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Drones militaires : le témoignage d'un pilote de drones

Le recours aux drones est contesté par les organisations des droits de l'homme depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Une radio canadienne a diffusé le témoignage d'un ancien pilote à distance de drones militaires.

La minute Tech

Publié le - Mis à jour le 3 Avril 2013
Drones militaires : le témoignage d'un pilote de drones

Le recours aux drones est contesté par les organisations des droits de l'homme depuis plusieurs années aux Etats-Unis. Crédit Reuters

Les drones, créés pour les armées afin de surveiller et tuer à distance sans risquer la vie des soldats ou de commandos, se sont glissés subrepticement dans la vie civile, avec les drones de surveillance, des drones météo, voire même des drones à bricoler soi-même. Le gouvernement Obama les utilise beaucoup, au Yémen ou en Afghanistan, comme hier en Irak, mais reste très discret.

Les drones font peur, et depuis peu, un débat naît aux Etats-Unis sur le contrôle à exercer sur ces nouvelles armes qui font aussi des victimes parmi les civils.

Lancement d'un drone depuis un porte-avion de l'armée américaine, photo Official US Navy Imagery

On oublie le plus souvent que le drone militaire n'est pas programmé, que deux opérateurs le dirigent et appuient sur la mise à feu du missile, depuis parfois l'autre bout de la terre. On sait très peu de choses sur la façon dont ces pilotes à distance travaillent et ce qu'ils vivent, derrière une débauche de technologie militaire. L'un de ces opérateurs, qui a quitté l'armée américaine, a témoigné dans une émission de radio canadienne, CBC- Day 6. Des extraits de son témoignage. 

CBC : Vous travailliez dans un bunker de l'armée américaine, dirigeant des drones à l'autre bout du monde depuis le Nevada ou le Nouveau Mexique ; comment est ce lieu, pourriez-vous nous le décrire ? 

Brandon Bryant : C'est très sombre, la seule lumière vient des écrans, il y a en a 7 en face du pilote et 7 en face de l'opérateur des capteurs. (..) J'étais l'opérateur des capteurs. En bref, nous sommes le soutien du "pilote", pour tout ce qu'il fait, tout ce que le drone fait, je contrôle aussi la caméra du drone et je tire le rayon laser pour que le pilote puisse tirer le missile. (..)

- Le laser guide le missile, on ne peut pas tirer le missile sans le laser ?

- Oui.

- Vous regardiez la guerre toute la journée à travers ces écrans et un jour vous avez vu un attentat sur la route.

- C’était ma première mission (...) Ces gars allaient un peu contre le règlement qui veut qu'ils rentrent à la base avant l'aube, et ils ont fini des choses qu'ils avaient à faire et sont rentrés à la base depuis leur dernière étape. (...)

- Quel était votre job, pour surveiller ce convoi ?

- Quand le convoi rentre à la base, vous scannez la route (depuis le drone) pour être sûr qu'ils ne vont pas être victime d'un guet-apens, ou alors, comme en Irak, on scannait la route du convoi pour repérer des endroits où des explosifs pouvaient être enterrés ou bien les risques de guet-apens.

- Et vous avez vu quelque chose ?  

- Oui, nous avons vu un "œil".

- C'est quoi ? 

- Ils mettent le feu à un pneu, ils le placent sur la route pour rendre l'asphalte plus mou, et ils le retirent après, ça leur permet  d'enfoncer les explosifs dans l'asphalte, de les couvrir, et la différence de température entre le métal frais et l'asphalte chaud créé une forme d’œil sur la route (...) 

- Et vous l'avez vu ?

- Oui.

- Qu'avez -vous fait ?

- Rien, on ne pouvait rien faire, on ne pouvait pas avertir le convoi, leur radio était brouillée. Le premier véhicule est passé dessus et il ne s'est rien passé et on se préparait à reprendre le scan (de la route) quand  le deuxième véhicule est passé dessus et a explosé.

- Et vous avez vu ça sur l'écran ? C’était évident qu'il y avait des morts ?

- Oui. C'était ma première mission, vous réalisez que ce n'est pas un jeu, c'est la vraie vie, et que ce que nous faisons, ça va affecter de vraies personnes.

- Combien de gens sont morts ce jour-là ?

- Cinq. Et je ne voulais plus jamais revoir ça. Ça m'a changé. (...) J'ai travaillé plus dur pour devenir le meilleur, je n'étais pas le meilleur, mais tout près. 

 - Vous faisiez beaucoup de surveillance aussi ; les gens croient que vous utilisez toujours les drones comme des armes mais le plus souvent vous récoltez du renseignement. Vous arriviez à connaitre la vie quotidienne des gens que vous surveilliez ?

