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Siri, c’est fini: les chatbots, ces programmes qui seront vraiment capables d’avoir des conversations avec les êtres humains

De nombreuses grosses entreprises comme Facebook et Microsoft commencent à miser sur les "chatbots", des programmes informatiques susceptibles de mener des conversations orales ou écrites en temps réel. Ces programmes, dont le développement avance à pas de géants, sont cependant encore loin des standards de science-fiction, mais offrent une infinité de possibilités dans de nombreux domaines.

On n'arrête pas le progrès

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Siri, c’est fini: les chatbots, ces programmes qui seront vraiment capables d’avoir des conversations avec les êtres humains

Atlantico : De nombreuses grosses entreprises (Facebook, Microsoft, etc…) commencent à miser sur les "chatbots", des programmes informatiques susceptibles de mener des conversations orales ou écrites en temps réel. Comment cette technologie fonctionne-t-elle exactement, et en quoi constitue-t-elle une avancée par rapport aux systèmes actuels ?

Christophe Bénavent : Elles ne commencent pas que maintenant, mais le font depuis longtemps. Souvenons-nous de Clippy de Microsoft Office qui a été introduit avec la version 97! Ce qu'on appelle "chatbots" est étudié depuis des année sous le terme d'AVI (Agent virtuel interactif) ou d'agent conversationnel, et l'on trouve des centaines d'études à leur propos.

Dans le domaine commercial, il y en a des centaines et chaque année depuis 2011, sur une idée de Thierry Spencer, les étudiants du Master Marketing de l'Université Paris Ouest décernent le prix du meilleur agent dans le domaine de la relation client, sous le titre de Miss et Mister. Cette année, c'est Thomas de Natixis qui a été récompensé.

Ils le font en testant chaque année les candidats selon un protocole particulier qui évalue leur performance relative. Trente-neuf candidats ont été évalués en 2016. Ces agents sont composés de deux éléments : un avatar et une "intelligence". L'avatar est ce qui donne une qualité sociale à l'agent conversationnel ; sa forme est un objet d'étude : doit-il être fortement anthropocentrique ? La réponse est non, il doit l'être suffisamment pour générer une familiarité, mais pas excessivement pour éviter un rejet ( c'est l'hypothèse classique de la Uncanny Valley en robotique). Sa forme n'échappe pas aux déterminismes sociaux, notamment les rôles et stéréotype de genre ; c'est ainsi que, dans ce domaine particulier, on leur donne de manière dominante un aspect et une personnalité féminine. Leur utilisation dépend de trois grands facteurs classiques : leur performance et leur utilité ; leur facilité d'utilisation qui est plus grande que des systèmes abstraits de recherche et de filtrage de l'information sur les sites web ; et enfin leur jouabilité (les consommateurs n'hésitent pas à les provoquer, les titiller, pour évaluer leur intelligence).

Nos propres travaux montrent que leur performance dépend d'un jugement d'humanité qui se constitue de trois facteurs : sont-il intelligents (au sens de Turing finalement) ? Sont-ils bienveillants ? Sont-ils attractifs ? A vrai dire, leur performance dépend de la nature de la tâche. Ils sont très bons pour orienter les utilisateurs au sein d’un site en fonction de questions simples, et sont, de ce point de vue, de bons substituts aux moteurs de recherche. Mais en réalité leur "intelligence" a jusqu'alors été assez limitée et leur capacité conversationnelle peu étendue. Cependant, les choses sont en train de changer, car les technologies qui constituent leur intelligence évoluent très rapidement. Aux méthodes d'intelligence artificielle fondées sur l'extraction de contenu sémantique (en réalité lexicale) et de moteurs d'inférences (des moteurs logiques qui dérivent de règles des réponses) s'ajoutent aujourd'hui des techniques issues d'un courant de l'IA, popularisées sous le terme de Deep Learning. Ces techniques ont une origine ancienne, celle des réseaux de neurones (dont le premier exemple est le perceptron proposé par Rosenblatt en 1957), populaires dans les années 1990, abandonnés ensuite, mais qui connaissent un regain d'intérêt depuis 2006-2007 avec les travaux de Geoffrey Hinton, de Yoshua Bengo, et de Yan le Cun.

