Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 20 Janvier 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Syrie : Vladimir Poutine a gagné son pari

Après la victoire contre les djihadistes proclamée par Vladimir Poutine en Syrie le 11 décembre dernier, Alexandre del Valle revient sur la question syrienne dans un article sur la phase "politique" appuyée par Moscou. Pour cela, il a longuement rencontré l’opposante syrienne Randa Kassis, de retour de Moscou, et dont l’équipe est en train d’élaborer un projet de constitution qui sera présenté au peuple syrien lors du prochain "Congrès pour le dialogue National Syrien" prévu à Sotchi en janvier-février prochain.

Geopolitico-scanner

Publié le
Syrie : Vladimir Poutine a gagné son pari

Lors sa visite éclair du 11 décembre dernier sur la base militaire russe de Hmeimim (Syrie), Vladimir Poutine a déclaré que la Russie avait rempli ses objectifs militaires en Syrie et que bataille a été remportée par le régime de Damas et ses alliés, avec l’aide de l’armée russe contre terroristes. Concrètement, le régime syrien avec l’aide de l’aviation russe et des troupes chiites iraniennes, libanaises ou autres, a repris l’essentiel des poches jadis tenues par les djihadistes, à l’exception notoire de quelques poches de résistance de jihadistes de Da’esh à l’Est et d’Al –Qaïda à l’ouest du pays, ce qui signifie que les bombardements aériens russes ne peuvent pas être réellement interrompus. En dépit de l’annonce de Vladimir Poutine selon laquelle les militaires russes allaient rentrer à la maison, on sait que l’armée russe n’est pas prête de plier bagage. Rappelons qu’en termes de troupes et de matériels au sol, la Russie domine le ciel syrien et possède désormais deux grandes bases militaires en Syrie.

Certes, le gros des troupes efficaces au sol sont les Iraniens (Pasdarans), le Hezbollah libanais et leurs supplétifs chiites irakiens ou Hazaras afghans, sans lesquels le régime syrien n’aurait jamais pu survivre et récupérer les territoires à Da’esh et aux groupes islamistes. Mais les Iraniens n’ont pas de bases militaires officielles dans le pays à la différence des Russes qui vont conserver pendant des décennies tant leur base navale de Tartous que celle de Hmeimim, tout en continuant d’implanter en ce moment même une base d'écoute supplémentaire dans le désert syrien (en plus de celle de Kassas). Il est aussi vrai que les Russes ont été les seuls à déployer leur aviation et leurs systèmes anti-aériens en Syrie, ce qui leur a donné un pouvoir de contrôle et d’action à long terme supérieur à celui de l'Iran en Syrie.

D’évidence, «c’est la Russie qui mène le bal», ainsi que l’a déclaré lui-même au journal La Tribune de Genève, le colonel syrien Fateh Hassoun, de la division rebelle Al-Hamza. Toujours est-il que le président russe a réitéré le fait - déjà évoqué depuis des mois - que les nouveaux rapports de force et la victoire face aux jihadistes (Da’esh, etc) ont créé les conditions pour parvenir prochainement à un règlement politique du conflit syrien. Cette « phase politique » va s’incarner notamment dans le cadre du prochain sommet de Sotchi, qui sera organisé en janvier-février 2018 par la Russie avec tous les protagonistes du conflit. 

D’Astana à Sotchi : vers la phase de règlement politique du conflit syrien

Ce processus de Sotchi, dont le but est de préparer une transition politique viable pour la Syrie dans le cadre d’un passage de la guerre à la politique, est certes le résultat de la victoire proclamée par Vladimir Poutine et ses alliés - victoire qui a obligé les opposants syriens non-jihadistes à adoucir leurs positions jusqu’auboutistes - mais il a été surtout permis par la collaboration pragmatique entre Moscou, Ankara et Téhéran, initiée avec les rencontres d’Astana, chaque pays « parrain » actionnant ses réseaux et capacités de nuisance pour pousser les belligérants à engager un processus de « déconfliction ». Comme l’explique l’opposante syrienne Randa Kassis, partie prenante des négociations et candidate à la présidence de la République syrienne dans le cadre de la transition, « la Russie a réussi à faire diminuer la guerre en Syrie, grâce, notamment au processus d’Astana (2017), et cette coopération triangulaire, qui a consisté à inviter à Astana, capitale d’un pays neutre, le Kazakhstan, a été bien plus efficace que les réunions infructueuses de Genève ou autres initiatives occidentales dans la mesure où c’est en faisant se rencontrer les groupes armés et les forces pro-régime que l’on a réussi à faire diminuer l’intensité de la guerre, notamment grâce à la mise en place de quatre « zones de désescalade ». Il est vrai qu’elles fonctionnent assez bien, à l’exception de celle de la zone de la ghouta centrale, et force est de constater que ces échanges frappés du sceau de la realpolitik qui horrifie les Occidentaux adeptes du moralisme très manichéen, ont permis de « réduire significativement le nombre de morts, ce qui est en soi déjà un progrès énorme, car grâce à cela, on peut arriver un jour à un processus politique ». Randa Kassis ajoute non sans ironie, que « ce n’est pas Genève que l’on a réussi à réduire l’intensité des combats, mais à Astana, grâce aux Russes, car les Occidentaux et leurs protégés sunnites islamistes, arc-boutés sur des positions moralistes, exigeaient comme condition préalable le départ - irréaliste - de Bachar al-Assad, et excluaient les pays qui ne partageaient pas leurs visions, à la différence de Moscou qui dialogue avec tout le monde». Il est vrai que les Occidentaux et les forces sunnites d’opposition excluaient de dialoguer avec le régime et écartaient les Iraniens, tout en imposant aux Turcs le soutien occidental aux Kurdes sécessionnistes, ce qui braquait à la fin du compte tout le monde ! « En revanche, l’intensité des combats - et donc le nombre de victimes - ont commencé à diminuer à la suite des initiatives d’Astana encouragées par le pragmatisme de la Russie et de ses partenaires iraniens et turcs, lesquels ont compris que l’on était tous condamnés à s’entendre, poursuit Kassis. Hélas, les Occidentaux n’ont pas compris l’intérêt du processus d’Astana, pas plus d’ailleurs que celui de Sotchi, et c’est pour cette raison et à cause de leur erreur consistant à refuser de réunir tout le monde autour d’une table sans précondition qu’aucune solution n’a été trouvée à Genève». Randa Kassis rappelle par ailleurs que les propositions de la Russie n’auraient pas dû être écartées par les Occidentaux et les instances onusiennes, « car aujourd’hui tout le monde reconnait que seuls des Etats alliés de la Syrie ont un moyen de pression sur le régime de Damas, certes, autiste, mais qui sera obligé à un moment ou à un autre, sur pressions russes, à accepter une transition inclusive, alors que de son côté, l’Iran n’a pas cette détermination à œuvrer en faveur d’une formule politique inclusive veut maintenir Assad a n’importe quel prix. C’est ainsi que grâce aux rencontres entre forces armées opposées, le processus d’Astana suscité par la Russie a obligé le régime à sceller des accords de déconfliction avec rebelles, alors même qu’au début, le régime de Damas refusait l’idée même de zones de désescalade qu’il accepte aujourd’hui. Il n’avait en fait plus d’autre choix que d’accepter les propositions russes, par ailleurs acceptées par les Turcs et les Iraniens en échange de garanties, comme par exemple l’abandon du soutien russe à la cause séparatiste des Kurdes de Syrie, ce qui a motivé Erdogan à abandonner son objectif initial de faire tomber Bachar al-Assad et de faire vaincre l’opposition islamiste sunnite. Kassis remarque qu’ «à la différence des Etats occidentaux, ainsi que de l’Iran et de la Turquie, la Russie est aujourd’hui la seule puissance d’équilibre, le seul élément qui puisse efficacement équilibrer les forces dans ce conflit et faire assoir à une même table toutes les forces en présence ».

