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Pourquoi l'idée de François Hollande sur les régions va dans le mauvais sens

François Hollande a annoncé mardi sa volonté de réduire le nombre de régions et de rapprocher les collectivités territoriales.

Le Nettoyeur

Publié le

La décentralisation est un serpent de mer dans nos débats politiques. Jamais faite, toujours à refaire. Depuis les lois Defferre, elle a été refaite de nombreuses fois. Maintenant, François Hollande a son idée : fusionner les régions. Ces régions auraient aussi des prérogatives renforcées, et les départements seraient maintenus, sauf dans les métropoles.

C'est une idée qu'on entend aussi parfois à droite.

Sur les métropoles, le président a raison : la ville est l'échelon d'organisation local du 21ème siècle, et il faut lui donner les bonnes structures.

Mais sur la fusion des régions, il fait fausse route.

Dans cette idée qu'on voit souvent revenir, il y a des erreurs fondamentales.

Premièrement, une erreur liée à l'histoire et la culture françaises. Les décentralisateurs de tout bord veulent faire des grandes régions puissantes en France parce que c'est ce qu'il y a chez tous nos voisins. Le seul problème est que ces voisins ont une histoire complètement différente de la nôtre. Ces Etats ont été centralisés, voire même constitués, très tard. La région est, historiquement, le mode d'organisation prééminent. En France, depuis les Capétiens, l'Etat s'est construit par la centralisation et par l’affaiblissement des régions. Ca ne veut pas dire qu'il ne faut pas décentraliser, mais qu'il faut le faire différemment.

Deuxièmement, une erreur liée au fonctionnement de l'administration. L'erreur est la suivante : on prétend qu'en fusionnant des administrations on fera “des économies d'échelle” et qu'on simplifiera l'administration en évitant les doublons. C'est pour ça qu'on a fusionné l'Anvar et la BDPME pour faire Oséo, l'ANPE et les Assedic pour faire Pôle emploi, et d'autres encore. Le problème c'est que ça ne marche pas. Pour deux raisons. La première est que dans un système de services—qui est, essentiellement, ce qui constitue le service public—il y a très peu d'économies d'échelles, et donc on fait au final peu d'économies. L'Etat n'est pas un grand minier qui a besoin de répandre des investissements en capitaux sur plus de produits, ou un grand distributeur qui a besoin de négocier avec des fournisseurs. Si on a besoin d'un nombre X d'assistantes sociales, le fait qu'on fusionnera diverses administrations ne changera pas ce besoin, et les éventuels doublons supprimés ne changeront que peu l'équation. L'autre problème est que les fusions—dans toutes les organisations—créent beaucoup de problèmes d'organisation, et dans le service public c'est parfaitement vrai. Pourquoi ? Parce que dans toute organisation, la plus grande partie des connaissances utilisées est implicite au lieu d'être explicite, et l'organisation qui a évoluée en pratique pour remplir les missions n'est pas résumée par l'organigramme. Lorsqu'on bouleverse ces organigrammes, on fait partir beaucoup de cette connaissance implicite, sans s'en rendre compte. Ca ne veut pas dire qu'il ne faut rien réformer, mais que souvent les fusions créent plus de problèmes qu'elles n'en résolvent.

Troisièmement, et enfin, parce qu'une telle proposition revient en pratique a faire du colbertisme à petite échelle. Vouloir renforcer les régions pour faire des économies d'échelle et de la simplification administrative, c'est un langage qui semble inspiré du monde de l'économie. Mais en réalité c'est une mécompréhension de l'économie. Les entreprises ne fonctionnent pas parce qu'elles seraient “simples” ou feraient des économies d'échelle. Le système de marché fonctionne parce que c'est un système décentralisé de communication et de coordination. Le monde est complexe, et pour arriver à construire des choses qui marchent, il faut faire des expériences et tenter des choses, parce que personne ne peut savoir a priori comment les choses marchent. Pour avancer le plus vite, il faut donc faire le plus d'expérimentation possible. Les systèmes de marché créent plus de valeur que les systèmes centralisés parce que dans un marché l'expérimentation est décentralisée et donc il y en a beaucoup plus, plus vite.

