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"Etat d’urgence", ou comment François Hollande a réussi une magistrale manœuvre rhétorico-politique qui laisse l’opposition (presque) sans voix

Faute d’être mémorable, le discours du président de la République au Congrès lundi 16 novembre dernier a été d'une redoutable efficacité politique. François Hollande a effet su capitaliser sur ses atouts initiaux.

Rhétorico-laser

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"Etat d’urgence", ou comment François Hollande a réussi une magistrale manœuvre rhétorico-politique qui laisse l’opposition (presque) sans voix

François Hollande devant le Congrès. Crédit Reuters

Sans doute l’adresse de François Hollande au Congrès lundi dernier ne restera-t-elle pas dans les annales des grands discours de guerre, puisque "guerre" il y a. Elle a laissé sur leur faim tous ceux qui se rappellent Churchill ou de Gaulle en 1940. Images rares, argumentation (volontairement ?) confuse, élocution claire mais sans souffle. Quant au traitement - exclusivement juridico-militaire - du sujet, on aurait attendu plus de hauteur de vue et de pensée. Et quelques mots sur le problème majeur de la radicalisation…

Mais faute d’être mémorable, ce discours a répondu aux attentes immédiates des Français avec son dispositif sécuritaire.

Et il a été politiquement d’une redoutable efficacité. D’abord parce que son contexte était porteur : solennité du cadre, fonction suprême de l’orateur qui peut compter sur le réflexe légitimiste de l’opinion dans un contexte de tragédie nationale. Laquelle, requérant naturellement "l’union" du même nom, rend délicate ipso facto toute velléité d’opposition.

Ce qui ne diminue en rien l’habileté tactique du Président, qui a admirablement su capitaliser sur ces atouts initiaux : recours au procédé désormais bien connu de la "triangulation" par la reprise de la thématique du camp adverse et proposition surprise d’une révision de la Constitution. Dans le premier cas, toute réaction négative de la droite sera interprétée comme de l’inconséquence : dans le deuxième, l’obligation d’un vote aux 3/5ème du Parlement la met "dans une seringue" : dire non, c’est se voir taxer de "trahir l’union nationale" ; dire oui,c’est apporter un soutien objectif au président et sa majorité.

Et ce qui devait se produire se produisit : cacophonie dès lundi entre les présidents des groupes LR et l’Assemblée et du Sénat ; chahut désastreux à l’Assemblée mardi ; chamailleries entre ténors ; voire regret gêné (ou intéressé?) d’Alain Juppé que l’on ait baissé les effectifs de la police et dela gendarmerie sous le quinquennat Sarkozy.

Et voilà le tour de force réussi ! C’est l’opposition qui est sur la défensive, accusée de l’impréparation du pays, soupçonnée de "calculs politiciens" et sommée de se justifier sur toutes les ondes !

Sa première et seule ligne de défense : "Que de temps perdu !" a été enfoncée en un clin d’oeil par un "mieux vaut tard que jamais !" repris en choeur par les médias. Seuls, dans la déconfiture d’une droite déconcertée, François Fillon et Bruno Le Maire ont su trouver des mots justes, des arguments pertinents… et des questions gênantes.

Impréparation il est vrai commune à une classe politique qui a remplacé la rhétorique, c’est-à-dire l’art de l’argumentation et de la formulation par la "com'", c’est-à-dire la posture et le parler pour ne rien dire. Or cette impréparation est désastreuse dans le contexte d’infériorité abyssale de l’opposition dans lesmédias audiovisuels, où la dissymétrie de traitement a été une fois de plus éclatante.

Curieusement, d’ailleurs comme après Charlie, aucun rappel n’a été fait des déclarations du PS et de François Hollande lui-même lors de l’affaire Merah. On n’aura pas la cruauté de les rappeler ici mais ce précédent devrait au moins inciter les nouveaux gardiens du temple de "l’unité nationale" à plus de mesure et de décence avant de morigéner les esprits sceptiques. Et que l’on n’allègue pas le contexte électoral de 2012 : les régionales ne sont-elles pas dans 15 jours ? François Hollande, lui, ne l’a pas oublié.

De même seuls les réseaux sociaux se sont mobilisés (victorieusement d’ailleurs) contre le tweet de Gaspard Gentzer, chef de la communication de l’Elysée sur les "73% de Français trouvant François Hollande à la hauteur" : pas "d’exploitation politique", avez-vous dit ?

De même encore, personne, sauf erreur, n’a daigné comparer les mesures prises depuis le 13 novembre avec les déclarations antérieures des principaux responsables de lamajorité, Premier ministre en tête, surces mêmes mesures. De la déchéance de la nationalité à l’assignement à résidence en passant par la lutte contre la propagande djihadiste, tout ce qui était, il y a 10 jours encore, réputé "impossible juridiquement", "irréaliste", "contraire à l’Etat de droit »est désormaisdevenu évidence première".

