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La stratégie de conquête des Frères musulmans

Alexandre del Valle poursuit le feuilleton consacré aux différents "pôles" de l'islamisme mondial dont l'objectif consiste à contrecarrer les forces laïques dans les pays musulmans puis à empêcher l'intégration des citoyens de confession musulmane dans les pays occidentaux, sous couvert de liberté religieuse et de pluralisme (dévoyé). Aujourd'hui, il décrypte la stratégie ce conquête-islamisation de l'Occident et du monde mise en œuvre par la plus puissante et influente organisation panislamiste mondiale, la "Confrérie Les Frères musulmans", très présente en Occident et notamment aux Etats-Unis et en France.

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La stratégie de conquête des Frères musulmans

La "Confrérie des Frères musulmans" est un des plus puissantes et influentes organisation panislamiste mondiale. Crédit AFP

Retrouvez Alexandre Del Valle dans son prochain ouvrage, à paraître le 25 octobre prochain : Les vrais ennemis de l'Occident, Du rejet de la Russie à l'islamisation des sociétés ouvertes aux Editions l'Artilleur.
 

L’organisation des Frères musulmans (Ikwan Al-Muslimin) a été fondée en Egypte en 1928 par Hassan Al-Banna, professeur de religion à la fois influencé par le wahhabisme saoudien et le "réformisme" salafiste d’Al-Afghani, Abdoù et Ridda. Comme les premiers panislamistes de l’Empire ottoman, Al-Banna s’opposait violemment aux régimes politiques musulmans de son époque qui, sous l’influence de l’Occident, s’engageaient sur la voie de la sécularisation. L’action du "Guide suprême" consista dans un premier temps à envoyer des missionnaires prêcher un peu partout en Egypte contre toute forme de laïcité et d'occidentalisation.

En 1936, à la suite du traité anglo-égyptien signé cette même année, les Ikhwan amorcèrent leur action politique. Ils soutinrent tout d’abord la cause palestinienne, tissant dans ce contexte des liens étroits avec les puissances de l’Axe, puis parvinrent à essaimer dans d’autres pays.

En 1947, ils rejetèrent violemment la solution de partage de la Palestine adoptée par l’ONU et déclenchèrent un nouveau jihad armé contre "les Anglais et les Juifs". Grâce à son organisation pyramidale (le Guide est assisté par un conseil consultatif - Majliss choura – et les Frères disposent de structures sociales, caritatives, universitaires, et même d’une branche armée), la confrérie parvint à infiltrer rapidement le tissu social égyptien, investissant tous les secteurs socioprofessionnels, et créa même une section féminine pour les "Soeurs musulmanes".

Le 28 décembre 1948, lorsque l’organisation dépassa un million d’adhérents, répartis en 2000 cellules, elle parvient à faire assassiner le Premier Ministre Nuqrachi Pacha, tout en condamnant publiquement la violence terroriste, assurant ne prôner le jihad qu’en Palestine. Le double discours et cette capacité d’infiltration de la société annonçait une réalité aujourd’hui criante en Occident, où l’organisation applique exactement la même stratégie duale. En 1949, la Confrérie fut dissoute et Hassan Al-Banna, devenu trop puissant, fut assassiné par des agents du roi. Mais l’organisation survécut. En 1951, un nouveau Guide suprême fut désigné, Hassan al-Houdaïbi. Suivra dès 1954 une longue période de répression (1954-1970), mais l’organisation continuera d’exister sous la forme d’une opposition clandestine en Egypte, au Soudan et dans de nombreux pays musulmans, puis en Europe, sa base arrière avec les pays du Golfe. Elle poursuivra son but d’instaurer des Etats islamiques par les voies électorales, lorsque cela sera possible, mais aussi par le biais de la violence politique : assassinats, actions terroristes, en situation conflictuelle répressive. 

