Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 24 Août 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Amazon réussit sa première livraison par drone : les sceptiques avaient-ils ri trop vite ?

Le grand public sous-estime souvent la rapidité des changements et le potentiel des nouvelles technologies. Quand Amazon a décidé de se lancer dans la livraison par drone, la plupart des commentateurs avaient expliqué que c’était une promesse irréalisable. Bien mal leur en a pris.

Après les pigeons, le drone voyageur

Publié le
Amazon réussit sa première livraison par drone : les sceptiques avaient-ils ri trop vite ?

Amazon a réussi sa première livraison par drone. Crédit Reuters

Atlantico : Encore au stade d'expérimentations aux Etats-Unis, les livraisons par les drones vont peut-être connaître un essor important dans ce pays. Quand Amazon avait annoncé le principe de ses livraisons par drone, la plupart des commentateurs avaient dit que c’était une promesse irréalisable. Or depuis la première livraison a eu lieu. Comment expliquer que bien souvent, certaines annonces des grandes firmes du web sont qualifiées d'opérations de communication ?

Bertrand Duperrin : Déjà parce qu’elles excellent en la matière et savent très bien provoquer l’effet "Wahou"…quitte à faire attendre par la suite. Mais au moins elles prennent date.

Ensuite parce que le grand public sous estime souvent la rapidité du changement et le potentiel des technologies.

Le drone en est la preuve. On peut ajouter l’imprimante 3D, la vitesse de développement d’un AirBnb, les capacités de stockage cloud, la voiture sans chauffeur. On se dit souvent "c’est trop gros pour être possible" et un an après, pourtant, c’est devenu réalité.

Amazon est il en train de démontrer aux sceptiques que la promesse était moins irréalisable qu’elle le paraissait ?

A partir du moment où on peut faire voler un drone et où il peut emporter une certaine charge, on peut s’en servir pour livrer. Techniquement parlant cela n’a jamais été mis en doute. Par contre il y a une différence entre le faire à petite échelle dans certains endroits qui s’y prêtent et le faire partout, pour tout à grande échelle.

Il y a déjà des questions réglementaires. Dans certains pays comme la France c’est interdit.Le problème est réglé en partie. Nul doute que cela évoluera au fur et à mesure de la faisabilité d'un tel fonctionnement, mais en attendant ça n’est pas possible. Par contre on peut imaginer des usages plus spécifiques : pas pour livrer des particuliers mais approvisionner des zones innacessibles  après une inondation ou un glissement de terrain par exemple.

Ensuite il y a les questions pratiques.  Livrer dans un jardin en zone péri-urbaine c’est une chose. Dans un appartement en zone urbaine c’est plus compliqué. On rentre par la fenêtre sur salon ? On livre par le toit pourvu qu’il soit en terrasse et accessible ?

Il y a également les question d’échelle. Poussons la logique à l’extrême. Imaginez que dans une ville comme Paris ou New York tous les services de coursiers et livraison "légères" soient remplacés par des drones. Il va falloir une vraie gestion du traffic sinon on va aller au devant de nombreuses déconvenues.

Enfin il y a la sécurité. A grande échelle il y aura des accidents de drone. A petite échelle aussi d’ailleurs. Est-on prêt à recevoir un drone sur le crâne en marchant dans la rue ? Cela peut sembler futile mais il y a la question de l’acceptabilité sociale du risque.

Quels types d'annonces concernant les innovations sommes-nous plus enclins à crédibiliser ?

Celles qui reposent sur l’amélioration incrémentale de quelque chose de connu. On a du mal avec la disruption car, par définition, elle implique un changement de modèle donc on n’a pas de référentiel pour la penser ou l’envisager.

Plus généralement, la société pourrait-elle avoir du mal à intégrer la technologisation toujours plus impressionnante de la vie quotidienne ?

Pas lorsqu’elle concerne des cas d’usage simples de la vie quotidienne et qu’elle contribue à simplifier la vie. Idéalement une bonne technologie est une technologie qui disparait derrière son usage et qu’on ne remarque pas.

Par contre, j’en parlais pour le drone, il y a une question d’acceptabitilité sociale qui changement qui va se poser. On a eu le cas pour les Google Glass, la question va se poser de plus en plus pour tout ce qui touche aux données et à la vie privée.

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Bertrand Duperrin

Bertrand Duperrin est directeur au sein du cabinet Nextmodernity et blogeur. Il est un des spécialistes français de l’évolution conjointe des modes de travail et des technologies.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€