Ces chercheurs ont trouvé des méthodes pour donner aux réseaux de neurones constitués de nombreuses couches - mais instables - la possibilité d'être stables, en faisant précéder leur apprentissage supervisé, par des phases d'apprentissage non supervisés partiels ( couche par couche). Depuis, une explosion de recherches est enregistrée, aboutissant à des propositions d'architectures nouvelles et complexes, ouvrant un champ nouveau pour résoudre des problèmes de reconnaissance d'objets dans les images fixes et vidéo, dans le traitement automatique du langage naturel, et même dans la composition musicale. Les chatbots sont un domaine particulier et spécifique d'application. On recommande au lecteur de suivre le cours de Yan Le Cun, qui dirige à Paris la recherche sur l'IA de Facebook, sur le site du Collège de France.

Ces technologies bénéficient, de plus, de l'accroissement des capacités de calculs des machines actuelles et surtout de masse de données considérables. Pensons au volume incroyable du corpus textuel constitué par Google en enregistrant nos recherches, et surtout en numérisant les bibliothèques du monde entier, à la gigantesque bibliothèque de photo de Facebook ou de Flickr. Ces corpus permettent d'entraîner des outils de machine-learning, prêts à apprendre les choses les plus rares, et donc à s'approcher d'un langage naturel. Voilà qui donne un nouvelle élan à des applications anciennes. Bref, il n'y a pas de révolution, ou de nouveauté, mais clairement ce qu'on peut qualifier de saut évolutif dans la capacité des machines à dialoguer avec les humains.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 06/06/2016 - 10:02 - Signaler un abus Chatbox

    Quel beau moyen d'introduire discrètement n'importe quelle idéologie aussi néfaste soit-elle comme le "post-humanisme". Quel danger!

  • Par J'accuse - 06/06/2016 - 10:28 - Signaler un abus Utile, vraiment ?

    Je n'ai aucune envie de converser avec une machine. Qui plus est, la parole est souvent complexe et équivoque, alors qu'appuyer sur un bouton est simple, rapide et sans ambiguïté : par exemple, je préfère changer de chaîne ou couper le son avec une télécommande plutôt qu'en engageant une conversation avec ma télé ! J'ai le sentiment que c'est surtout par défi technologique ou visée lucrative (ou les deux) qu'on investit beaucoup dans ce domaine, sans que la demande et les besoins soient à la hauteur de ce qu'on prétend.

  • Par clint - 06/06/2016 - 13:23 - Signaler un abus Un article provoquant pour les lecteurs d'Atlantico !

    Sûr, ça dérange et c'est tellement loin de l'esprit conservateur (de l'extrême gauche à l' extrême droite, bien qu'on ne les différentie quasiment plus !), mais c'est le monde de très bientôt, du moins pour les pays qui n'ont pas peur de la mondialisation. Mais avec un franc dévalué, rassurez vous on n'est pas prêt de s'en payer ! Espérons que ce conservatisme ne force pas tous nos jeunes, dans leur époque, à quitter la France des Philippot/Marinez/Mélanchon and co !

  • Par cloette - 06/06/2016 - 16:52 - Signaler un abus Ces robots qui parlent

    Garderont les petits enfants dans les crèches et garderies , ainsi que les vieillards dans les maisons de retraite . Pour ceux ci passe encore ( surdité sert à ne pas entendre ) , mais ces pauvres petits choux , humanité de demain !!!

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Christophe Benavent

Professeur à Paris Ouest, Christophe Benavent enseigne la stratégie et le marketing. Il dirige le Master Marketing opérationnel international.

Il est directeur du pôle digital de l'ObSoCo.

Il dirige l'Ecole doctorale Economie, Organisation et Société de Nanterre, ainsi que le Master Management des organisations et des politiques publiques.

 

Le dernier ouvrage de Christophe Benavent, Plateformes - Sites collaboratifs, marketplaces, réseaux sociaux : comment ils influencent nos Choix, est paru en mai  2016 (FYP editions). 

 

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