Lorsque l’organisation fut interdite durant les "années noires", l'idéologue et précurseur majeur du djihadisme moderne, Sayyed Qotb (1906-1966), un temps haut dirigeant de la Confrérie, élabora une doctrine spécifique à la nébuleuse islamiste-jihadiste dite de la “ souveraineté absolue de Dieu ” (hakimiyya). Cette doctrine influencera tant l'idéologie révolutionnaire de l’ayatollah Khomeiny (qui a dénaturé le chiisme) que le Hamas, Al-Qaïda ou Daesh. Depuis sa prison, Qutb forgera la "théorie de la rupture islamique avec l’ordre établi" (A l’ombre de Dieu), l’équivalent islamiste du Que Faire de Lénine, selon laquelle un chef d’Etat n’exerce légitimement son pouvoir que s'il met en œuvre la volonté de Dieu contenue dans la charia, idée qui, poussée à son terme, justifie le renversement du pouvoir par la violence ” (assassinat de Mahmoud Nakrachi Bacha en 1948, de Sadate en 1981, etc). Arrêté en 1954, Qutb sera exécuté en 1966 par Nasser qui déclarera une guerre impitoyable à l’organisation. Toutefois, en 1970, avec l’arrivée d’Anouar al-Sadate, d’ailleurs ancien frère-musulman lui-même, et surtout à partir de 1979, dans un contexte de guerre froide, les choses changent : le nouveau raïs, qui a besoin de toutes les forces conservatrices contre le nassérisme, proclame une amnistie générale, et Mohamed Ahmed Aboul Nasr devient Guide Suprême du mouvement. Les Frères redeviennent un groupe de pression toléré et puissant, capable de faire élire des députés sous les étiquettes de partis politiques autorisés (néo-Wafd, parti du travail, parti Libéral, etc). Sadate permet le retour de nombreux cadres du mouvement réfugiés en Arabie Saoudite et donne les coudées franches à la Confrérie dans les universités avec pour mission de contrer l’opposition nationaliste-nassérienne et les marxistes. L’influence de l’organisation d’Al-Banna s’étend sur les différentes organisations syndicales et ceux-ci parviennent même à se poser en médiateurs privilégiés entre les extrémistes dissidents, qui leur reprochent leur "respectabilisation", et l’Etat "jahilite" (impie).

 
Commentaires

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  • Par zouk - 21/10/2016 - 15:56 - Signaler un abus Stratégie de conquête islamiste

    Et si nous, chrétiens, nous affirmions clairement? Encore faudrait-il que le prochain gouvernement abandonne son anticléricalisme primaire, la France a derrière elle 2000 ans d'histoire catholique et d'intégration de très nombreuses populations précisément en raison de sa conversion au Christ. Deux exemples seulement: Clovis et Henri IV, protestant, converti et pas seulement pour le pouvoir ( la poule au pot et l'édit de Nantes), soit un siècle et demi de paix, brisée seulement par la désastreuse abolition par Louis XIV qui de plus a donné à l'Allemagne ou à l'Angleterre une bonne partie de nos élites. Ne recommençons pas face à l'Islam, les musulmans sont bienvenus, mais dans NOTRE civilisation.

  • Par vangog - 21/10/2016 - 22:47 - Signaler un abus Comme le national-socialisme et le socialo-communisme

    cette idéologie de mort doit être interdite dans les démocraties libres. L'islam doit être sécularisé ou s'abstraire de l'Occident! La politu-religion que constitue l'islam n'est plus acceptable pour ceux qui veulent préserver les générations futures. Face à son danger, id ntiquecau socialisme allemand, les occidentaux doivent réagir très vite, faire taire les xollabos et les soumis gauchistes (sens large), et éradiquer ce nouveau fascisme...il n'y a plus à tortiller!

  • Par Ganesha - 22/10/2016 - 14:39 - Signaler un abus Comprendre

    Ce qui serait intéressant, c'est de comprendre pourquoi les populations musulmanes placent leur espoir dans cette idéologie. Actuellement, ils étouffent par la surpopulation : par exemple, la Tunisie est passée de 4 à 11 millions d'habitants de 1960 à aujourd'hui. Malgré l'Islam, les femmes ont fini par comprendre et la natalité a beaucoup baissé, mais il y aura au moins une génération qui va connaître le chômage massif et de grandes difficultés. Manifestement, le Capitalisme libéral ne fait plus rêver que les lecteurs d'Atlantico… Les ''Frères musulmans'' apporteraient-ils un idéal de solidarité sociale, de cette Fraternité que nous avons tant oubliée ? On ne mobilise pas tout un peuple, rien qu'en interdisant la musique !

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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