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Comment le chevalier Le Maire a ouvert une brèche rhétorique dans la primaire… mais le chemin est encore long jusqu'au donjon désiré !

Le sel de la surprise n’est jamais à négliger dans une cuisine menacée par la fadeur des haines trop recuites. Bruno Le Maire aura su jouer à fond de cet effet de surprise, même si l’annonce de sa candidature n’avait rien d’un suspense hitchcockien.

Rhétorico-laser

Publié le - Mis à jour le 1 Mars 2016
Comment le chevalier Le Maire a ouvert une brèche rhétorique dans la primaire… mais le chemin est encore long jusqu'au donjon désiré !

Le chevalier Bruno Le Maire a réussi son entrée média-politique dans la grande aventure de la primaire. (photo d'illustration)

Même ses adversaires en conviennent : Bruno Le Maire a réussi son entrée média-politique dans la grande aventure de la primaire. Grâce à un carpet bombing (Europe 1) impressionnant, le candidat désormais déclaré aura surfé avec aisance sur une semaine pourtant riche en grands et en gros mots, entre colère paysanne et déchirements socialistes. Il est vrai que d’un strict point de vue rhétorique la concurrence d’une Martine Aubry n’était pas des plus redoutables…

La tonalité générale des commentaires a d’ailleurs été plutôt favorable, malgré le scepticisme attendu et entendu chez les plus blasés, ceux « à qui on ne la fait pas », les revenus de tout qui ne jurent que par le « changement de la vie politique » : tout en misant sur un duel Juppé-Sarkozy…

Mais il est vrai aussi que le sel de la surprise n’est jamais à négliger dans une cuisine menacée par la fadeur des haines trop recuites.

Bruno Le Maire aura su jouer à fond de cet effet de surprise, même si l’annonce de sa candidature n’avait rien d’un suspense hitchcockien.Sa maîtrise rhétorique qu’il doit à sa formation de normalien et surtout à son goût amoureux de la langue, y est pour beaucoup. Son livre « Ne vous résignez pas ! » en témoigne largement. C’est-à-dire très exactement aux TROIS-QUARTS.

La surprise, les militaires comme les speechwriters le savent, cela s’organise : en renversant par exemple l’ordre classique du discours. Ainsi, dès la première phrase, la thèse centrale du livre est assénée : « le monde change et la France ne change plus ». Et ne cherchons pas de boucs émissaires, globalisation, Europe ou immigrés : le corrélat, implacable, est donné dès la page 2 : « Le problème est en France. La solution aussi. » Suit une vingtaine de chapitres, mêlant avec fluidité exemples, storytelling et propositions, où l’auteur, de voyages en rencontres, se contente d’être le grand témoin des Français. Et où, loin de se cantonner au logos du fort en thème, il sait manier tous les registres du discours, y compris le pathos, comme dans cette description magistrale et poignante d’une rencontre avec deux jeunes malades de la mucoviscidose.

Tout comme il sait - le point le plus fort du livre - constituer son groupe-cible avec virtuosité : cette création du « we-group » du « Nous collectif », enjeu de tout discours, est acquise dès la première page et sera le leitmotiv :nous sommes tous dans le même « paquebot France », pour lemeilleur (« nous Français, nous avons tout pour réussir ») et pour le pire : « Qui porte la responsabilité de cet affaiblissement ? Nous tous ». Avec un courage rare dans un genre si souvent démagogique, Bruno Le Maire nous place en effet devant nos propres contradictions, tout comme il assume les siennes. Et, puisque la France est sens dessus-dessous, cul par-dessus tête, le chiasme en sera latraduction rhétorique adéquate : « une administration au service de ses agents ou des agents au service de leur administration ? ».

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 29/02/2016 - 19:55 - Signaler un abus Kesako ?

    carpet bombing ? connais pas! Expliquez !

  • Par Le gorille - 29/02/2016 - 19:57 - Signaler un abus Kesako bis

    speechwriters ? Connais pas ! Expliquez ! Êtes-vous français ? On ne le croirait pas !