Tout se passe comme si un immense tour de passe-passe s’était opéré sous couvert d’un véritable "état d’urgence rhétorique" pour effacer le passé récent et esquiver les questions de fond. Comme celle-ci : la lutte contre le djihadisme nécessite-t-elle vraiment des innovations législatives et a fortiori une révision constitutionnelle ? Ou avant tout des ajustements réglementaires, dépendant donc du seul gouvernement, et l’application stricte des lois existantes, dépendant donc de la seule justice ? Car c’est là que le bât blesse : sur tous les sujets, des textes existent depuis des lustres mais sont très peu appliqués.

Même tour de passe-passe réalisé avec brio par le Président lui-même dans l’une des rares bonnes formules de son discours : "le pacte de sécurité l’emporte sur le pacte de stabilité". L’affaire est passée comme une lettre à la poste, malgré le sophisme complet qui la sous-tend : l’urgence sécuritaire auraitpu tout autant justifier la nécessité de faire des "sacrifices" ailleurs : langage churchillien qui certes ne peut être attendu de François Hollande ; mais pourquoi ne pas tout simplement exclure du calcul de notre déficit budgétaire les dépenses supplémentaires que la situation impose à la France, y compris le coût de ses interventions extérieures ?

Les règles de "l’unité nationale" doivent donc être clarifiées : elle ne saurait nullement consister en un béni-oui-oui et un effacement total de la mémoire, de l’équité et de nos engagements : François Hollande fait aussi de la politique : l’opposition a le droit d’en faire aussi.

Et les commentateurs devraient s’aviser que "l’état d’urgence" n’impose en rien l’urgence de ne plus penser.

 
Commentaires

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  • Par Mario - 23/11/2015 - 14:44 - Signaler un abus pffuuuu des nuls ..... La

    pffuuuu des nuls ..... La droite ce qu'elle sait faire le mieux c'est de se faire rouler dans la farine par la gauche. Ah mais y a les primaires , Juppé préfère taper sur Sarko plutot que de s'entendre sur une stratégie commune. La gauche enfonc e notre pays , les regionales sont une chance pour les virer du local, mais non!!! Manquerait plus qu'il fasse réélire cet incompétent de Hollande dont la seule habilité est politicarde. Se servir des attentats pour mettre la droite en position inconfortable, quel grand homme....

  • Par zouk - 23/11/2015 - 14:57 - Signaler un abus Discours de Hollande

    En effet discours adroit et annonce de mesures parfaitement bien venues. Mais qu'ont proposé Fr. Fillon et B. Le Maire? Fr. Fillon se distingue très nettement parmi ses concurrents "républicains" en proposant un programme courageux , clair et complet, ses réactions après les attentats n'en ont que plus d'intérêt. Juppé confus et gêné, qui veut en faire un Président de la République?

  • Par ALAIN B - 23/11/2015 - 15:08 - Signaler un abus UMPS

    Pour le coup très habile François la Faillite.

  • Par perceval - 23/11/2015 - 15:43 - Signaler un abus ça fait des lustres

    Que nos zozos de droite se font rouler dans la farine, le premier à paraître d'une nullité crasse a été Chirac face à Mitterand....lorsqu'on sait ce que l'on pense par ailleurs de ces nullités socialistes ça en dit long sur ce que l'on doit penser de nos "édiles" de droite. Fermez le ban! C'est à désespérer!

  • Par langue de pivert - 23/11/2015 - 16:08 - Signaler un abus Réthorique ? ah bon ☺

    Hollande a en une semaine et dans l'ordre : chié dans son froc (en quittant précipitamment le stade France) ; retourné sa veste et mangé son chapeau (en adoptant - partiellement et à minima - les préconisations de l'opposition en matière de sécurité !) Je ne vois pas en quoi cette capitulation en rase campagne est "une magistrale manœuvre rhétorico-politique qui laisse l’opposition (presque) sans voix" ???? Là il faut m'expliquer ! Que cette manœuvre resserre derrière lui la gauche et son électorat bas-de- plafond (pas gênée d’embrasser ce sur quoi elle crachait hier :-) soit, mais l'électorat de droite n'est ni stupide ni naïf ! Si l’opposition - au lieu de se donner en spectacle à l'assemblée nationale - s'était contentée de remarquer que ces solutions sont les leurs ET SURTOUT demandait, officiellement, une enquête parlementaire sur les graves manquements de l'exécutif en matière de sécurité, (deuxième cause de ce drame après les OPEX hasardeuses en Irak et surtout en Syrie au mois de septembre) Récapitulatif : 1 réduction de la protection "des Charlie-Hebdo" à sa plus simple expression soit un policier avec un pistolet ! 2 Rien de fait entre janvier et novembre !

  • Par Gilly - 23/11/2015 - 16:24 - Signaler un abus 130 morts

    Pour voir Hollande manger son chapeau. Belle manœuvre rhétorico-politique... Les 2 ou 300 prochaines victimes, vous la qualifierez comment sa "manœuvre" ? Il est RESPONSABLE de ce qui s'est passé. Alors, un peu de décence, arrêtez de lui tresser des lauriers ramassés sur des cadavres.

