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La Commission européenne face au dilemme du logiciel Adblock : menaces sur la presse ou menaces sur la vie privée des internautes, quelles sont les pires?

Alors que de grands acteurs français de la presse en ligne ont lancé une campagne "anti-adblocks" afin de contrecarrer les mesures de contournement mises en place par les lecteurs, la Commission européenne s'est saisie du sujet considérant ces logiciels comme "une menace grave pour la vie privée des utilisateurs".

La minute tech

Publié le - Mis à jour le 26 Avril 2016
La Commission européenne face au dilemme du logiciel Adblock : menaces sur la presse ou menaces sur la vie privée des internautes, quelles sont les pires?

Atlantico : Comment fonctionne le système Adblock ?

H16 : Adblock fonctionne essentiellement sur deux techniques. La première consiste à bloquer les communications entre le serveur de publicités et le client (votre navigateur), et la seconde à cacher des éléments de la page qui répondent à certains critères (par exemple, qui font partie d'une classe reconnue comme étant publicitaire). Pour la première méthode, cela suppose d'avoir des listes à jour de régies publicitaires, des noms de serveurs qui envoient ces publicités.

Pour la seconde, là encore, cela nécessite de connaître les classes ou les scripts utilisés pour les objets publicitaires.

Frédéric Mouffle : Adblock est un plugin qui s’intègre dans le navigateur (Chrome, Firefox etc…). Il permet de détecter et d’identifier des encarts dits publicitaires ou des pop-ups s’ouvrant lorsque l’utilisateur surfe sur un site Internet. Quand le plugin ne bloque pas les publicités d’un site, l’utilisateur peut choisir de l’intégrer dans sa liste noire pour empêcher les publicités lorsque celles-ci sont trop intrusives ou à caractère pornographiques tant que le plugin est activé sur le navigateur. Il y a également le principe de liste blanche ou l'utilisateur peut choisir de permettre à un site d’afficher ses publicités. Il y a déjà une liste de sites assez connus qu’Adblock intègre automatiquement à cette liste.

Pourquoi subit-il les foudres de la Commission européenne ?

H16 : Concernant la réaction de la Commission européenne, il faut d'abord rappeler un peu le contexte. Dans un premier temps, les sites vivant de leur trafic le monnayent en présentant de la publicité, plus ou moins "invasive", sur le navigateur de l'internaute. Pour afficher ces publicités, des scripts et des cookies (petits morceaux de texte déposés sur le disque dur du client permettant au serveur de conserver des données d'une session de navigation à une autre) sont déposés chez l'internaute. Dans ce cadre, les autorités européennes ont imposé (via la directive ePrivacy 2002/58) que ceci soit fait avec le plein consentement de ce dernier. Ceci a entraîné l'apparition de messages, avec validation explicite de l'internaute, expliquant que des cookies sont utilisés ; ces messages permettent ainsi de l'informer de ce procédé.

Parallèlement, l'internaute moyen, probablement lassé par un nombre croissant de fenêtres publicitaires envahissantes, d'interruptions de sa lecture par des vidéos ou des images surgissant d'un peu partout, s'est rapidement doté de logiciels de blocage, dont Adblock, qui lui permettent de "nettoyer" ces messages apparaissant sur les pages où il navigue. Évidemment, un tel blocage se ressent directement au niveau des régies publicitaires qui, par ricochet, rétribuent beaucoup moins les sites annonceurs. La presse française, notamment, dépend (en plus de subventions étatiques) de la publicité pour une bonne part, et ces bloqueurs nuisent donc à leurs revenus. Ceci explique que, récemment, ces organes de presse française (dont Le Figaro, Voici, L’Équipe, Le Monde, ...) regroupés dans le GESTE ont placardé des messages de sensibilisation sur leurs sites, incitant l'internaute à désactiver leurs bloqueurs de publicité, et bloquant l'accès aux articles tant que ces Adblocks sont actifs.

C'est là que les choses deviennent techniques sur le plan juridique, puisque, du point de vue d'un consultant spécialisé "vie privée" - Alexander Hanff -  bientôt suivi par la Commission européenne elle-même, le fait de déclencher ces messages de sensibilisation impose un traitement et un recueil de données du côté de l'internaute, traitement et recueil qui n'ont pas reçu l'aval de ce dernier conformément à la directive citée plus haut.

Autrement dit, en première analyse et d'après l'article 5(3) de la directive ePrivacy 2002/58, l’utilisateur doit pouvoir s'opposer au déclenchement de ces scripts d'anti-blocage (ou de surblocage) tout en bénéficiant préalablement d’une information "claire et complète". La Commission cite aussi le point 65 de la directive 2009/136 qui explique clairement que ces "logiciels qui enregistrent les actions de l’utilisateur de manière clandestine ou corrompent le fonctionnement de son équipement terminal au profit d’un tiers (logiciels espions ou espiogiciels) constituent une menace grave pour la vie privée des utilisateurs" ; autrement dit, ce genre de scripts non-désirés par l'utilisateur ne sont pas conformes à ces deux points de droit.

