Il veille visiblement au grain par rapport à Nicolas Sarkozy, vis à-vis duquel sa tactique rhétorique semble payer : réponse du tac au tac ; style verbal affirmé et énergique ; voire concurrence inattendue sur le registre du "parler brut" ("je les emmerde !"). Mais surtout, Alain Juppé a la grande intelligence de revendiquer précisément ce qu’on lui reproche ("l’identité heureuse", la "modération") et de parer les attaques en les reformulant positivement. Tout en prenant soin, primaires obligent, de rappeler qu’il est un "homme de droite", "un gaulliste", un "réformateur" résolu, etc…

Mais voilà : mis bout à bout, tous ses propos risquent de brouiller le message. Rassurer la droite SANS effrayer la gauche est un exercice d’équilibriste, qui se mesure à la fréquence de ces formulations ambiguës dans le discours même d’Alain Juppé : "faire ceci TOUT EN en faisant cela" ; "rendre les allocations chômage dégressives, SI le marché du travail se redresse".

"Rhétorique circulaire" qui n’est pas sans rappeler celle de… François Hollande. Tout comme le vœu pieux que "la croissance reviendra" qui rappelle un certain "ça va mieux" et qui peut susciter à droite une question dangereuse pour l’intéressé : que fera vraiment "Alain Juppé-Président" et fera-t-il même quelque chose ?

Mais, inversement, il est essentiel, pour la gauche hollandaise de parer au danger qui se profile d’un remplaçant aussi évident de l’actuel occupant de l’Elysée, avec la crédibilité personnelle et la stature présidentielle en plus. C’est bien pourquoi le parti socialiste engage déjà le fer avec l’ancien Premier ministre que Jean-Christophe a déclaré "friable en campagne", "arrière-grand-père de la politique", "frère siamois de Nicolas Sarkozy" et autres amabilités. Et de dénoncer le "libéralisme" (abomination de la désolation !) de son programme économique qui menace de destruction "notre-modèle-social-que le-monde-entier-nous-envie". Thème qui servira d’ailleurs contre tout candidat de droite et qui s’annonce comme le cœur nucléaire de la rhétorique de campagne à gauche. Autrement dit, si les mots ont un sens, une campagne ultra-conservatrice.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par cloette - 10/10/2016 - 12:39 - Signaler un abus Message brouillè

    Quand un message est brouillé il n'est pas perçu , et s'il n'est pas perçu on répond au hasard , de façon confuse qui ne doit pas etre interprétée ni dans un sens ni dans l'autre .

  • Par Maxoplus - 10/10/2016 - 13:39 - Signaler un abus L'assurance anti Sarko et une victoire de la droite

    C'est tout ce qu'on lui demande à Juppé. Pour le reste : programme, promesses...ça fait tellement longtemps qu'on n'y croit plus et ça dépend tellement des contingences que je ne vois pas en quoi tel ou tel serait plus crédible que tel autre.

  • Par hermet - 10/10/2016 - 14:51 - Signaler un abus Juppé notre nouveau Hollande ?

    à vouloir faire la synthèse impossible Juppé ressemble de plus en plus à Hollande, un cauchemar sans fin.

  • Par Jean-Benoist - 10/10/2016 - 15:48 - Signaler un abus tout sauf Juppé

    Car nous avons besoin dun veritable chef d'état capable de renverser la table au lieu dun hollande bis pret a toutes les compromissions ras le bol de ces enarques et haro sur cet enarque mou vieillissant condamné les électeurs ne vont pas se laisser manipuler une fois de plus par la presse tres orientée

  • Par vangog - 10/10/2016 - 22:18 - Signaler un abus "Les médias sont à l'évidence favorables à Juppé"????

    Mais comment et par qui ces fameux médias ont-ils pu être à ce point pervertis, qu'ils en oublient toute éthique minimale et tout professionnalisme? Regardez les médias anglo-saxons et prenez en de la graine, car Ils ne se permettraient jamais de choisir leur favori avant une élection primordiale! Cette pression sur les Français est pire que du bourrage des urnes dans une république bannière, car elle tente de manipuler les plus faibles et les plus influençables, en leur prenant la Mai à travers les médias. En plus d'un déni de démocratie, c'est un abus de faiblesse inadmissible

  • Par essentimo - 11/10/2016 - 08:07 - Signaler un abus Si Hollande

    ou une autre gauchiste préférait être confronté à Sarkozy, ainsi qu'il nous l'est seriné, Juppé a peut-être tort de trop compter sur les voix de gauche pour la primaire, non ?

  • Par J'accuse - 11/10/2016 - 10:49 - Signaler un abus Alea jacta est

    Ce sont les événements qui font les candidats et pas eux-mêmes. Ils doivent se contenter de maximiser les qualités qu'on leur prête (surtout si c'est faux) et minimiser les défauts qu'on leur attribue (surtout si c'est vrai). A part ça, ils ne sont que des bouchons de liège sur une mer plus ou moins agitée. Comme Royal en 2006, Juppé a vu que les sondages le faisaient président : c'est pour ça qu'il s'est lancé. Hollande a eu du bol en 2012, mais sa chance a tourné. L'avenir d'un pays dépend du vent.

  • Par mjb75 - 11/10/2016 - 12:14 - Signaler un abus Qui vote pour Juppé?

    Beaucoup de jeunes soutiennent Juppé, le côté vieil âge est rassurant! Même si ceux-là votent peu et aussi pour MLP. Mais non, nombre de personnes âgées soutiennent Bruno Le Maire ou encore F.Fillon .

  • Par Lafayette 68 - 12/10/2016 - 14:42 - Signaler un abus Vraie finale

    MLP-Macron : renouvellement , jeunesse des 2 candidats avec une opposition claire ,des idéologies cohérentes : Europe des nations donc souveraineté retrouvée,patriotisme économique , laïcité ferme , combat contre l'islam salafiste et en face partisans de l'UE ouverte à tous vents et atlantiste ,favorable au multiculturalisme et au dumping social. Une belle finale sans les vieux de la vieille , qui transcende l'éternel et désuet combat D-G.

  • Par bd - 02/11/2016 - 18:33 - Signaler un abus Labeliser les politiciens?

    Pour éviter, comme cela se présente aux U.S., de focaliser les débats sur des postures, des attitudes ou des comportements au détriment des vraie questions de fond, il faudrait une sorte de "sur-parti" qui garantit le contrôle de la qualité psychiatrique des candidats comme le ferait un label. 
Ce "label" garantirait au citoyen qu’un candidat -quelle que soit sa couleur politique- validé par ce label serait psychologiquement sain. 
Le premier critère serait l'aptitude à l'empathie. 
Un politicien sans empathie n'est intéressé que par lui-même et le pouvoir au prix de n'importe quelle manipulation. 
Les «sans empathie» sont souvent des propagateurs de haine. 
Ils sont aussi souvent attirés par la complosphère. 
Si l’on pouvait éviter ce genre de personne toxique en politique…

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€