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Ni ville, ni campagne : comment on grandit dans la France moyenne qui fait si peu parler d’elle

Un enfer, une "condamnation", la vie à la campagne, loin de tout et surtout du centre-ville, quand on est jeune, plein d’envies et d’appétit ? Dans "Les grandes villes n’existent pas" (Seuil), Cécile Coulon raconte la vie dans le village où elle a grandi, qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ouvre bien plus qu’elle n’invite au repli. Et mieux : construit…

Un livre, un débat

Publié le
Ni ville, ni campagne : comment on grandit dans la France moyenne qui fait si peu parler d’elle

Comment les jeunes Français se développent-ils, loin des lumières des grandes villes?

Barbara Lambert : Le village où vous avez vécu n’est pas en pleine campagne, mais dans une zone à mi-chemin entre la ville et la campagne. Est-ce plus "dur" à votre avis de vivre dans cette "zone intermédiaire" ?

Cécile Coulon : Il y a vingt ans, ce village était en "pleine campagne", car les zones industrielles étaient, à ce moment-là, balbutiantes, en plein essor, elles se sont agrandies avec le temps, et les "banlieues proches" de ce fait, ont été poussées vers l'extérieur, là où se trouvent les villages.

Le problème des zones intermédiaires, c'est qu'il y a la promesse des avantages de la ville, qui est toute proche, à vingt, trente kilomètres, mais surtout les inconvénients réels, comme le manque de transport, de commerce, d'infrastructures médicales, etc.. 

On a tendance à l’oublier : ce n’est pas seulement l’accès à la culture qui est difficile à la campagne, mais aussi, surtout, l’accès aux soins. "Mieux vaut ne pas être malade" quand on habite un village, dites-vous…

C'est un problème. Quel jeune médecin a envie d'être généraliste à la campagne ? De devoir faire des "tournées" en voiture pour passer chez les gens ? Evidemment, ça évolue, maintenant il y a le service de soins à domicile pour les gens âgés, ou malades.

Vous soulignez l’absence de transports en commun, la nécessité d’avoir un vélo, un scooter, une voiture… Vous soulignez également que la mortalité liée aux accidents de voiture est très forte : vous avez ainsi perdu pas mal d’amis…

C'est une logique morbide, mais une logique quand même. Plus de gens qui conduisent, plus de jeunes qui conduisent, c'est forcément plus d'accidents, donc potentiellement, plus de décès. Il faut se déplacer pour voir les uns et les autres, on s'organise comme on peut, mais le risque est plus élevé, c'est vrai.

Alors qu’en ville, on vit "à l’intérieur", au village, on vit dehors tout le temps, et par tous les temps… N’est-ce pas une force, un atout pour des jeunes ?

Pour certains c'est une force, pour d'autres c'est une contrainte. Depuis dix ans, l'arrivée d'Internet, du haut-débit dans les foyers, a aussi changé les choses, les modes de fonctionnement. Personnellement, le fait d'être aussi souvent confronté au monde naturel extérieur m'apparaît comme un atout, on se sent plus débrouillard, on a moins peur je crois. Pour les enfants, c'est une chance, parce qu'ils ont un espace où l'imagination peut se déployer à loisir.

Si l’on vit dehors, il n’existe pas moins des frontières imaginaires, "psychologiques" sur ce territoire ouvert…

Les frontières sont celles que nos parents, nos ancêtres, ont installés avant nous. Il y a des limites, naturelles ou non, à ne pas franchir afin qu'on définisse rapidement ce qui est à nous, ce qui nous rassure, et ce qui appartient à un autre groupe d'êtres humains. On redécoupe le territoire avec son imagination, ses racines, son éducation aussi.

Une fois passées ces "frontières", on se comporte différemment, remarquez-vous…

Dès qu'on s'extirpe de l'enfance, on se comporte différemment. Et c'est justement quand on franchit ces limites que l'on sort de l'enfance.

 
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Cécile Coulon

Cécile Coulon est l'auteure de "Le roi n'a pas sommeil" (2012) et "Le rire du grand blessé" (2013) aux éditions Viviane Hamy. Elle vient de faire paraître simultanément "Le coeur du pélican" (Viviane Hamy) et "Les grandes villes n'existent pas" dans la collection "Raconter la vie" des éditions du Seuil.

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Barbara Lambert

Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.

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