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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le djihadisme et le totalitarisme islamiste

Si certains estiment que le djihadisme n'a pas grand-chose à voir avec l'islam, c'est mal connaître les textes sacrés de l'islam et le cadre théologico-juridique qui encadre cette religion depuis des siècles.

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Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le djihadisme et le totalitarisme islamiste

N'en déplaise aux discours d'apaisement présentant l'islam comme un intégrisme "nihiliste" (Olivier Roy) et extrémiste totalement étranger à l'islam, nombre de grands penseurs musulmans réformistes et pas seulement athées ou laïques ont démontré les fondements islamiques "orthodoxes-canoniques" du djihad et de l’intolérance islamiste qui sont enseignés légalement non seulement dans les monarchies islamiques sunnites du Golfe que nous considérons comme des "amies" que dans nos centres islamiques d'Occident tenus par les Etats et pôles de l'islamisation mondiale (Organisation de la Coopération islamique – OCI - Ligue islamique mondiale, Frères musulmans, Milli Görüs turc, Tabligh indo-pakistanais, et autres wahhabites) qui distillent jusque sur le sol des sociétés ouvertes un totalitarisme théocratique islamiste expensionniste.

Le djihadisme n'aurait "rien à voir avec l'islam"

Pour pouvoir affirmer que l’islamisme djihadiste qui a frappé ces derniers mois en France et à Bruxelles, et qui continuera de faire couler du sang pendant encore longtemps, n’a "rien à voir avec l’islam", il conviendrait tout d’abord de "désacraliser" tout un pan du corpus islamique sunnite orthodoxe, jamais revisité et réforme depuis le Xème siècle et toujours enseigné dans le cadre d’une véritable théologie de la domination et de la violence au nom de Dieu. Car les origines profondes du totalitarisme islamiste résident dans les fondements mêmes de l’orthodoxie islamique, enseignée dans les grandes Universités musulmanes du monde entier. Ceci n'est pas une affirmation "islamophobe", mais une vision réaliste-réformiste partagée par la plupart des grands penseurs progressistes du monde musulman, comme Abdel Razeq, Taha Hussein, Kamel Daoud, Adonis, Mohamed Charfi, etc (voir infra).

De l’absence de réforme de l’islam au fondement "légal" du terrorisme islamiste 

Comme l’expliquent très courageusement les grands penseurs modérés de l’islam, aucun travail de prévention contre le terrorisme islamiste ne sera efficace si l’on ne parvient pas à assécher le puits de la doctrine islamiste du djihad et de la violence guerrière canonique. D’après l’ex-Grand Mufti de Marseille Souheib Bencheikh, théologien adepte d’un islam "républicain", "les hommes islamistes terroristes agissent de manière très canonique, c’est pourquoi on les voit aussi bien en train de prier que de violer (…), la femme fait partie du butin de guerre dans cette même logique canonique (...). Je dénonce l’hypocrisie des théologiens musulmans qui, certes, dénoncent ces pratiques et tueries, mais ne mettent pas en cause la théologie qui les sous-tend. Ils doivent saisir l’occasion pour désacraliser le droit musulman, notamment sur certains points qui offrent un prétexte à ces barbares qui habillent leurs actions criminelles par une certaine canonisation". C’est en effet parce que le djihad est chargé d’une considérable légitimité islamique que tous les islamistes contemporains (Mawdoudi, El-Banna, Qotb, Kichk, Farag, Oussama Ben Laden, Calife Ibrahim, etc.) en ont fait leur leitmotiv central. Nier cette réalité permettra-t-elle d’éviter de nouveaux attentats ? Rien n’est moins sûr, car les causes profondes de l’échec du réformisme musulman, et donc de la résurgence islamiste, sont à rechercher dans le caractère indiscutable des textes sacrés musulmans et dans le refus, typiquement islamique, de toute innovation (bidaà) théologique.

Le djihad, fondement de l'orthodoxie islamique officielle

Le djihad constitue pour les islamistes et les sunnites orthodoxes l’un des moyens d’expansion naturels de l’islam, Mahomet ayant lui-même participé à près de 80 combats et prélevé les butins de guerre sur les Infidèles. Dans le Coran, le combat armé est appelé le "Sentier d’Allah" et les Moudjahidines tombés sont comparés à des "martyrs de la Foi" (IX, 52 ; LVIII, 19). Le Coran regorge de sourates appelant à la guerre contre les Juifs et les Chrétiens insoumis ou les Polythéistes : "Combattez ceux qui ne croient pas en Dieu, au jour dernier, qui ne considèrent pas comme illicite ce que Dieu et son prophète ont déclaré illicite, ainsi que ceux qui, parmi les gens des Ecritures (Ahl-al Kitab) ne pratiquent pas la religion de la vérité, jusqu’à ce qu’ils paient, humiliés, et de leurs propres mains, le tribut" (9, 29) ; "Le combat vous est prescrit et cependant vous l’avez en aversion..." (2, 216) ; "...Lorsque tu portes un coup, ce n’est pas toi qui le portes, mais Dieu qui éprouve ainsi les Croyants par une belle épreuve..." (8, 17) ; "Combattez-les jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de luttes doctrinales et qu’il n’y ait pas d’autre religion que celle de Dieu. S’ils cessent Dieu le verra" (8, 39) ; "Lorsque les mois sacrés seront expirés, tuez les infidèles partout où vous les trouverez. Faites-les prisonniers ! Assiégez-les ! Placez-leur des embuscades ! ..." (9, 5) ; "O Croyants ! Combattez les infidèles qui sont près de vous. Qu’ils trouvent en vous de la rudesse !..." (9, 123) ; ou encore : "Lors donc que vous rencontrerez ceux qui mécroient, alors frappez aux cols. Puis quand vous avez dominé, alors serrez le garrot" (47, 4).

