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Les Français, les riches et l’argent : un rapport compliqué par la mondialisation

Selon un sondage Tilder-Opinionway pour LCI, le soutien à la réforme de l’ISF prévue dans le projet de budget est de seulement 29 %, tandis que 57% des sondés se prononcent contre la suppression de cet impôt.

Liaisons Dangereuses

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Les Français, les riches et l’argent : un rapport compliqué par la mondialisation

Atlantico : Que peut-on déduire du rapport qu'ont les Français avec l'argent ?

Aurélien Preud’Homme : Certains présentent le rapport des Français à l'argent comme complexé, à travers l'idée que parler de son salaire, de sa réussite ou de son patrimoine serait mieux acceptée dans les autres pays, notamment anglo-saxons.

Si c'est en partie vrai, la réalité est plus complexe : les Français ne rejettent pas systématiquement la réussite et reconnaissent qu'un artiste ou un entrepreneur ont le droit de bien gagner leur vie.

A une condition toutefois : s'ils le méritent. Une personne riche est perçue comme méritante si elle participe en retour à la richesse nationale, en faisant rayonner la culture française pour un artiste, en créant des emplois ou tout simplement en payant l'impôt pour un chef d'entreprise.

A partir du moment où ce pacte est rompu, où les riches ne semblent plus participer à l'effort national, alors la richesse est beaucoup moins acceptée. On peut comprendre en ce sens la popularité de la mesure de François Hollande de taxer à 80 % les plus hauts revenus en 2012 : à cette époque, l'actualité économique faisait la part belle aux excès de la finance, aux exils fiscaux, aux licenciements et à la hausse des inégalités... Il était alors difficile de défendre les plus grandes fortunes, et c'est d'ailleurs une des raisons de l'échec de Nicolas Sarkozy, devenu au fil du quinquennat le "Président des riches", largement alimenté par l'affaire Bettencourt, le Yacht de Bolloré et le bouclier fiscal. Des symboles qui devenaient d'autant plus insupportables que la France sombrait dans la crise.

Plus que la richesse, ce qui est davantage rejeté est une certaine conception de l'argent : l'argent comme seule mesure de la réussite personnelle, l'argent ostentatoire : les yachts, les produits de luxe, les propriétés somptueuses... On passe à ce moment pour beaucoup de la richesse à l'oligarchie. Et l'imaginaire républicain des Français reste très opposé à tout ce qui rappelle la noblesse d'ancien régime, les rentes, les fortunes qui n'ont rien fait d'autre qu'hériter sans mérite personnel.

Comment le rapport qu'on les Français vis-à-vis de l'argent des riches et de l'ISF a évolué depuis 1989 date de création de l'ISF ?

Le rapport des Français à l'argent n'a sans doute pas beaucoup évolué depuis une trentaine d'années et la création de l'ISF, ce qui a changé en revanche c'est la conjoncture économique et la perception des grandes fortunes et des inégalités, plus que de l'argent.

Le rejet du "mur de l'argent" est d'ailleurs une vieille rengaine politique, très efficace : Mitterrand a rassemblé la gauche en s'opposant à "l'argent qui corrompt, l'argent qui achète, l'argent qui écrase", Hollande en se déclarant l'ennemi de la finance... Si ces déclarations ont rarement été suivies d'effet, elles sont encore des mots d'ordre populaires, qui parlent profondément à l'idéal égalitaire des Français, même si ceux-ci peuvent tout autant être convaincus par un discours ventant le mérite des grandes fortunes, comme l'a fait Nicolas Sarkozy en 2007 et dans une moindre mesure Emmanuel Macron en 2017. Tout dépend encore de comment est présentée la richesse : si celle-ci est perçue comme une rente, une caste qui gouverne, et surtout si elle semble avoir un impact négatif sur le plan économique et social, alors elle est totalement déconsidérée. En revanche peu de gens remettent en cause le mérite d'un patron parti de rien et qui par son travail arrive à créer une très grande entreprise. Sauf bien sûr si celui-ci à quelque chose à se reprocher sur le plan social, ou en cas d'exil fiscal.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 04/10/2017 - 14:46 - Signaler un abus Tout le monde aime l'argent...

    mais les anglo-saxons, de culture plus spécifiquement protestante, l'ont accepté comme un moyen nécessaire et vital, depuis Luther. Les sudistes, paralysés par un vieux fond de catholicisme culpabilisant (voir le pape gauchiste...) restent scotchés dans cette hypocrisie qui les empêche de progresser. La gauche française a cultivé ce vieux fond de sauce catho-jésuitique, car cela confortait son combat anti-capitalisme...la France gauchiste est engluée dans le passé. Le Front National lui propose de se libérer de ses chaînes...mais les Français sont un peu maso...

  • Par arnaudfff - 04/10/2017 - 15:24 - Signaler un abus Mitterand

    C'est assez étonnant que l'on n'est pas encore fait table rase de l'héritage absolument dévastateur de l'ère mitérandienne : l'ISF qui a fait fuir les plus riches, la retraite à 60 ans utopie particulèrement couteuse, la bac pour tous autre utopie mensongère qui n'a fait que provoquer la baisse des capacités et du niveau des élèves et crééer une inadéquation entre les jeunes et le marché du travail....j'en oublie surement. A propos de l'ISF on oublie de dire que la France est le seul pays au monde à avoir cet impot !!

  • Par ajm - 06/10/2017 - 13:55 - Signaler un abus Capitalisme sans capitalistes.

    On accepte péniblement le capitalisme en France faute de concurrents crédibles, toutes les variétés de vrai socialisme ayant été des desastres humains et economiques , mais pas les capitalistes ce qui, evidemment, est incompatible.

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Aurélien Preud’homme

Aurélien Preud'homme est directeur des études à l'institut Viavoice, spécialisé notamment sur les analyses politiques, économiques et liées aux évolutions de société.

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