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Noël est-il bon pour l'économie ? Pourquoi la réponse à cette question détermine toute votre philosophie économique

Noël, c'est une poussée très forte de la consommation. Mais pour un non-keynésien, ce genre d'activité détruit de la richesse : comptablement, on a peut-être créé des emplois et de la croissance, mais pour produire des choses dont les gens ne veulent pas.

Le Nettoyeur

Publié le

Pour le “stakhanoviste” le but de l'activité économique c'est l'activité elle-même. Au fond, peu importe ce que les gens produisent, tant qu'ils produisent assez pour qu'il y ait des emplois. L'objectif de la consommation, c'est de faire “tourner la machine”. Si la machine ne tourne pas assez, il faut “remettre de l'essence”, faire dépenser les gens, et tant pis si on a des effets “fenêtres cassées” au passage, tant que tout le monde travaille. Noël est une bonne chose.

Pour le “créateur” le but de l'activité économique c'est de créer des choses utiles. Les gens collaborent entre eux pour créer des biens et des services qui améliorent la vie des gens.

Le marché n'est en réalité qu'un gigantesque système de transmission d'information et de coopération qui permet à la société, collectivement, de satisfaire ses besoins, dans un dialogue entre producteurs et consommateurs. La pire chose à faire est de gripper ce mécanisme - de créer des “fenêtres cassées” - parce qu'à chaque fenêtre cassée on détruit des ressources réelles et limitées qui auraient pu être utilisées pour satisfaire des vrais besoins. Noël est mauvais.

Pendant la Grande dépression, Keynes avait recommandé (sous forme de boutade) que les Etats recrutent tous les chômeurs pour leur faire creuser des trous dans le sol et puis les boucher. On arriverait ainsi au plein emploi. Pour un non-keynésien, autant s'immoler par le feu : il lui semble évident que si on emploie tous ces gens à boucher des trous on les empêche d'avoir des emplois plus productifs et créateurs, et donc on appauvrit la société.

Alors, qui a raison ? Est-ce que Noël est bon ou mauvais ?

Si je pouvais vous le dire avec certitude, je serais en train de rédiger mon discours d'acceptation du Prix Nobel d'économie...

Mais voici mon intuition : sur le court terme, les keynésiens ont raison. Effectivement, d'une année sur l'autre, l'économie n'est que la somme de la dépense de tout le monde, et si on crée plus de dépenses, on crée plus d'activité et de prospérité. C'est mathématique. Mais sur le long terme, les keynésiens ont tort : ce qui fait qu'aujourd'hui nous nous déplaçons en voiture et pas à cheval ce n'est pas que les gens se sont mis à consommer plus au début du XXe siècle ; c'est qu'on a inventé la voiture. C'est ce mécanisme créatif qui fait la valeur de l'économie de marché. Ce qui fait la valeur de l'économie de marché ce n'est pas qu'elle peut (peut-être...) vous permettre d'avoir deux chevaux au lieu d'un ; c'est qu'elle va remplacer votre cheval par une voiture.

Keynes, plus que ses disciples, le comprenait d'ailleurs parfaitement. Il savait parfaitement que, sur le long terme, employer des gens à boucher des trous est une mauvaise idée. Mais, “sur le long terme nous sommes tous morts”. Ca ne veut pas dire qu'il ne faut pas se préoccuper du long terme. Ca veut simplement dire que le mécanisme créatif qu'il connaissait parfaitement ne fonctionne pas non plus si on a du chômage de masse, et que résorber le chômage de masse vaut bien une fenêtre cassée ou deux. Et en cela, il avait certainement bien raison.

Alors, Noël ? Bon ou pas bon ?

Peut être que la meilleure réponse n'est pas tant économique que culturelle. On l'a vu, l'économie fonctionne par ce mécanisme mystérieux de coordination entre des millions de gens. Or, ce système ne fonctionne pas seulement pour des raisons économiques. Pour qu'une économie de marché fonctionne, il faut un minimum de substrat culturel ; il faut pouvoir coopérer avec les gens sans avoir peur en permanence qu'ils vous arnaquent ; il faut avoir une assurance raisonnable que les contrats seront honorés (s'il fallait un procès pour faire appliquer chaque contrat, on retournerait illico à l'âge de pierre).

Peut-être qu'une grande célébration collective, où nous retournons auprès de nos familles, où nous apprenons à nous apprécier les uns les autres, à nous faire des cadeaux, et peut-être même à penser aux moins fortunés, renforce chez nous cette capacité de coopérer qui sous-tend l'économie de marché.

Si c'est le cas, Noël est encore meilleur pour l'économie que ne le soupçonnent les keynésiens...

 
Commentaires

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  • Par ignace - 27/12/2013 - 17:51 - Signaler un abus article interessant.....

    une remarque tout de même : penser aux moins fortunés uniquement pour Noël!!!!!, il est vrai que la miséré ne frappe que le 25 décembre...le mot moins fortunés est très "propret" (non voyant au lieu aveugle ou technicien d surface au lieu balayeur) pourquoi pas utiliser les mots réels tels que, pauvres, miséreux, laissés pour compte...c'est moins poétique ? "et peut-être même à penser aux moins fortunés, renforce chez nous cette capacité de coopérer qui sous-tend l'économie de marché." penser aux moins fortunés uniquement pour Noël!!!!!, il est vrai que la miséré ne frappe que le 25 décembre

  • Par coucou.cmoi35 - 28/12/2013 - 02:40 - Signaler un abus Salaud de Nettoyeur , tu m'a d'abord piqué mon vieux pseudo...

    ...et maintenant vous me piquez mes idées. 100% d'accord sur Bastiat, Keynes et Noël. Je suis tellement en ligne avec cette école de pensée que je n'ai rien acheté à personne cette année. Perdre son temps et sa santé pour offrir des conneries inutiles est à mon sens le pire des gachis. La dernière partie sur l'utilité sociale de Noël, comme un gigantesque potlache, n'est pas inintéressante non plus. Ça ne me fera pas changer d'avis sur cette fête qui me gonfle et que mes enfants aiment tant et pour cause, mais globalement vous tenez quelque chose. Sinon pour Keynes et Bastiat, évidemment que Bastiat à raison. C'est l'histoire éternelle de la cigale et de la fourmi, d'investir en consommant plutôt que consommer son épargne. Pas besoin de Nobel pour saisir ça. La main invisible n'est pas la main magique.

  • Par jean-claude.L - 28/12/2013 - 11:38 - Signaler un abus Merci pour ce clin d'oeil, Nettoyeur

    Bien sûr que l'économie en a besoin à court terme. Notre Économie n'est pas en équilibre (statique) comme une table, elle est en équilibre (dynamiques) comme un vélo. Par construction elle a besoin de vitesse (de croissance) pour s'équilibrer. Alors oui, les fêtes de Noël sont bien-venues pour lui donner une petite poussée pour passer la ligne du 31 décembre. Bien sûr, à plus long terme... on aura ajouté un peu plus de poids sur le vélo, et la prochaine poussée devra être un peu plus forte. Jusqu'au jour où l'on ne pourra pas passer la bosse, et le vélo s'arrêtera, et...

  • Par titine - 30/12/2013 - 22:31 - Signaler un abus Noël

    mon cher n'est bon que pour le palet.

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Pascal-Emmanuel Gobry

Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.

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