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"Liberté !" Comment un mot abandonné par la droite comme par la gauche a été repris par Trump et Marine Le Pen en passant par les "Brexiters" et Mélenchon

Dans la floraison de commentaires, d’ailleurs contradictoires, suscités en France par la victoire de Trump aux Etats Unis, un fait majeur est passé inaperçu : l’importance du mot "liberté" dans la campagne de Trump.

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"Liberté !" Comment un mot abandonné par la droite comme par la gauche a été repris par Trump et Marine Le Pen en passant par les "Brexiters" et Mélenchon

Thème central des affiches électorales, la manifestation la plus spectaculaire (et la plus délirante pour des yeux français) de cet appel à la liberté a été l’hymne composé par Jeff Popick et chanté par les "USA freedom kids", sorte de mini-majorettes, à la gloire de Trump : "Lorsque la liberté sonne à ta porte, répond à l'appel !" 

En écho, le message de félicitations de Marine Le Pen a salué le choix du "peuple américain, libre". Comme elle avait salué "une victoire de la liberté" après le Brexit. Qui lui-même s’était fait au nom de la défense de la "liberté britannique". Et c’est encore dans la célébration de cette "liberté" que Trump vient de recevoir son premier (!) visiteur étranger, le chef des Brexiters, Nigel Farage. Enfin, lorsque l’on songe que le nouveau groupe populiste au Parlement européen s’appelle le "Mouvement pour l’Europe des nations et des libertés", on se dit que la boucle est bouclée... 

Mais allons un peu plus loin : s’il fallait encore se convaincre des convergences idéologiques entre Le Front national et le Front de gauche, l’on remarquera que le mot "liberté" est également au cœur du discours de Jean-Luc Mélenchon, comme le dit bien son appel à la "France insoumise". 

Ceci dit, il y a insoumission et insoumission, liberté et liberté : si tous les populistes sont souverainistes, la "freedom" américaine est fondamentalement hostile au pouvoir central, alors que la "liberté" selon Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon adore l’Etat, dont le renforcement dans tous les domaines est pour eux LA solution.

Différence radicale des cultures politiques, entre le fond libertaire de la révolution américaine et la tradition étatiste qui l’a emporté dans la révolution française.  

Il reste que cette nouvelle thématique des populismes devrait faire réfléchir les commentateurs mais aussi les autres partis. Elle signale que ces derniers ont ouvert la voie à cette captation en abandonnant quasiment toute référence à la liberté. 

La gauche non communiste, était pourtant naguère très engagée dans le combat pour la liberté (valeur cruciale de Jaurès à Mitterrand). Elle s’est désormais repliée sur son obsession de l’égalité allant du matraquage fiscal à la dernière réforme du collège. Dans le même temps, le quinquennat qui s’achève aura été l’un des plus liberticides la Ve République : empilement des restrictions à la liberté d’entreprendre, déjà bien mal en point dans notre pays, entre multiplications des normes et des taxes ; attaque frontale contre la liberté individuelle par la loi sur le Renseignement qui va bien au-delà de la lutte indispensable contre le terrorisme, comme vient de le rappeler le Conseil Constitutionnel en matière de surveillance hertzienne ; menaces redoutables pour la liberté d’expression dans la loi "égalité et citoyenneté", avec la répression de toutes les "discriminations", ouvrant la voie à tous les abus.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 14/11/2016 - 17:06 - Signaler un abus Encore faut-il connaître le sens des mots

    L'identité est le fondement de la souveraineté, sans laquelle il n'existe pas de liberté : pour être soi-même et son propre maître, il faut bien évidemment être libre. La gauche, toujours à côté de la plaque, confond la liberté soit avec l'anarchie, soit paradoxalement avec la soumission ("liberté" de porter un voile), et l'égalité avec l'égalitarisme (négation ou élimination des différences).

  • Par toupoilu - 14/11/2016 - 19:57 - Signaler un abus Lorsqu'on contraint les gens a penser dans les clous

    On s'expose obligatoirement a voir la liberté resurgir la ou elle peut encore respirer..

  • Par vangog - 14/11/2016 - 22:39 - Signaler un abus Pas bête comme hypothèse...

