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"Etre ou ne pas être de gauche, là est la question"… qui n’intéresse plus personne en France en dehors de la classe média-politique

Mais pourquoi donc le débat public se focalise-t-il tant sur une question qui ne fait plus sens ?

Rhétorico-laser

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"Etre ou ne pas être de gauche, là est la question"… qui n’intéresse plus personne en France en dehors de la classe média-politique

"Monsieur le Président, êtes-vous encore de gauche ?" Cette semaine encore, sur France Inter, un journaliste, avec l’insistance doucereuse d’un inquisiteur dominicain, a de nouveau posé LA question à François Hollande. Lequel, comme pétrifié devant le totem ainsi brandi, s’est replié dans ses habituelles circonvolutions rhétoriques.

LA question, récurrente à propos de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron ("Sont-ils vraiment de GAUCHE" ?), resurgit une énième fois à travers les dispositions (supposées) de la future loi El Khomri sur le Code du travail, véritable "loi de droite", entend-on partout, et bien au-delà de la gauche. 

Curieuse interrogation, en vérité, si l’on y regarde de près : pour en mesurer la pertinence, il suffit d’appliquer le test de la symétrie rhétorique.

L’auteur de cette chronique, étant un libéral impénitent, s’y livre d’autant plus volontiers qu’il n’est ni d’un camp, ni de l’autre. Or, a-t-on jamais entendu les médias interroger Jacques Chirac ou Nicolas Sarkozy pour savoir s’ils étaient "encore de droite" ? A y bien réfléchir pourtant, leur politique a beaucoup laissé à désirer, du principe de précaution à l’aménagement des peines, quant au respect des valeurs de droite. Pourtant la seule question, surtout pour le deuxième d’entre eux, a toujours été : "n’est-il pas d’extrême-droite ?" : cf. le discours de Grenoble. 

Ce test de la symétrie rhétorique offre d’ailleurs une variante très productive que l’on pourrait appeler "le TEST SARKOZY". Avant de parler de "Hollande bashing", il faut toujours s’interroger sur ce qu’auraient été les commentaires devant des décisions similaires de son prédécesseur : état d’urgence et déchéance de la nationalité, par exemple… Dissymétrie de traitement qui est également patente dans le refus têtu de tout bilan comparé des deux quinquennats, aussi médiocres aient été les résultats du premier.

Autre variante de cette asymétrie rhétorique : l’expression "droitisation", dont on n’entend jamais le pendant, "gauchisation". Quand le gouvernement adopte la loi Alur, le compte-pénibilité ou le tiers-payant généralisé, personne n’évoque une "gauchisation" de sa politique. Non, celle-ci est tout simplement "de gauche".

Cette absence de symétrie s’explique par la connotation évidente des mots de gauche et de droite dans le langage média-politique dominant. Si "être ou ne pas être de gauche" est à ce point un enjeu fondamental, c’est qu’il est a priori entendu que la gauche, c’est le camp du bien, du vrai et du "progrès". La droite, celui de l’inégalité, du droit du plus fort et de la "réaction". Ce référentiel est d’autant plus impératif qu’il est implicite, véritable inconscient du débat public, plaçant d’entrée de jeu l’homme de droite sur la défensive.

 
Commentaires

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  • Par essentimo - 22/02/2016 - 12:31 - Signaler un abus Pas là

    pour commémorer Verdun, et pas là pour les chiffres du chômage de janvier 2016.

  • Par Mike Desmots - 22/02/2016 - 12:35 - Signaler un abus Etre gauche ..lorsqu'on est maladroit ...ben...

    C'est un handicap naturel de plus...! reste à savoir combien va couter l'ardoise que va laissé aux français Normal 1er...?

  • Par LouisArmandCremet - 22/02/2016 - 14:02 - Signaler un abus Merci

    Merci pour cet article qui remet un peu les chose en leur juste place.

  • Par J'accuse - 22/02/2016 - 15:57 - Signaler un abus Mythologie

    Les politiciens ont inventé une latéralité politique pour des raisons de marketing : se différencier les uns des autres pour mieux accéder au pouvoir. Autrefois, tous disaient "Dieu est avec nous"; depuis le XIXe siècle marxiste, certains se sont mis à dire: "nous sommes de gauche, du côté du peuple"; les adversaires n'avaient plus qu'à accepter de se reconnaître de droite. Cette séparation n'a jamais eu aucun sens (jamais !), 100% des citoyens (ou des sujets de sa Majesté) voulant depuis toujours unanimement les mêmes choses -prospérité et sécurité- et les moyens pour y parvenir sont laissés à la compétence supposée des dirigeants. Confiance malheureusement souvent mal placée ... Cela fait des années que j'attends qu'on abandonne les analyses erronées fondées là-dessus. Va-t-on enfin les laisser tomber et ouvrir notre intelligence aux réalités ?

