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40 ans d’Apple et toujours le même problème pour ses consommateurs : comment changer de marque quand toutes vos données sont hébergées dans le circuit fermé de la marque à la pomme

Fondée le 1er avril 1976, la marque à la pomme fête son quarantième anniversaire, dont la réputation est aujourd'hui fondée sur des produits toujours plus performants et aux prix élevés. Certains utilisateurs sont ainsi tentés par la concurrence. Retrouvez ici tous les conseils pour quitter Apple sans perdre vos données.

La minute tech

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40 ans d’Apple et toujours le même problème pour ses consommateurs : comment changer de marque quand toutes vos données sont hébergées dans le circuit fermé de la marque à la pomme

Atlantico : 40 ans après la naissance d'Apple, en quoi le succès de la firme à la pomme s'est-il bâti sur un circuit fermé aux autres technologies ?

Gilles Dounès : Un mot sur la problématique et l'angle que vous avez choisis, lesquels ont le mérite d'être intellectuellement stimulant puisque, d'une manière générale, les gens sont plutôt demandeurs pour entrer sur la plate-forme, plutôt que de chercher à en sortir, en particulier pour le Mac et pour l'iPhone… et ce, même s'ils ont pu aller voir si l'herbe était plus verte sur les autres plates-formes.

Pour en revenir à votre question, c'est plutôt sa "non-compatibilité" avec l'univers IBM dominant à ses débuts qui l’a mise en péril, et la formulation même de cette question montre combien il y a d'ambiguïtés à lever : en fait de "circuit fermé aux autres technologies", dès le milieu des années 1980, le Mac a su très facilement communiquer en réseau, y compris dans des parcs de machines hétérogènes, en utilisant un système "compatible" avec les protocoles de ses concurrents, comme Ethernet ou Token Ring.

Mais cette représentation d' Apple comme un "système fermé", aussi répandue qu’elle soit, est très largement erronée et basée sur une série d’ambiguïtés successives, exploitées par la concurrence avec pas mal d’hypocrisie, mais c’est le jeu. Les enjeux publicitaires, l’absence de compétences et le conformisme journalistiques en la matière ont fait le reste. C’est une escroquerie intellectuelle et un contre-exemple qui mériteraient d'ailleurs un séminaire en MBA ou en école de commerce : un psychologue parlerait de "projection", un sociologue plus de "stéréotype", de "stigmatisation" ou de "processus d'assignation", et l'homme de la rue tout simplement de "c…eries"… même si par ailleurs Apple aussi y a mis du sien.

Pour résumer et prendre un exemple en la matière :  le discours marketing dans l’industrie s’apparente beaucoup à celui dans le jeu politique, où à droite et au centre, tout le monde prétend "fédérer" autour de soi ou de sa solution, tout en faisant porter la responsabilité de la fragmentation à ses compétiteurs…

En ce qui concerne Apple, c’est un véritable stigmate qui remonte au tout début de l'histoire de l'entreprise, au moment du succès sans précédent de l'Apple II, et qui lui a collé comme un chewing-gum à la semelle… Le malentendu dure depuis 40 ans et s'articule principalement autour de trois axes, dont le premier est l'opposition compatible et non compatible : à partir de 1977, à peine plus d'un an après sa création, Apple va vendre l'Apple II comme des petits pains ; d’abord aux passionnés, ensuite aux établissements d'enseignement, aux familles, puis commence même à pénétrer le marché des entreprises. L’Apple II devient même le premier ordinateur personnel à mettre en péril la mainmise d'IBM sur le marché de l'informatique avec son modèle dominant, "mainframe" c'est-à-dire de grosses machines centrales distribuant les résultats de leurs calculs à des terminaux de saisie. Les hippies chevelus de la côte Ouest ont réalisé une levée de fonds invraisemblable en 1979, en réussissant une entrée en bourse tonitruante : IBM est obligé de sortir l'IBM PC en 1981 pour monter dans le train de la micro-informatique qui est en train de prendre de la vitesse.

Peu importe si l’Apple II est très largement ouvert, au point que même les clones pullulent : l'IBM PC est marqueté en direction des entreprises comme "compatible", c'est-à-dire compatible avec ses gros systèmes et compatible avec les "Compatibles PC" qui vont commencer à se multiplier, avec le MS-DOS de Microsoft comme dénominateur commun. Une volonté de maîtrise poussée à l'extrême : à la fois par la volonté de Steve Jobs de maîtriser jusqu'au bout un objet conçu comme "parfait" de son point de vue, mais également par les contraintes inhérentes à son volume extrêmement réduit. Le Macintosh 128K n'est pas évolutif et n'a pas de port d'extension prévu, à la différence de son prédécesseur, l'Apple II. De plus, pour limiter le recours à la mémoire vive très chère à l'époque, un grand nombre d'opérations du système sont situées dans la ROM de l'ordinateur et auxquelles les programmeurs doivent faire appel.

Les règles de programmation sont donc assez strictes, jusque dans l'interface utilisateur, et les programmeurs qui prennent des libertés avec elles le paieront d'ailleurs au prix fort, puisque leurs logiciels se retrouveront incompatibles avec la première évolution majeure du système, qui intervient deux ans plus tard en 1986. À cette occasion, le Mac a appris à lire les volumes de sauvegarde formatés sous MS-DOS, puis les fichiers Windows  : 30 ans plus tard, Windows 10 ne sait toujours pas faire la même chose avec les volumes Mac, sans un utilitaire qu'il faut se procurer séparément. Les règles de programmation sont donc " fermées ", au contraire de la plate-forme DOS, puis Windows qui sont tellement ouvertes commen en témoigne la prolifération des virus, au point de mettre en pièces la crédibilité de Microsoft à partir de l’été 2003. Même causes, mêmes effets : une politique identique de Google en matière de validation d’applications a fait d’Androïd l’hôte de la quasi totalité des malwares sur plate-formes mobiles.