    L'état est censé offrir un cadre libre à ses citoyens...Liberté sous toutes ses formes, Liberté d'entreprendre, Liberté de s'exprimer et d'opinion, liberté de conserver son identité créatrice contre la des-identification mondialiste...or il s'avère que l'état est propulsé par des forces contraires à ces libertés et que des politiciens vils et lâches, dits "consensuels" ne peuvent s'opposer efficacement à cette dérive. Quelles forces? Les forces égalitaristes, tout d'abord, car imposer l'égalitarisme dans tous les domaines revient à imposer tout un tas de contraintes sévères, les forces démagogiques ensuite, puissant outil des politiciens médiocres, telles que l'ecolo-démagogie et son cortège de "politiques contraignantes" et de surcoûts mortels. Enfin, les forces minoritaires des lobbies, qui encouragent les pouvoirs faibles, faciles à manipuler, et qui entraînent la vassalisation des peuples à la puissance des lobbies, chacun exerçant dans son domaine de prédilection, sorte de pré-carré ou finit par de développer un réseau dense et uniforme de médiocre copinage: medias, entreprises supra-nationales, monopoles d'état, syndicats, administrations...

  • Par vangog - 14/11/2016 - 22:50 - Signaler un abus D'un côté une noblesse de robe corrompue et médiocre,

    multiforme, alliée pour le pire, cherchant à préserver son pré-carré en l'isolant du pré populaire par des barbelés, des contraintes, des menaces et des interdits...de l'autre le peuple ( Ooooooh, populiste!). Donald Trump, Marine Le Pen, Victor Orban et les dirigeants qui comprennent ce moderne appel à la liberté des Nations, sont les pionniers du nouveau monde, un monde d'identités créatrices, respectueuses les unes des autres, coopérant sans se mélanger, dans la paix et la liberté.

  • Par lafronde - 15/11/2016 - 07:48 - Signaler un abus Liberté et progressisme

    En remontant notre Histoire jusqu'à la Révolution, on voit le tableau des querelles françaises entre tenants du Progrès par la loi, et ceux de la Liberté par la tradition. La Révolution et la Constitution civile du clergé, la Terreur, l'anti-royalisme, l'anti-cléricalisme, le Socialisme, le Communisme, et depuis 1968 l'immigrationisme, l'égalitarisme. A chaque fois le camp du Progrès imposé, le camp du Bien, utilise la contrainte étatique pour faire prévaloir son point de vue. Le progressisme est donc l'ennemi permanent de la Liberté. Le progressisme étant une utopie chaque fois démentie par le réel, il est renouvelé sans cesse. Ses interdits évoluent avec son objet du moment. Gare à ceux qui le contrarient dans sa dernière lubie. Ils seront aux en remontant la filière : racistes, capitalistes, cléricaux, royalistes, aristocrates. Pas de liberté pour les ennemis de la Liberté est l'adage du progressiste, éternel tyran !

  • Par superliberal - 15/11/2016 - 15:01 - Signaler un abus Etre de gauche par définition c'est déjà être un abruti...

    La gauche égalitariste obtient à chaque fois le contraire de ce qu'elle appelle de ses souhaits...un peu comme la religion de paix et d'amour qui décapite à tour de bras...quand on se bat contre le réel on perd à chaque fois, mais ça créé beaucoup de dommages collatéraux.

  • Par jurgio - 15/11/2016 - 18:36 - Signaler un abus La liberté n'est pas ce qu'on dit

    c'est ce qu'on fait ou ne fait pas. La Gauche ne fait plus rien, sinon restreindre les capacités des citoyens. Le fascisme n'est plus très loin.

  • Par zouk - 16/11/2016 - 10:59 - Signaler un abus Liberté

    Le premier mot de notre devise nationale? Il est bien oublié, étouffés que nous sommes par une fiscalité délirante et un arroi de normes régissant dans e moindre détail notre vie, et pas seulement économique. Renseignez vous auprès des agriculteurs, des commerces de détail et des industries alimentaires par exemple.

  • Par edac44 - 16/11/2016 - 11:11 - Signaler un abus La liberté C la possibilité d'avoir tord sans que le "tord tue"

    Pourquoi égalité et liberté ne s'épousent-ils pas ??? Il parait que nous naissons tous libres et égaux en droit, enfin pas partout !... Dieu a dit: il y aura des hommes blancs, il y aura des hommes noirs, il y aura des hommes grands, il y aura des hommes petits, il y aura des hommes beaux et il y aura des hommes moches, et tous seront égaux; mais ça sera pas facile... Mais le plus grand danger de la liberté, c'est qu'elle peut aussi servir à justifier le refus de participer à la solidarité collective.

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 
Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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