  • Par Le gorille - 29/02/2016 - 19:59 - Signaler un abus Kesako ter

    storytelling ? Sommes-nous en France ? Précisez-le vite, que je sache quelle langue utiliser !

  • Par Le gorille - 29/02/2016 - 20:07 - Signaler un abus Tapis rouge ? Nègres ? Rédacteur ?

    Il me semble que ces mots soient plus à la portée de mon esprit, franchouillard, oui, absolument ! Revenons donc à nos mots à nous, plus poétiques (pour certains), plus élégants et surtout moins prétentieux. D'autant plus, M. Christophe de Voogd, que vous louez la maîtrise du français de votre héros du jour, M. Le Maire ! En plus en deux mots...

  • Par borissm - 01/03/2016 - 07:19 - Signaler un abus @ Le Gorille

    Je fais miens vos commentaires. Le pidgin anglo-branché des rédacteurs a tellement infesté leur discours qu'ils ne s'en rendent même plus compte, alors que la langue c'est la mère de l'identité. Cela étant, "carpet bombing" c'est, bien sûr, un "tapis de bombes" (style Nord-Vietnam années 60). Expression qui serait déplorable si elle signifiait quelque chose, ce qui n'est pas le cas.

  • Par Le gorille - 01/03/2016 - 08:24 - Signaler un abus @Borissm

    Merci de votre soutien !

  • Par Christophe de Voogd - 01/03/2016 - 11:20 - Signaler un abus excuses@Le Gorille

    Pire encore: j'ai utilisé des mots grecs ("logos" "pathos"...) quelle offense à notre belle langue française. mes sincères excuses! cdv

  • Par ERVEFEL - 01/03/2016 - 15:26 - Signaler un abus Ne vous résignez pas!

    Qui pourrait se résigner à avoir pour 2017 un Sarko ou Hollande bis où encore un re-Juppé? En plus de la dépression économique ce serait la dépression morale d'une nation toute entière. Mais Le maire que nous propose t-il? Il semble être honnête, ce qui est déjà beaucoup par rapport à ceux qu'on a connus avant. Un changement de politique extérieure : OTAN? Alliance avec quels pays arabes? la Russie toujours diabolisée? Soumission aux US? TAFTA? Politique intérieure : poursuite de l'immigration et de l'islamisation du pays? Poursuite de la politique pénale ultra laxiste? Renoncement et abandon des forces de police? Etc..., sans compter le sujets primordiaux que sont la souveraineté législative : Bruxelles? Territoriale : Schengen? Monétaire : Euro? Cela fait beaucoup de questions sans réponses.

  • Par Le gorille - 01/03/2016 - 19:57 - Signaler un abus Aita pea pea @M. Christophe de Voogd

    Merci pour votre ironie ! Flatté que je suis ! Oui, notre langue plonge une partie de ses racines dans le grec et j'ai un pied à Marseille, ancien comptoir grec, savez-vous ? En outre, logos et pathos sont souvent de mise, mais guère dans dans des communications d'ordre grand public. Mille excuses aux commentateurs d'Atlantico de les traiter ainsi, mais c'est la vocation de ce site. Euh ? Oui, le titre ? "Pas d'importance", "on ne va pas se compliquer la vie pour si peu"... en tahitien, langue de la terre où M. François Hollande a mis le pied récemment, et a dit : "Je suis en France"... Et Tahiti, Wallis et Futuna et la Nouvelle Calédonie sont des confettis français dans la Mare americanum : trois têtes dépingle dans un monde anglo-saxon... Puis-je les comparer au Québec ? Vous comprendrez mieux mon allergie envers ceux qui, par facilité, se laissent gober tout crus par la perfide Albion, à moins que ce ne soit par l'oncle Sam...

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est historien spécialiste des Pays-Bas (Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours chez Fayard). Il enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences-Po. 

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