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 15/12/2017 - 09:43 - Signaler un abus Six pages de bla-bla à

    Six pages de bla-bla à raconter par le menu une interminable liste de rencontres diplomatiques ! Limitez-vous à lire le tout dernier paragraphe ! Le point essentiel : les pays occidentaux ont abordé ce conflit avec le projet d'une solution ''à la yougoslave'' : création d'un Sunnistan indépendant. Poutine, et d'autres, ont considéré que ces populations n'étaient que des bêtes féroces et que l'on ne pouvait pas prendre un tel risque. La question : la leçon, vivre dans un ''Etat Islamique'', leur aura-t-elle suffi ? Le nouveau dirigeant saoudien sera-t-il capable de ''civiliser'' ses coreligionnaires ?

  • Par MIMINE 95 - 15/12/2017 - 12:23 - Signaler un abus POUTINE A GAGNE SON PARI !!! JE COMPRENDS MIEUX L OPERATION

    sous entendu De FRANCE 2 mardi dernier : " Bachar, vilain pas beau, Pavlovien , Pavlovienne, indignez vous et et ordre vous est donné d'aboyer sur Bachar tous en coeur " , émission orchestré par l'ineffable "gendre idéal" Laurent Delahousse, suivi du misérabiliste docucu , "Syrie le cri étouffé" : (résume de télé loisirs) :"Des témoignages rares et bouleversants de femmes courageuses qui, pour certaines, parlent à visage découvert. Arrêtées, torturées puis violées par les sbires de Bachar el-Assad,". Mais mais maids, quel regret !, quel dommage !, que les fronts islamiques, dont Al Nosra que Fabius affectionnait tant, et de son grand frère l'état islamique en Irak et au levant, dont nous connaissons la grandeur d'âme et l'humanisme le plus nôôôôble , soient défaits ... vraiment mon petit coeur saigne ............

  • Par MIMINE 95 - 15/12/2017 - 12:40 - Signaler un abus ARTICLE PASSIONNANT

    comme d'habitude. Merci Monsieur Del Valle , vous êtes un des contributeurs que je lis systématiquement . Merci

  • Par Anouman - 15/12/2017 - 19:14 - Signaler un abus Syrie

    On peut se demander ce qui ce serait passé sans l'intervention de la Russie qui selon les occidentaux était pire que tout. Il faut espérer que cette constitution en préparation aura un avenir. Même incertain l'avenir de la Syrie semble en meilleure voie aujourd'hui qu'avant l'intervention Russe.

  • Par vangog - 16/12/2017 - 14:21 - Signaler un abus Bravo Wladimir!

    il fallait poursuivre les rats islamistes jusque dans leurs chiottes. Grâce aux kurdes, grâce aux nationalistes syriens, grâce aux pasdarans et Hezbollahs, les chiottes islamistes ont explosé!

  • Par Plongeur - 16/12/2017 - 16:05 - Signaler un abus Bravo Poutine

    Poutine était contre l'intervention en Irak, contre l'intervention en Lybie, pour intervenir en Syrie. Bilan Poutine 3 à 0 L'occident inféodé aux petro dollars des soutiens aux ialamistes est ridiiculisé. Assad était le dernier rempart face aux islamistes, il s'est battu avec l'aide la Russie le dos au mur pour empêchér le massacre des Chrétiens et des Allaouites. Pendant ce temps, honte sur nous, l'occident armait les salopards.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€