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Journée de grève et de mobilisation : les manifestants anti loi El Khomri sont-ils les plus concernés par la réforme du code du travail ?

Comme de coutume, ce sont principalement les salariés du secteur public qui descendent dans la rue pour protéger un code du Travail... qui ne s'applique pas à eux.

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Journée de grève et de mobilisation : les manifestants anti loi El Khomri sont-ils les plus concernés par la réforme du code du travail ?

Atlantico : Education nationale, universitaires, fédération CGT des services publics mais aussi appels à la grève dans plusieurs entreprises du privé... Quelle sociologie peut-on faire des personnes qui manifestent aujourd'hui contre la loi El Khomri ? PME, grandes entreprises, services publics... Qui sont-ils ?

Eric Verhaeghe : Majoritairement des actifs qui ne relèvent pas du secteur privé ni du code du travail. Parmi eux, on trouve un grand nombre de fonctionnaires peu concernés par la réforme du marché et du droit du travail (et même pas concernés du tout), épuisés par une politique salariale publique qui n'a ni queue ni tête. Rappelons ici qu'en 2012 la gauche a arrêté le plan de suppression d'emplois lancé par Nicolas Sarkozy, avec son non-remplacement des départs à la retraite. La même gauche a même décidé de recruter de manière totalement dogmatique et populiste 60 000 enseignants en plus, sans se poser la question de l'intelligence de cette mesure.

Résultat : face à la contrainte budgétaire, il a fallu rémunérer ces nouveaux venus en gelant les salaires pendant plusieurs années. Même si diverses stratégies de contournement ont été mises en place pour "dégeler" en partie la situation, il n'en reste pas moins que les fonctionnaires sont désespérés par une situation bloquée pour longtemps. 

Hubert Landier : On trouvera dans la rue trois types de manifestants.

D’abord, les conservateurs ; pour eux, tout changement au code du Travail, dès lors qu’il remet en cause certaines protections légales, apparaît comme un danger, voire comme une profanation. Et cela même s’il s’agit d’adapter le droit à l’évolution des réalités économiques et de favoriser la création d’emplois. Et même si ces protections légales sont plus formelles que réelles. Les conservateurs sont installés derrière des textes et ils craignent que leur remise en cause ne débouche sur la fin de leur tranquillité. Ce sont des rentiers qui défendent leur rente.

Viennent ensuite ceux qui sont animés par une intention idéologique ou un projet politique. Il s’agit pour eux de dénoncer "les cadeaux aux entreprises", ou "la dérive libérale du Gouvernement". Certains sans doute sont sincères dans leur indignation, mais ils ne s’aperçoivent pas qu’ils sont manipulés par des leaders soucieux d’abord de faire tomber le Gouvernement afin de prendre sa place.

Viennent enfin les réformistes, pour lesquels il s’agit d’obtenir des améliorations et qui reprochent au Gouvernement de n’avoir pas laissé davantage de place au point de vue des syndicats avant de présenter son projet.

Vous amalgamez tout ça, vous y rajoutez les revendications salariales à la SNCF et à la RATP, et ça vous donne la journée d’action du 9 mars.

Parmi les salariés qui défilent contre la loi El Khomri, combien sont réellement concernés par une réforme du droit du travail ?

Eric Verhaeghe : A ce stade, très peu et pour une raison simple : les salariés du privé savent que des adaptations sont indispensables. Chaque jour, ils mesurent l'absurdité des situations qu'ils connaissent en interne. Les protections souvent absurdes que le Code du Travail offrent aujourd'hui servent régulièrement les tire-aux-flancs et désespèrent les "travailleurs" qui jouent le jeu du collectif. Rien n'est plus agaçant pour un collègue que de devoir faire le boulot de ceux qui utilisent le Code du Travail comme une arme pour protéger leur paresse ou se défiler au maximum des tâches qui leur reviennent. L'idée que le Code du Travail n'est pas assez protecteur est une posture de ceux qui ne connaissent rien à la vie de l'entreprise. Il y a donc peu de chances pour que les salariés du privé se "retournent" véritablement contre le projet de loi. En revanche, il existe un risque évident de voir les "troupes" étudiantes servir d'idiots utiles pour une contestation dont ils seront les premières victimes. 

 
Commentaires

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  • Par jybro - 09/03/2016 - 11:17 - Signaler un abus fossoyeurs de l'economie française,et Mahiavélisme pathologique

    Les statutaires,veulent un marché de droit de travail PUBLIC,co habitant avec un marché de droit privé contractuel . Il existe malheureusement un code des marchés publics,concomitamment au code de commerce,code civil etc.. La protection collective contre le risque individuel. CONCLUSION: IL FAUT EMPECHER LA NAISSANCE D'UNE CODIFICATION MORTIFERE DONT L'EVIDENTE REUSSITE A TERME , IMPOSERAIT LA SUPPRESSION DU STATUT DE 1945. NOUS RETROUVONS TOUS LES MEMBRES DE CETTE CASTE; FONCT.PUB.+ED NAT+UNIVERSITAIRES+TRANSPORTS. PITOYABLE ET CRIMINEL.

  • Par zouk - 09/03/2016 - 11:25 - Signaler un abus Manifestants

    Comme d'habitude, fonctionnaires assurés de l'emploi à vie et étudiants manipulés par ....d'abord leur leader, en quête d'un tremplin politique. Quant aux lycéens, c'est l'occasion d'un jour de vacance et de monôme. Mais le temps d'aujourd'hui s'y prête peu.

  • Par Jean-Benoist - 09/03/2016 - 13:37 - Signaler un abus Ce sont toujours les

    mêmes qui manifestent (fonctionnaires et lycéens) alors que la France a besoin d'être réformée pour retrouver son rang et sa compétitivité

  • Par GP13 - 09/03/2016 - 19:29 - Signaler un abus Le poids des racines paysannes des français

    La réforme du travail a son corollaire, la mobilité. Les français n'aiment pas la mobilité et tiennent cette caractéristique de leurs racines paysannes. Ils souhaitent rester dans leur entreprise comme le paysan sur sa terre. Certains vont jusqu'à vouloir faire interdire tout licenciement. Au fond , de nombreux français et même des jeunes rêvent encore de la tranquillité des travailleurs de l'ex RDA : Ils faisaient semblant de travailler, l’État faisait semblant de les payer, mais tous avaient la garantie de l'emploi. Parmi ceux qui n'ont pas cet état d'esprit, beaucoup préfèrent quitter la France. Nous avons besoin d'une véritable révolution et d 'abord culturelle.....

  • Par vangog - 09/03/2016 - 19:29 - Signaler un abus Les conservateurs gauchistes sont dans la rue...

    inversion historique totale!

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'ENA (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un DEA d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Hubert Landier

Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).

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