  • Par Yves3531 - 22/02/2016 - 21:15 - Signaler un abus Excellent article...

    C'est un ressentit évident, fort bien exprimé...

  • Par vangog - 23/02/2016 - 01:01 - Signaler un abus Moi, je trouve que El Kohmry a "extrêmement" droitisé

    ce gouvernement gauchiste...les Francais n'y comprennent plus rien: au pouvoir, la gauche fait une politique de droite, et la droite fait une politique de gauche, et les deux n'arrivent qu'à plomber la France un peu plus...ah! Vivement un parti qui sera au dessus des partis, et qui fera une politique ni de droite, ni de gauche, pour changer et réussir...un gouvernement patriote, par exemple!

  • Par borissm - 23/02/2016 - 10:15 - Signaler un abus Très bon article

    qui dit simplement des choses fondamentales. Le dernier paragraphe est excellent. Ce sont les seules (et vraies) questions que les journalistes, s'ils n'étaient pas aussi décérébrés, devraient poser aux politiques. On aurait alors (ou pas...) de vraies réponses.

  • Par Alain Proviste - 23/02/2016 - 11:43 - Signaler un abus TRES JUSTE

    Dans les milieux "intellos", être de gauche est normal, être de droite est farfelu ou suspect. C'est la grande réussite de la gauche d'avoir complètement colonisé le niveau métapolitique. D'ailleurs, souvenirs des années 80, critiquer avec trop de virulence l'URSS était mal vu et on se faisait vite traiter de réac ou de facho. Le résultat n'est globalement pas très brillant puisque la France est de plus en plus déclassée dans différents domaines.

  • Par Liberdom - 23/02/2016 - 14:54 - Signaler un abus Encore des circonvolutions !!!

    Non Monsieur Van Voogd, vous vouliez ou auriez dû écrire circonlocution au lieu de vous perdre dans les circonvolutions, même si elles sont rhétoriques, du cerveau malade de notre cher président vacillant et suintant. A part cela je suis d'accord avec vous et ne fais pas partie du camp du bien.

  • Par Mike Desmots - 23/02/2016 - 15:40 - Signaler un abus le PS a complétemnt mis la main sur l'appareil d'état ...!

    Et... être fonctionnaires socialistes pour la vie ...c'est un vari idéal...! pour vivre et exister sur l'argent et les richesses que produisent des autres....!. .hélas , en 2016 la sucette de l'argent des autres bascule en fin de vie ..! .reste le bâton à vendre aux autres...! bien qu'en ' en novlangue socialiste ...ils vont expliqué que c'est la faute au bâton...!

  • Par Liberte5 - 23/02/2016 - 18:53 - Signaler un abus Le postulat de départ est faux!!

    Il y a l’extrême gauche, la gauche socialiste,et le centre gauche qu'on appelle "la droite" et qui tient une ligne radicale socialiste. Enfin le FN qui n'est pas vraiment d’extrême droite et qui est un mixte avec des positions de droite sur l'immigration , la sécurité, mais des positions très à gauche sur l'économie. Voilà le tableau actuel. Un parti de droite conservateur et libéral n'existe pas en France.

  • Par winnie - 24/02/2016 - 06:54 - Signaler un abus Oui,la ....

    Au dernier paragraphe, l'auteur rêve. On est pas près de voir des journaleux poser des questions qui fachent,ils sont trop impliquer dans le lit des politiques..

  • Par zouk - 24/02/2016 - 14:47 - Signaler un abus Etre de gauche

    Question dépassée, nous avons ou constater le résultat d'un gouvernement dont le Président "hait les banques"... seul les presses écrite et audiovisuelle croient encore au salut par la sacrosainte gauche, ou du moins le disent ou l'écrivent: il faut bien gagner sa vie, n'est-ce pas?

  • Par ocean5 - 26/02/2016 - 12:34 - Signaler un abus Pourquoi ?

    Pourquoi vous posez la question et en faites un article ?

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

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