Certes, on pourrait dire à juste titre que tout texte religieux doit être interprété avec du recul et qu’il convient de contextualiser certaines sourates et les analyser de façon allégorique et non littéraliste. Ce travail peut en effet être fait, mais il n’a en tout cas jamais été entrepris par les grands penseurs musulmans commentateurs des Hadiths, ("dits et faits de Mahomet de la Tradition") : El-Bokhari, Muslim, El-Ghazali (1058-1111), Nawawi, Ibn Taimiyya, Malik, qui ont mis en place le corpus canonique de l’islam orthodoxe, c’est-à-dire légal, lesquels ont au contraire mis à l’index et depuis toujours les réformistes, libéraux, ou autres "hétérodoxes" soufis ou mutazilites qui voulaient pratiquer un effort d’interprétation poussé. C’est ainsi qu’aujourd’hui encore, toute la légitimité des 4 écoles officielles du sunnisme (80% de l’islam mondial officiel) repose encore sur une théologie et un corpus de lois et règles qui valorisent les 3 grandes inégalités coraniques et chariatiques (Homme/femme ; maître/esclave et Fidèle/ Infidèle). Cet islam officiel jamais remis en question et toujours enseigné dans les mosquées et universités islamiques orthodoxes y compris en Europe accorde une très grande valeur morale et religieuse à "la guerre sainte" (ou "effort") sur le "sentier d’Allah" (djihad fi sabill’illah) comprise explicitement comme la lutte contre les Infidèles et pas comme le veulent les modérés soufis comme une "lutte contre soi-même".

Ces grands savants que vante souvent Tariq Ramadan tout en prétendant être un "réformiste" ont très clairement réglementé les modalités d’extermination des "Infidèles" : "La loi défend de tuer, dans la guerre contre les Infidèles : des mineurs, des aliénés, des femmes et des hermaphrodites (…) mais on peut tuer légalement : les moines [non reclus], des mercenaires que les Infidèles ont pris dans leur service, des vieillards, et des personnes faibles, etc.", écrit par exemple le grand savant Nawawi, en cela suivi par la référence suprême du salafisme et des Frères musulmans, Ibn Taymiyya, auteur d’un "statut des moines" autorisant lui aussi l’égorgement des moines non reclus… Ainsi, l’assassinat de sept moines cisterciens de la Trappe de Tibhirine le 21 mai 1996 par un commando du GIA pouvait d’un point de vue islamique orthodoxe reposer sur un fondement juridico-théologique légal…

 
Commentaires

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  • Par zouk - 11/12/2016 - 11:04 - Signaler un abus Islam

    L'appel au massacre des non musulmans date du 7° siècle au plus tôt. Ce ne peut être un "appel au meurtre depuis des millénaires". Ne jetons pas d'huile sur le feu, il est déjà suffisamment ardent.

  • Par prothesor2003 - 11/12/2016 - 18:26 - Signaler un abus Arithmétique

    Appel au meurtre depuis le 7ème siècle, donc depuis 1300 ans; ça fait plus qu'un millénaire, donc ça fait bien "des" millénaires...

  • Par prothesor2003 - 11/12/2016 - 18:26 - Signaler un abus Arithmétique

    Appel au meurtre depuis le 7ème siècle, donc depuis 1300 ans; ça fait plus qu'un millénaire, donc ça fait bien "des" millénaires...

  • Par Wortstein - 11/12/2016 - 22:37 - Signaler un abus Excellent Del Valle

    papier à diffuser. Il faut foutre dehors ( dans le chemin de la merde) cette racaille totalitaire. Rien à sauver de l'Islam, hérésie d'une hérésie. Le mal absolu, le diable parle la langue du coran. Ce qui n'étai pas le cas du temps de Muhammad: guerrier au service de la reconquête nazaréenne de Jérusalem.

  • Par MIMINE 95 - 14/12/2016 - 19:01 - Signaler un abus CA FAIT DU BIEN DE LIRE LA VERITE nue

    Malheureusement, je pense que cette vérité en franchira jamais la porte vers "le grand public". Le voile épais que l'intelligentsia à jeter sur le sujet pour cacher sa compromission est bien trop lourd et "le nom de la rose" (l'ignorance) risque d'être encore, et pour longtemps le seul droit du plus grand nombre..C'est d'ailleurs sur ce principe, que prospère depuis des siècles l'idéologie islamique. Merci de parler du si lumineux Soheib Bencheikh, que malheureusement on n'entend plus depuis de si nombreuses années. Pour le paraphraser... "la France a l'islam qu'elle a voulu"... et ce n'est guère rassurant.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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