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A choisir, près de sept Français sur dix préfèrent la peine d’indignité nationale à la déchéance de nationalité : les intéressantes leçons d’un sondage

Alors que les politiques s'écharpent sur la question de la déchéance de la nationalité pour les individus condamnés pour terrorisme, les Français sont tout aussi favorables à une peine d'indignité nationale, selon un sondage Elabe exclusif pour Atlantico.

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A choisir, près de sept Français sur dix préfèrent la peine d’indignité nationale à la déchéance de nationalité : les intéressantes leçons d’un sondage

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Atlantico : Sept Français sur dix déclarent dans préférer à la déchéance de la nationalité une peine d'indignité nationale, dans un sondage Elabe pour Atlantico. Pourtant, un certain nombre de représentants politiques, se basant sur d'autres sondages avaient assuré que la déchéance était plébiscitée par les Français. Dans quelle mesure ce résultat pourrait-il remettre en cause cette idée ? Quel est l'intérêt réel des Français pour ce sujet ?

Yves-Marie Cann : L’adhésion des Français au principe de la déchéance de nationalité pour les binationaux condamnés pour un crime constituant un acte terroriste atteint un niveau élevé puisque 84% des personnes interrogées par Elabe pour Atlantico affirment être "tout à fait favorable" (58%) ou "plutôt favorable" (26%) à cette mesure. Ce résultat apparaît d’autant plus remarquable qu’il évolue peu par rapport à la même question déjà posée fin décembre (86% d’adhésion). Il témoigne par conséquent d’une opinion publique qui, au moins en apparence, n’a pas été ébranlée par le vif débat, notamment à gauche, qui a suivi l’annonce de cette mesure par l’exécutif dans le cadre de la future réforme constitutionnelle.

Toutefois, ces dernières semaines ont aussi été marquées par l’émergence d’une contre-proposition, à savoir le rétablissement d’une peine d’indignité nationale pouvant s’appliquer à tous les Français condamnés pour un crime terroriste, qu’ils soient binationaux ou pas. Or il s’avère que cette perspective séduit les Français : 80% des personnes interrogées se disent favorables à ce que cette mesure remplace la déchéance de nationalité proposée par l’exécutif, 47% allant même jusqu’à répondre "tout fait favorable". Et lorsque l’on demande aux sondés d’arbitrer dans une troisième question entre la déchéance de nationalité ne pouvant s’appliquer qu’aux binationaux et l’indignité pouvant s’appliquer à tous, là aussi une majorité se dégage nettement en faveur de cette nouvelle proposition, à hauteur de 69% contre "seulement" 29% pour la déchéance de nationalité.

De toute évidence, si les Français se montrent toujours très attachés à l’adoption d’une mesure avant tout présentée comme symbolique, et assumée comme telle par l’exécutif, ils se révèlent sensibles à l’argument de l’inégalité induite par la déchéance de nationalité ne pouvant s’appliquer qu’aux binationaux. Dès lors, la perspective d’une peine d’indignité nationale bénéficie d’un accueil particulièrement favorable.

Yves Roucaute : Les deux sondages disent à mon avis la même chose : en vérité, les Français ne savent pas très bien ce que signifie réellement l'indignité, ni une privation de nationalité, ce qu'ils veulent ce sont des sanctions.

Si les politiciens font la différence, les Français ne les font pas. Nous sommes dans une situation où les élites politiques ne sont clairement pas à la hauteur des enjeux. La question est d'arriver à neutraliser ceux qui partent pour combattre la France, ou ceux qui le font sur le territoire national. Ce qu'ils veulent, c'est en finir avec ces gens-là. Si la question avait été de se prononcer sur des peines à vie, les résultats auraient été les mêmes, 80% auraient dit oui. Pourquoi ? Pour une raison simple : dans l'esprit des Français, il n'est plus question de Français à partir du moment où ce sont des ennemis de la France.

En 14-18, lorsque les soldats désertaient, ils étaient fusillés. Imaginez ce que cela aurait été si non seulement ces derniers avaient déserté, mais qu'en plus ils étaient passé dans le  camp d'en face ? C'est exactement ce qui se passe.

Où la question de notre conflit est une question sérieuse, ou elle ne l'est pas, il faut que le Gouvernement arrête d'en parler. Si elle l'est, alors ceux qui nous combattent doivent être neutralisés, et c'est ce que les Français veulent. Il est même incompréhensible que l'on ait pu imaginer arrêter ce processus avec ce type de peine… On ne peut imaginer que les Français croient en l'efficacité de ces deux mesures. Quelles que soient les peines proposées dans un sondage, il y aurait la même proportion de réponse.

Les Français veulent que l'Etat préserve la sécurité du pays et des citoyens, et ne comprennent pas pourquoi sont évoqués des arguments juridiques pour résoudre la question.

 
Commentaires

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  • Par evy - 20/01/2016 - 10:43 - Signaler un abus Les français s'en moquent

    Ils veulent avoir la paix , se débarrasser des islamistes, avoir une politique de création d'emplois. avoir une vision claire de l'avenir pour leurs enfants, arrêter les sondages chez les bobos, voir la France au-delà de périphérique etc...

  • Par zouk - 20/01/2016 - 12:56 - Signaler un abus Déchéance de nationalité/indignité nationale

    Croit-on que l'une ou l'autre serait réellement dissuasive dans un mone où il est si facile de se procurer un faux passeport et de se déplacer sans être repéré? Je ne le crois pas et rêve de services de renseignement/sécurité dotés des moyens nécessaires, sachant toutefois que nous n'atteindrons jamais l'efficacité totale.

  • Par J'accuse - 20/01/2016 - 15:29 - Signaler un abus Déchéance internationale

    Ce n'est pas un débat franco-français qu'il faut avoir, mais à l'ONU. Ceux qui perpétuent des massacres (et s'en sortent vivants) et ceux qui les commanditent, doivent être déchus de toute nationalité et de tout droit civique, pourchassés partout dans le monde, et remis à la justice du pays où les attentats ont été commis. Cette règle doit être inscrite dans la Charte de l'ONU, et les pays qui ne la respectent pas doivent être exclus de la communauté internationale.

  • Par Jean-Benoist - 20/01/2016 - 16:38 - Signaler un abus Ceux qui massacrent

    nos concitoyens ne méritent pas la nationalité française..Alors déchéance prison et on passe à autre chose, la sécurité l'éducation, le chômage

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Yves-Marie Cann

Yves-Marie Cann est politologue, spécialiste de l’Opinion publique. Il a dirigé les études d'opinion (Politique, société et affaires publiques) au sein de l'Institut CSA. Il est désormais Directeur des études politiques chez Elabe, cabinet d'études et de conseil.Twitter : @yvesmariecann

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Yves Roucaute

Yves Roucaute est philosophe. Agrégé de philosophie et de sciences politiques, il enseigne à la faculté de droit de l’université de Paris-X.

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