  • Par jurgio - 23/11/2015 - 16:28 - Signaler un abus Un truqueur à la petite semaine !

    Soutenu à bout de bras par des médias aux ordres, rien de plus facile pour un tricheur de prendre les devants et d'apparaître comme un sauveur ! On ne s'attendait d'un tel imposteur à rien d'autre que du flan (by) Je revois ce visage décomposé et inquiet du futur candidat à sa réélection ! Vais-je perdre mes chances avec ce foutoir ? Puis ce maquillage tragique qu'on lui appliqué pour qu'il ait l'air d'avoir autre chose qu'une pierre à la place du cœur... Mais ce qui dégoûte le plus est l'empressement de certains de droite (Sarkozy en tête) à lui donner les éléments qui lui faisaient dangereusement défaut, lui donnant en quelque sorte un quitus ! Bien joué les opposants ! On comprend pourquoi on n'a plus que des incapables pour gouverner et que le peuple politiquement, économiquement et psychologiquement ignare, donc berné à perpétuité, en redemande !

  • Par langue de pivert - 23/11/2015 - 16:41 - Signaler un abus Dans réthorique il y a un hic !

    Pendant "la drôle de guerre", entre janvier et novembre, pendant que l'exécutif éreintait les forces de l'ordre en vaines gardes statiques de "la presse" aux "lieux de cultes" puis vers les "sites sensibles" et enfin les Talys, se soumettant ainsi aux cibles et au calendrier des zombies d'allah, ceux échafaudaient tranquillement leurs crimes ! Je veux bien croire que l'opposition attende la fin des cérémonies de vendredi avant de déposer une demande d'enquête parlementaire sur les graves - et pour tout dire suspects - manquements de l'exécutif en matière de sécurité en 2015, si elle ne le faisait pas le plus décent serait qu'elle passe sont tour aux élections de décembre ! Et que dire de l'autorité de "l'état pitoyable" (qui se dit impitoyable en mots) avec la gent voyageuse et ses émeutes ? (Roye dans la Somme autoroute en aout , Tarbes (gare) ; Isère (village) La seule condamnation fut celle d'un "citoyen quenelleur" pour crime de lèse majesté envers le "caudillo vallseurs" venu en campagne électorale dire qu'il sera sans faiblesse gnagna gna gna gna ! D'après mes sources 8 gardes-à-vue à Royes aujourd'hui ! à suivre ! Sûrement sans suite comme d'hab' ! ☺

  • Par nat02 - 23/11/2015 - 16:58 - Signaler un abus pas d'accord

    il faut arreter de nous prendre pour des c... on n'est pas dupe du tout, ça c'est les journalistes qui pensent qu'on gobe tout et en tout cas perso je n'oublie pas que ce gouvernement n'a RIEN fait depuis janvier je n'oublie pas non plus Valls aboyant comme à son habitude :"le retour du terrorisme c'est vous" en s'adressant à la droite aujourd'hui on peut dire que par leur absence de réaction depuis janvier ce gouvernement a une large part de responsabilité dans ce qui vient de se passer

  • Par de20 - 23/11/2015 - 17:00 - Signaler un abus La Droite , quelle droite ?

    La Droite , quelle droite ? Les mesures on verra aux prochaines rafales (on ne parle pas d aviation) si notre president en habits fanfaronnera des ses postures de la sorte.

  • Par tubixray - 23/11/2015 - 17:55 - Signaler un abus Des paroles et des actes

    Les paroles nous les avons eues ... mais point d'acte me semble t-il..... la gauche sociétale prête à toute les compromissions avec la diversité est à l’œuvre. ...En ce qui concerne LR, Il semble que N. Sarkozy ait perdu la main depuis l'affaire Morano.

  • Par Yves3531 - 23/11/2015 - 18:41 - Signaler un abus UN NUL qui revient sur ses erreurs et son inaction criminelle...

    DEMEURE UN NUL !!!

  • Par winnie - 24/11/2015 - 06:49 - Signaler un abus Ne vous leurrer pas !

    Nous les gens ordinaires savons bien que rien n'a été fait depuis des années, alors que la sonnette d'alarme était tirer la montée du FN vient entièrement de la . L'IMPOSTEUR qui nous sert de président a heureusement reagit comme il se devait,mais pour cela il a fallut 130 morts. Le dispositif mis en place aurait du être mis il y a déjà des mois, un beau defile de bobos avec des pancartes " je suis Charlie " n'a jamais fait peur a des assassins .Maintenant on demande a voir les actes ,et surtout que la justice enferme et tienne les delinquants a l' ecart de la societe. Mais nous n'oublierons pas tout ces politicards incapables d'avoir des couilles qui s'acrochent a leur poste comme une tique a un chien,ils sont responsables de tout ces morts et devront rendre des comptes, et ce n'est pas parce que Hollande se remue enfin qu'il va être excuser d'avoir nier la réalité et d'être enfermer dans son dogme,les élections approche et la voix du peuple va être sans appel !

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

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