Frédéric Mouffle : Tout d’abord, je dirai que tout les scénarios sont possibles mais je ne pense que le logiciel ait un intérêt à héberger des virus dans ses plugins. Il n’y a pas vraiment de preuves pour étayer cet argumentaire. On peut se poser la question du modèle économique d’Adblock car on ne peut pas exclure le fait qu’il agisse comme les autres sites, c’est-à-dire en collectant des données et en les revendant, si cela est avéré. Il n’y a pas tellement d’informations sur ce sujet mais il est possible que la collecte et la revente de petites quantités de données soient, avec les dons des utilisateurs, leur seul modèle économique étant donné qu’il s’agit d’un logiciel gratuit. Il semblerait néanmoins que certains sites internet aient payé pour être sur la liste blanche de Adblok.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 25/04/2016 - 12:23 - Signaler un abus Trop de pub tue la pub

    Ce n'est évidement pas le principe de la publicité qui gêne l'internaute, mais son agressivité. Lorsque la lecture d'une page, même lorsqu'on est un abonné payant, est fortement et fréquemment perturbée par des vidéos sonores et intempestives, la réaction de rejet est tout à fait normale. Sans parler du besoin en bande passante que ces vidéos exigent, et qui peuvent faire ralentir voire planter le navigateur. Ces rejets bien compréhensibles auraient même dû être anticipés par les sites et les annonceurs, au lieu de s'offusquer qu'on veuille s'en débarrasser, et vouloir que l'Europe légifère contre ces réactions légitimes: ils ont tout à perdre à s'opposer à leurs clients. Ils se servent des techniques d'aujourd'hui pour s'imposer aux consommateurs, en les contraignant à subir leurs pubs même s'ils ne veulent pas acheter leurs produits. Ce sont eux qui détruisent le modèle économique qu'ils prétendent défendre, et ils en accusent ceux qui tiennent à leur vie privée et à leur tranquillité ! L'internaute potentiellement consommateur ne fait qu'exiger le respect qui lui est dû, de la part de ceux qui vivent grâce à lui.

  • Par LouisArmandCremet - 25/04/2016 - 14:25 - Signaler un abus Pub

    Un plugin comme Adblock est né de la tendance à saturer de publicité les pages. SI les site web avaient adopté des pratiques moins invasives en matières de publicité (ie 30 sec de pub pour une vidéo de 20 secondes...), le besoin pour ce genre de logiciels ne se serait pas fait sentir. Nous sommes dans le cas d'une catégorie d'acteurs qui a poussé trop loin les choses pour gagner encore plus d'argent et qui s'étonne que les gens finissent par le contourner. Un peu comme l'industrie musicale qui payé, toute surprise, le fait d'avoir gardé trop longtemps des albums à des prix exagérés.

  • Par chegadiot - 26/04/2016 - 11:01 - Signaler un abus Fatigue des yeux et du cerveau

    Pour ma part, j'utilise ADBlock pour une raison principale: beaucoup de sites (dont d'ailleurs Atlantico) affichent les pubs en plein milieu du texte que l'on lit, de manière hachée et pub après pub: il y a de quoi nous rendre épileptique!

  • Par jurgio - 26/04/2016 - 13:55 - Signaler un abus La gavage des oies

    Plus on en met, plus ça rapporte ! C'est un problème sérieux. D'un autre côté, peut-on payer une obole pour tous les sites visités ? J'ai moi-même déjà à subventionner dans l'ensemble beaucoup de sites, voire, eu égard à mon budget, un peu trop. L'époque est tendue. Cependant, les sites d'information doivent survivre mais dans le même temps peuvent-ils entraver en permanence la curiosité des visiteurs sans risquer de se mettre en péril, en les repoussant et les dégoutant peu à peu ? La diffusion sur papier devient coûteuse et celle numérique semble suivre le même chemin. Ou, alors, s'abonner aux mêmes râteliers, c'est à dire aux mêmes avis, aux mêmes systèmes de pensée ? Ce sera bon probablement pour les lecteurs toujours satisfaits de Libération et autres remplisseurs de crânes préhominiens par la même soupe...

  • Par adroitetoutemaintenant - 27/04/2016 - 15:12 - Signaler un abus L'occasion fait le larron

    Le Figaro floute le texte quand on utilise un adblock. Plutôt que de me laisser emmerder par ces gauchistes, j'ai trouvé un autre journal en ligne, bien meilleur et de droite. Merci les cons du Figaro!!!

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H16

H16 tient le blog Hashtable.

Il tient à son anonymat. Tout juste sait-on, qu'à 37 ans, cet informaticien à l'humour acerbe habite en Belgique et travaille pour "une grosse boutique qui produit, gère et manipule beaucoup, beaucoup de documents".

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Frédéric Mouffle

Directeur du pôle investigations et sûreté informatique chez Ker-Meur. Formateur et conférencier sur les menaces émergentes liées aux nouvelles technologies, il intervient notamment à l'Ecole Européenne d'Intelligence Economique de Versailles

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