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Résultats des élections professionnelles dans la fonction publique : la chute finale du dialogue social français

Selon le Cevipof, le niveau de confiance des fonctionnaires dans les syndicats est passé de 43% en 2012 à 31% en 2014. Une tendance qui se retrouve dans l'écroulement du taux de participation aux élections professionnelles de cette année (52.8%), et illustre le doute d'une partie grandissante des Français face à l'utilité des corps intermédiaires.

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Résultats des élections professionnelles dans la fonction publique : la chute finale du dialogue social français

Selon le Cevipof, le niveau de confiance des fonctionnaires dans les syndicats est passé de 43% en 2012 à 31% en 2014.  Crédit Reuters

Atlantico : Les résultats des élections professionnelles dans la fonction publique ont été dévoilés mardi 9 décembre et selon les données du ministère de la Fonction publique, pour l’ensemble des agents (Etat, Territoriale et Hospitalière), la CGT comptabilise 23,1% des voix et reste en tête devant la CFDT (19,2%), suivie de FO (18,6). L’Unsa, à 10,3%, est le syndicat qui enregistre la plus forte progression. Les affaires qui ont secoué la CGT peuvent-elles à elles seules expliquer la baisse sensible de l'organisation ?

Luc Rouban : Si l'on prend les résultats d'ensemble des trois fonctions publiques, le recul de la CGT est réel mais ce n'est pas une catastrophe puisqu'elle passe de 25,4% à 23,1% et qu'elle reste en tête. Elle reste aussi largement en tête des deux fonctions publiques où l'on compte le plus d'agents de catégorie C, les plus modestes. Elle fait ainsi 29,5% (contre 33% il est vrai lors des élections précédentes) dans la territoriale où elle arrive largement en tête face à la CFDT (qui fait 22,3% en seconde position) et 32,1% (contre 33,6% précédemment) dans l'hospitalière devançant là encore largement la CFDT (qui fait 24,8%).

La baisse de la CGT est surtout sensible dans la fonction publique de l'Etat, où la proportion de cadres est de l'ordre de 56% (en y incluant les enseignants) puisqu'elle passe de 15,8% à 13,4% et passe de la seconde position qu'elle occupait ex aequo avec la FSU à la cinquième place derrière l'UNSA et la CFDT. Il faut donc prendre en considération le fait que ces données sont des agrégats statistiques qui recouvrent des situations très fragementées et diverses selon les ministères, les secteurs, les collectivités et les organisations et selon leur sociologie respective. On ne dispose pas pour l'instant d'enquête précise permettant de savoir ce qui a pu jouer le plus dans ce déclin relatif de la CGT. L'"affaire Lepaon" a certainement eu un rôle car elle a mis en lumière les dérives oligarchiques qui peuvent toucher les syndicats. Ce type de polémique est très révélateur de la défiance qu'un nombre croissant de fonctionnaires éprouvent à l'égard de centrales confédérales qui ont été structurées pour fonctionner "en haut" dans le cadre de vastes négociations salariales mais qui sont assez faibles 'en bas" c'est-à-dire dans la vie concrète des services et sur le terrain des carrières. On peut également faire l'hypothèse que la culture ouvrière portée par la CGT ne "parle" plus autant qu'avant à des fonctionnaires dont même les plus modestes sont désormais souvent surdiplômés. Il se peut également que l'on assiste à une fracture naissante entre générations, les plus jeunes pensant que la CGT n'est plus aussi dure dans sa contestation que FO ou Solidaires. Mais tout cela reste à confirmer.

Lors des dernières élections la CGT (25,4%), la CFDT (19,1%) et FO (18,1%) avaient pourtant progressé au détriment de plus petites structures comme l'Unsa (9,3%) alors que cette fois les petites structures semblent avoir été privilégiées. Comment expliquer l'inversement de cette tendance ?

On ne peut pas raisonner ainsi car la taille des confédérations n'explique pas l'implantation très différente de leurs fédérations dans chaque secteur. Là encore, les chiffres globaux agrègent des données très ponctuelles qui correspondent à des cultures syndicales particulières. Mais on peut penser effectivement que les "appareils" syndicaux lourds attirent plus la méfiance que des syndicats plus sectoriels. La crise financière amplifie les réflexes corporatistes et la défense du "métier", ce qui peut susciter des craintes de voir les grands appareils opérer des arbitrages entre corps ou entre catégories en fonction de stratégies nationales. Cela étant, on n'enregistre pas une croissance forte des petites structures de fonctionnaires : la CFTC passe de 4% à 3,3%, la CGC reste à 2,9% (là encore en moyenne car dans la police, Alliance-police CGC passe à 41% gagnant 4 points sur 2011 !), les syndicats étiquetés "divers" passent de 3,2% à 3,3%.

 
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  • Par vangog - 10/12/2014 - 18:41 - Signaler un abus Non, Mr Rouban, vous confondez utilité et fiabilité!

    Par la faiblesse du vote syndical et la baisse de confiance des Français dans leurs syndicats, ceux-ci ne remettent pas en cause l'utilité des syndicats, mais leur fiabilité...Et c'est très différent! Lorsque le FN aura rendu son pouvoir au peuple, le mode de désignation syndical sera rendu démocratique et leur financement transparent. Alors, les Français retrouveront confiance dans leurs syndicats. Idem pour les médias et les associations, tout deux corrompus par leur subventions locales ou nationales. La démocratie française doit grandir et se débarrasser de ces archaïsmes dignes de vieilles dictatures socialistes, qui bloquent tout le reste des institutions!

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Luc Rouban

Luc Rouban est directeur de recherches au CNRS et travaille au CEVIPOF depuis 1996 et à Sciences Po depuis 1987.

Il est l'auteur de La fonction publique en débat (Documentation française, 2014)

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