- C’était comme être un détective, pour comprendre les habitudes quotidiennes, il faut surveiller pendant des jours, des semaines, des mois, et vous connaissez leur vie quotidienne, leur café préféré, comment ils vivent avec leur famille, ou c'est quelqu'un qui va enterrer des explosifs, ou aller à un endroit qui a été frappé et revenir armé, on les voit vivre avec leurs mômes, et pour eux, qui qu'il soit, c'est leur père. (...)

Manifestation anti-drones aux Etats-Unis, photo Syracuse Peace Council

 
Commentaires

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  • Par jlbaty - 11/02/2013 - 09:32 - Signaler un abus On ne pouvait pas avertir le

    On ne pouvait pas avertir le convoi Il faut l ' inventer et il ne pouvait pas tirer sur la mine !!!

  • Par claudecourty - 11/02/2013 - 10:09 - Signaler un abus Escalade

    Il vaudrait certainement mieux laisser faire tranquillement ceux qui agissent au nom de quelles valeurs ? Dans une barbarie que rien ne peut raisonner, comme la preuve en est administrée quotidiennement partout dans le monde. A quand un vaccin contre terrorisme, comme contre la rage, dont il n'est après tout qu'une forme ?

  • Par alphadelta64 - 11/02/2013 - 10:38 - Signaler un abus et un obus ou un missile

    Je ne pense pas que ce soit plus risqué sur les civils qu'un obus tiré à l'aveugle ou un missile, ces drones c'est un faux problème, ne sauvent ils pas la vie des soldats? est ce qu'une guerre peut être propre? est ce que les civils ont toujours été protégés pendant les guerres ?? Non bien sure, alors ces drone qui sont guidés sont certainement le moins pire de la guerre.

  • Par l'enclume - 11/02/2013 - 10:40 - Signaler un abus Errare

    jlbaty - 11/02/2013 - 09:32 Vous n'avez rien compris, il s'agissait d'un drone d'observation, donc pas armé.

  • Par moerl16 - 11/02/2013 - 13:32 - Signaler un abus a Ednalloh

    bien d'accord avec votre propos ,la guerre n'est pas une partie de plaisir et on laisse ses états d'âme a la maison ,ou bien on change de métier ,les églises du monde entier cherchent soit des curés ,des pasteurs ou autres bonimenteurs patentés

  • Par LouisArmandCremet - 11/02/2013 - 14:44 - Signaler un abus Différence ?

    je ne vois pas trop la différence avec un missile tiré depuis un avion ou un bateau au large. Lors de la deuxième guerre du golfe, un militaire américain avait montré une séquence prise de la caméra d'un missile. Juste avant que celui ne percute et détruise un pont, une voiture était passée. Le militaire avait alors parlé "du type le plus chanceux de l'Irak" mais il y avait peut être des enfants dans cette voitue, on ne le sait pas. Les conflits ont toujours fait des victimes civiles non voulues, que ce soit avec des obus, des missiles ou des balles. Je ne dis pas que je le souhaite, bien au contraire, mais c'est la guerre. Et à la guerre il y a des morts, et des dommages collatéraux. C'est regrettable, c'est horrible mais ça a toujours été ainsi, drone ou avion de bombardement, une victime civile collatérale reste toujours aussi horrible !

  • Par walküre - 11/02/2013 - 15:58 - Signaler un abus Quelle différence

    entre un drone et un obus téléguidé ?

  • Par Roussinette - 12/02/2013 - 01:07 - Signaler un abus Bombardements aveugles ?

    Vous préféreriez des bombardements aveugles comme pendant la dernière guerre ou même au Vietnam ? Même dans notre monde de bisounours la guerre tue des gens ; mais beaucoup moins qu’avant. Alors, de grâce, épargnez-nous vos larmes de crocodiles honteux. C’est ça l’indécence.

  • Par Nespole - 14/02/2013 - 20:10 - Signaler un abus Guerre ou pas ?

    Me semble qu'on oublie un détail... Les drones interviennent dans des pays qui ne sont pas en guerre ! Dire que des civils meurent dans les guerres, c'est une évidence que les états d'âme d'un soldat ne peuvent masquer... les viets disent : "quand les buffles se battent ce sont les mouches qui meurent". Mais le pire de ces engins c'est qu'ils semblent légitimer les interventions hors des frontières des pays impliqués dans un conflit. Tuer dans ce contexte ça s'appelle un assassinat (politique). Tuer volontairement des civils s'appelle un crime de guerre et oui, n'en déplaise à un des internautes, les américains qui ont rasé indistinctement les villes allemandes pendant la guerre auraient dû être jugé. Idem pour les généraux qui ont théorisé le "cultural bombing". Les talibans n'ont rien inventé.

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