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Cinq ans après la première condamnation issue d'HADOPI, le bilan de la haute autorité laisse clairement à désirer

Avec 138 condamnations en cinq ans et cent millions d'euros investis, la loi contre le téléchargement illégal en France, Hadopi, est un fiasco. A tel point quelle pourrait bien être supprimée sous peu. L'occasion de revenir sur les raisons de cet échec.

Fiasco

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Cinq ans après la première condamnation issue d'HADOPI, le bilan de la haute autorité laisse clairement à désirer

Atlantico : Il y a quelques jours, la loi HADOPI "fêtait" les 5 ans de sa première condamnation pour téléchargement illégal. La personne qui comparaissait s'était vu infliger une amende de 150 euros. Cinq années, 138 condamnations et près de 100 millions d'euros investis par l'Etat plus tard, que penser de l'accusation largement répandue qui consiste à dire que la HADOPI est un énorme gâchis d'argent public ? Les choses sont-elles à nuancer en misant sur, par exemple, la potentielle dissuasion qu'aurait permis la Haute Autorité ?

Antoine Chéron : Le bilan de l’HADOPI est mitigé. Peu d’éléments permettent de nous dire, à ce jour, qu’il y a eu des impacts positifs de l’HADOPI sur la mentalité des internautes. L’inefficacité du procédé pour appréhender le contrefacteur est la raison essentielle de cet échec. La riposte graduée que prévoit HADOPI en avertissant l’internaute une première fois par email puis par lettre recommandée après six mois puis par comparution devant le juge si récidive dans les douze mois est somme toute inopérant.

Quels ont été selon vous les grandes erreurs de la HADOPI ?

Les grandes erreurs de l’HADOPI sont de plusieurs ordres :

- l’aspect essentiellement préventif d’HADOPI ne répond pas au comportement de l’internaute. Il faut plus de répression, il faut maitriser physiquement le contrefacteur.

- l’inefficacité de la sanction graduée, comme évoquée ci-dessus, qui est trop peu dissuasive. La longueur de la procédure est la raison majeure.

- l’erreur technique qu’a faite HADOPI est le problème de sécurisation de l’internaute. Aujourd’hui les pirates ont différentes techniques pour parvenir à leurs fins :

1/ l’utilisation de serveurs relais dans d’autres pays, PROXY (un marché de la location de ces serveurs bat son plein)                                                    

2/ l’utilisation de logiciels d’anonymisation et de chiffrement de connexions (les réseaux P2P chiffrés commencent à apparaître)

Donc au total, les moins avertis sont les plus touchés.

Et la faiblesse de la preuve électronique s’en trouve accentuée : une adresse IP ne peut identifier avec certitude l’utilisateur mais plutôt l’équipement (qui peut aussi bien être celui du voisin).

- l’absence de collaboration internationale sur ce point ne permet de pas contrer le phénomène qui se trouve de fait être international. Les plateformes ne sont pas en France ou alors, si elles le sont, c’est par le serveur relais PROXY ou l’utilisation d’une adresse IP étrangère. Il y a donc une réelle difficulté à appréhender l’ensemble des difficultés liés au téléchargement illégal à l’échelle nationale.

 
Commentaires

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  • Par brennec - 18/09/2017 - 12:21 - Signaler un abus Avec des oeillères on ne voit qu'une petite partie du paysage.

    Bien sur, et nos policiers et gendarmes n'ont que ça a faire, de plus avec la généralisation des téléchargements ou des vues en streaming ça deviendra très impopulaires. Nos politiques sont méchants mais pas jusqu'au point de risquer leur réélection.

  • Par Anouman - 18/09/2017 - 20:51 - Signaler un abus Hadopi

    Si les premiers pris la main dans le sac avaient été guillotinés en place publique (ou pendus) avec force publicité cela aurait-il continué? J'admets que ç'aurait été un peu excessif mais qui veut la fin veut les moyens.

  • Par Semper Fi - 18/09/2017 - 20:55 - Signaler un abus Et si pour une fois, on mettait un impôt intelligent ?

    Plutôt que d'investir des millions d'euros dans un dispositif inefficace, il serait peut-être plus judicieux, de mettre une taxe modique sur tous les abonnements internet, taxe qui serait automatiquement reversée à la SACEM... point barre ! D'autant qu'à part mes parents qui ont 80 ans (et qui sont au niveau 0 de l'informatique et d'internet), je ne connais absolument personne qui ait un abonnement internet et qui ne télécharge jamais rien !!!

  • Par ajm - 18/09/2017 - 21:52 - Signaler un abus Halte aux Hautes Autorités à Hauts Budgets

    Pour faire des économies, supprimons toutes ces hautes autorités à la noix qui font le travail de l'Etat sans que ce dernier réduise pour autant ses effectifs. Hadopi de toute façon ne sert â rien et c'est le rôle de la SACEM de protéger les droits de ses mandants à ses frais , pas le contribuable.

  • Par vangog - 18/09/2017 - 23:05 - Signaler un abus Le laxisme gauchiste en procès!

    "Il aurait fallu plus de répression, et moins de prévention" nous dit ce texte. Ben oui! Et c'est pareil pour tout...nous au FN, c'est "application stricte de la loi" et pitié minimale pour les délinquants...oh putain! La peur pour les centro-gauchistes...

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Antoine Chéron

Antoine Chéron est avocat spécialisé en propriété intellectuelle et NTIC, fondateur du cabinet ACBM.

Son site : www.acbm-avocats.com

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