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Clinton/Trump : du débat en Amérique et de quelques leçons utiles pour les primaires françaises

Le débat Clinton/Trump, au-delà des particularités américaines, devrait retenir notre attention par ses enseignements sur les lois du débat politique, à l’approche de nos propres confrontations.

Rhétorico-laser

Publié le - Mis à jour le 4 Octobre 2016
Clinton/Trump : du débat en Amérique et de quelques leçons utiles pour les primaires françaises

Le premier débat télévisuel entre le candidat républicain et la candidate démocrate a donné quelques indications sur la chose politique aujourd'hui.  Crédit Reuters

Sans doute le premier débat entre Hillary Clinton et Donald Trump n’a pas volé bien haut, dominé, comme on pouvait s’y attendre, par la virulence des attaques personnelles. Mais à ce jeu, il a bien été, selon tous les sondages, gagné par la première. Et pourtant la partie s’annonçait redoutable pour elle, entre doutes sur sa santé, communication désastreuse du camp démocrate sur les derniers attentats et crainte légitime devant un adversaire aussi imprévisible que professionnel de la télévision.
 
Mais, comme dans la fable de la Fontaine, ce fut précisément la cause de la première erreur de celui-ci : trop confiant en lui-même (son défaut majeur), il n’a pas préparé le débat et l’a fait savoir au risque de faire passer, avant même le combat, un très mauvais message aux électeurs : « vous ne valez par vraiment la peine que je fasse un effort particulier pour vous convaincre ».
Hillary en a joué habilement en admettant volontiers son hyper-préparation, gage, a-t-elle souligné, de sa préparation à la fonction présidentielle elle-même. Première leçon : respecter l’auditoire (en l’occurrence pas moins de 80 millions d’Américains). A méditer par nos candidats aux primaires, notamment par ceux qui, excès d’assurance et/ou mépris de leurs concurrents, pourraient, comme disait Montesquieu, être « capables de trop s’estimer eux-mêmes ». Marine Aubry avait été victime d’un tel syndrome lors des primaires socialistes en 2011.
 
Auditoire avec lequel il importe d’établir très vite un « nous » collectif, qui doit S’ENTENDRE dans l’énonciation elle-même. Simon DeDeo, spécialiste de l’analyse quantitative du discours politique, a ainsi montré qu’Hillary avait utilisé bien davantage le « we » (50% de plus exactement) que Trump, dont le pronom préféré a été « they », « eux » (70% de plus que chez Hillary), rassemblant tous ceux qu’il désigne à la vindicte populaire, de l’establishment aux étrangers. Rhétorique dont l’efficacité est réelle dans une époque de colère et de ressentiment mais elle ne suffit pas à créer l’adhésion, qui requiert l’utilisation du « nous ». C’est là encore une leçon pour nos propres candidats qui font bien plus souvent dans le « je » martial que dans le « nous » rassembleur. Péché mignon de presque tous les prétendants à 2017, tant à droite qu’à gauche.
 
Dernier point fort d’Hillary : la bonne gestion de l’imprévisibilité de Trump. Elle est restée en position d’attente, bien ancrée dans le sol, le geste à la fois économe et ouvert, face à un adversaire pratiquant l’interruption systématique, la provocation et le doigt accusateur. Elle n’avait dès lors qu’à le « cueillir » à chaque fois par une contre-offensive éclair. Tactique d’art martial bien connue qui consiste à retourner l’énergie de l’adversaire contre lui-même. Le message subliminal que fait passer une telle posture a bien des avantages. Car l’on attend du futur président américain à la fois du sang-froid et de la réactivité, notamment face aux crises de toute nature qu’il sera amené à rencontrer. On ne confie pas le feu nucléaire à un impulsif. Là encore une leçon à méditer par nos candidats et de quoi rassurer les plus posés d’entre eux. A condition qu’ils sachent manier l’humour, comme a su le faire la candidate démocrate, quitte à forcer sa nature. 
 
Certes, si Hillary a gagné, elle n’a pas triomphé. Son naturel cassant a refait par moments surface, son sourire était encore trop forcé pour convaincre. Et il lui reste à emporter le match décisif dans toute élection : celui de la crédibilité qui est, pour des raisons différentes, également faible pour elle comme pour son concurrent. 
 
Mais elle a amorcé lors du débat un renversement prometteur autour du thème de la dissimulation de Trump, qui refuse de publier sa déclaration d’impôts. Coup double en vérité : d’abord parce que la transparence fiscale est un impératif absolu pour tout leader politique aux Etats-Unis (comme en France) ; d’autre part parce que c’était sur elle que pesait jusqu’ici le soupçon de dissimulation (les « affaires », les mails, etc.).
 
Si Trump ne parvient pas à sortir de ce soupçon-là le second débat pourrait donc lui être fatal.  Certes, sauf révélation, Il n’y sera pas question de déclarations d’impôts (sauf celles des Français eux-mêmes !) dans notre propre campagne. Mais une chose demeure : toute duplicité attestée, toute tromperie et a fortiori tout mensonge seront sanctionnés par des électeurs, de droite comme de gauche, bien moins cyniques qu’une certaine mode ne le prétend. 
 
 
Commentaires

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  • Par Texas - 03/10/2016 - 18:14 - Signaler un abus En résumé

    L' enseignant en Sciences Politiques préfère un homme ( ou une femme politique ) qui met en danger la Sécurité Nationale avec des mails classifiés sur un serveur privé , qu' un opportuniste qui dénonce le politiquement correct sur les scènes d' une campagne électorale . Nous sommes vraiment , mais vraiment mal barrés .

  • Par zouk - 03/10/2016 - 19:19 - Signaler un abus Clinton/Trump

    Une professionnelle de la politique contre un animateur de shows télévisés qui convainc les électeurs?

  • Par cloette - 04/10/2016 - 08:44 - Signaler un abus Qui est plus sympa ?

    Trump ou Clinton ?

  • Par Christophe de Voogd - 06/10/2016 - 11:22 - Signaler un abus gare aux contre-sens!

    Merci pour les commentaires: j'attire votre attention sur le fait que mes chroniques portent sur la TECHNIQUE RHETORIQUE qui répond à des critères objectifs, non sur les programmes et les personnalités politiques. cdv

  • Par Anouman - 06/10/2016 - 20:49 - Signaler un abus Sans doute

    Mais en France notons que le seul candidat à avoir été condamné pour des faits dans l'exercice de ses fonctions politiques semble attirer plus que les autres et pourtant la sagesse populaire dit que qui a bu boira... Ce serait donc le soupçon qui serait dangereux et non la malhonnêteté prouvée. De toute façon je crois personnellement que la plupart des électeurs attachés à un candidat se fichent pas mal de ce qu'il a pu faire ou serait supposé pouvoir avoir fait. L'amour est aveugle non?

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 
Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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