C'est pareil avec les régions. En fusionnant les régions, on réduit la quantité d'expérimentation possible. On fait du colbertisme à échelle locale. Ce qu'il faut faire, au contraire, c'est donner du pouvoir aux échelons les plus proches des citoyens, pour créer autant de points d'expérimentation possibles. En clair : les communes, les métropoles, et subsidiairement les départements. Pas les régions, et certainement pas des régions fusionnées.

Mais la mentalité française, de gauche comme de droite, est toujours centralisatrice.

 
Commentaires

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  • Par la saucisse intello - 24/01/2014 - 18:57 - Signaler un abus Je l'ai bien regardé...........

    (pénible cuisine croyez-moi !). Vous vous moquez tous de ses manches qui seraient selon vous de longueur différente. Grosse erreur ! Enorme erreur ! En fait, ses manches de veste et de chemise sont exactement à la bonne longueur. Seulement voilà, la nature l'a gratifié (entre autres stigmates !) d'une épaule plus haute que l'autre. Un peu comme une 2 cv sur laquelle une goupille avant de suspension aurait laché ! Du coup, tout le poids s'en va du même côté, on dirait que la dedeuch roule sur la jante ! Eh bien le gros, c'est pareil. Et je ne connais pas de carrossier capable de passer "ça" au marbre !

  • Par Stef - 24/01/2014 - 20:25 - Signaler un abus et pourtant

    il a fait du droit

  • Par yavekapa - 24/01/2014 - 20:50 - Signaler un abus il n'y a pas à se poser de questions

    avec lui, tout va dans le mauvais sens, parce que son cerveau, ou cette noisette qui lui sert de cerveau, est branché à l'envers !

  • Par Gilles - 25/01/2014 - 09:29 - Signaler un abus Normal ?

    2 départements pour la Corse, deux régions pour la Normandie ?

  • Par GBCKT - 25/01/2014 - 10:52 - Signaler un abus Cela va faire bientôt un demi-siècle que nous savons pourquoi

    nos administrations ont des difficultés à produire: - le juge régulateur du secteur marchand c'est le profit. Pas de profit plus de boulot. -Dans l'administration le régulateur c'est le contrôle à priori procédures, à postériori contrôle de régularité très secondairement du résultat.Le contrôle est déficient, ce n'est pas gratifiant et le résultat à évaluer est dans l'administration plus qualitatif que quantitatif ( arbitraire possible, méconnaissance de la chose évaluée, moyens consacrés) Ont été développées depuis la nuit des temps, les précautions préalables (parapluie),et à postériori ont organisé l'irresponsabilité quant au résultat. Ce qui n'exclue pas que certains agents se sentent investis d'une mission et en souffrent. (Voir éducation Nationale). Les contrôles de la cours des comptes assez souvent critiqués à juste titre sont un indice fort. La réforme de l'état ne se fera pas par des mesurettes et en étant plus volontariste que ce qui se dessine compter au minimum une demi-vie budgétaire de fonctionnaire soit 30 ans. C'est une course contre la montre avant que le chaos nous l'impose.

  • Par Vinas Veritas - 26/01/2014 - 10:33 - Signaler un abus Economiste litteraire

    Les Français (et beaucoup d'autres) en ont ras la casquette de lire à longueur de papiers des économistes littéraires qui se complaisent à noircir leurs feuilles d’inepties savantes. . La biologie a résolu depuis longtemps les difficultés de l’économie, les animaux ne se sont pas posé de question, c’est une question de survie. La vie récompense celui qui applique la recette, la mort récompense celui qui y déroge. Les groupes, les sociétés sont au même niveau avec les conséquences identiques. L’enseignement de l’économie se devrait fendre d’une révolution en mettant au préalable une solide étude de la biologie.

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Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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