Libre ?… Ou gratuit ? Dès l'Apple II, et avec le Macintosh à sa suite, les logiciels ont été protégés contre la copie. Ce qui n'était pas le cas du PC sous MS-DOS, puis sous Windows, pour lequel cela a été longtemps un argument de vente qui se partageait avec un clin d'œil complice, et qui a permis au PC de se diffuser très largement malgré son retard évident jusqu'à la sortie de Windows 95.

D'autre part, la montée en puissance de la diffusion d'une nouvelle plate-forme baptisée Linux a mis la plate-forme Mac en rivalité avec une autre communauté d'utilisateurs extrêmement soudée, autour du noyau Unix sur lequel les deux systèmes d'exploitation étaient désormais basés. La transition du système d'exploitation d'Apple vers ce qui est devenu Mac OS X avait été entamée à partir du rachat de NeXT – la société fondée par Steve Jobs après son renvoi d'Apple en 1985 – à la fin 1996. Cette évolution s'est poursuivie jusqu'à présent, avec des ramifications vers l'iPhone puis d'autres plates-formes comme l'iPad, l'Apple Watch ou l'Apple TV. Mais même si Apple est devenu un contributeur très important dans le monde du logiciel libre – avec pour ne citer qu'un seul exemple l'amélioration de WebKit qui va donner naissance à Safari, mais également à Chrome qui est devenu un rival important, ou SWIFT 2 son nouveau langage de programmation qui est totalement open source la controverse se double à présent d'une polémique organisée autour de la confusion entre libre/gratuit (free), et logiciel ou contenu propriétaires.

Le succès de l'iPod et de l'iTunes Music Store ne va rien arranger sur ce plan, bien au contraire, alors que le format AAC (Advanced Audio Codec et non pas Apple Audio Codec) développé par la marque à la pomme en collaboration avec Dolby est totalement ouvert, largement utilisé par ses concurrents tandis que les fichiers musicaux qu’Apple commercialise dans son kiosque en ligne sont protégées à la demande des majors de la musique, lesquels ne lâcheront prise qu'en 2008. On l'a vu en début de réponse : le Mac sait parfaitement communiquer avec l'ensemble de son environnement depuis son origine : certains Macintosh Performa étaient capables de démarrer soit sur Mac OS, soit sur Windows au milieu des années 1990, ce qui est toujours valable jusqu'au Mac actuel qui est la seule machine capable de démarrer indifféremment sur OS X, Windows ou Linux avec Boot Camp, ou de virtualiser indifféremment Windows ou Linux, avec des solutions tierces comme VMware ou Parallels. Mais c’est également le cas en matière de réseau, puisque le World Wild Web a été développé au CERN par Tim Berners-Lee sur l'ancêtre d'OS X ou que le protocole 802.11 pris à bras-le-corps par Apple à la fin des années 1990, qui va devenir le wi-fi que tout le monde connait aujourd’hui… La liste des contre-exemples aux idées reçues, pour rester poli, est sans fin.

Apple est d'autant moins " fermé " que jusqu'en 2006, en vertu de la paix des braves signée avec Microsoft en 1998, elle a très largement ouvert son porte-feuille de brevets à Redmond en échange du maintien de la Suite Office sur la plate-forme Mac. Et on ne parle même pas de virtual PC, la solution d'émulation de Windows très populaire à l'époque pour Mac OS X, racheté par Microsoft en 2003 qu'elle a laissé mourir à petit feu au moment où Apple recommençait à gagner en crédibilité.

 
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  • Par quesako - 04/04/2016 - 21:35 - Signaler un abus L'environnement Apple est cher, mais cohérent !

    En bon geek j'ai un peu de tout. Régulièrement je peste quand je suis obligé de passer par iTunes pour mettre de la musique sur mon iPhone alors qu'avec un "android" relié à un PC je le ferais en moins de 10 sec par un copier-coller ! J'ai un Yoga et je m'aperçois que des applis sont inutilisables car elles ne s'adaptent pas aus écrans HD. Le vrai problème d' Apple, pour moi, est qu'ils semblent ne plus avoir de nouvelles idées : ils ne font que du recyclage des idées des autres (ex applewatch) ou essayer de recycler de vieux iPhone avec une nouvelle puce (iPhone SE).

  • Par novichok - 05/04/2016 - 22:19 - Signaler un abus Ipod

    J'ai eu un Ipod en cadeau. Il est facile à utiliser une fois les fichiers dedans. Mais quelle galère pour y parvenir ! Itunes a une ergonomie totalement contre intuitive. L'aide est très mal rédigée et s'adresse aux initiés de l'univers Apple. Quelle déception !

  • Par gerint - 08/04/2016 - 16:07 - Signaler un abus @novichok

    Je suis un très ancien utilisateur de'Apple (et aussi de PC parfois grâce à Parallels sur le Mac lui-même), mais je partage votre avis sur Itunes

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Gilles Dounès

Gilles Dounès a été directeur de la Rédaction du site MacPlus.net  jusqu’en mars 2015. Il intervient à présent régulièrement sur iWeek,  l'émission consacrée à l’écosystème Apple sur OUATCHtv  la chaîne TV dédiée à la High-Tech et aux Loisirs.

Il est le co-auteur avec Marc Geoffroy d’iPod Backstage, les coulisses d’un succès mondial, paru en 2005 aux Editions Dunod.

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