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Le retour de la Realpolitik an Moyen-Orient : du triumvirat Russie-Iran-Turquie à la convergence israélo-saoudienne

Alexandre del Valle revient sur le sommet de Sotchi dédié à la résolution politique la crise syrienne, et sur le rapprochement spectaculaire entre l’Arabie saoudite et Israël sur fond de lutte commune contre la République islamique iranienne et le Hezbollah.

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Il est vrai que, depuis la « guerre des 33 jours » de 2006, lorsque l’armée israélienne tenta, malgré la réprobation de la « communauté internationale », de réduire le Hezbollah en frappant ses bases au Liban suite à une série d’attaques militaires lancées par ce dernier sur le nord d’Israël, nombre d’observateurs sont persuadés que Tsahal attend l’occasion de « terminer » le travail qui avait été empêché par les pressions internationales exercées sur Israël qui dut mettre fin à ses frappes massives contre le Hezbollah.

Tsahal avait d’ailleurs averti à l’époque les dirigeants israéliens que la paix - et donc l’interruption des frappes de Tsahal sur le Hezbollah - allait permettre au mouvement terroriste chiite de se reconstituer et même de se renforcer, ce qui est d’autant plus vrai que la guerre civile syrienne a motivé Téhéran à investir dans l’aide au Hezbollah. Ce dernier disposerait aujourd’hui, malgré la mort au combat de milliers de miliciens chiites hezbollahis, de 100 000 à 130 000 roquettes, c’est-à-dire dix fois plus qu’en 2006, et environ de 20 000 combattants et presque autant de réservistes, par ailleurs aguerris en Syrie et ayant reçu d’importants stocks d’armements de la part de leurs alliés iraniens. Certes, le fait que les faucons du gouvernement Netanyahou laissent entendre que le sort du Hezbollah devra être définitivement réglé tôt ou tard, ne signifie pas que les militaires israéliens aient reçu des ordres allant dans ce sens. Ce qui fera basculer l’armée en faveur du camp des faucons sera l’issue de la guerre civile syrienne et la progression des forces chiito-irano-hezbollahis en Syrie dans le cadre de la reconquête en cours sur les bases jihadistes. Il est clair que si l’armée syrienne et ses alliés du Hezbollah prennent le contrôle de la province syrienne de Kuneitra, sur le plateau du Golan, qui touche la ligne de l’armistice entre Israël et la Syrie, l’armée israélienne qui y verra une agression directe et comme une nouvelle ligne de front, devra réagir, et des échanges de tirs pourront dégénérer en conflit général.

L’intérêt du Hezbollah n’est cependant pas de provoquer l’Etat hébreu comme en 2006, car à la différence de la dernière fois, l’axe sunnite arabe est plutôt sur la même ligne que celle des faucons israéliens et si une guerre a lieu, Israël a déjà averti qu’il frappera bien plus fort et devra raser une partie du Liban, notamment les quartiers chiites de Beyrouth, une partie de la Bekaa et du Liban sud tenus par le Hezbollah, ainsi que les bases arrières du mouvement libanais en Syrie. Ceci serait par ailleurs perçu favorablement par les rebelles syriens sunnites islamistes pris en tenailles entre les forces syriennes pro-régime, l’aviation russe, les Kurdes au nord et les milliers de miliciens chiites. Ceci serait difficilement acceptable par Moscou qui ne pourrait pas accepter un recul des forces progouvernementales et un retour des rebelles sunnites pro-saoudiens dans les zones de conflits au sud de la Syrie. En fait, si Israël voulait en finir avec le Hezbollah, on sait que l’Etat hébreu subirait en retour des attaques de roquettes et missiles bien plus violentes et meurtrières pour les civils israéliens que durant la guerre de 2006, le Hezbollah disposant d’ogives de 400 kilos pouvant toucher le centre de Tel-Aviv et même l’aéroport Ben Gourion, perspective à laquelle la société israélienne n’est pas prête. Par ailleurs, du côté saoudien, la politique belliqueuse du prince Ben Salmane en Syrie (via les jihadistes sunnites) et au Yémen (dans le cadre de la guerre directe contre les rebelles chiites houtistes pro-iraniens) est un véritable fiasco stratégique, tandis que le coup de force contre le Qatar, secouru par la Turquie et son armée, n’a pas abouti aux résultats escomptés. Et l’escalade avec l’Iran est une voie périlleuse pour l’Arabie saoudite. Enfin, un conflit Israël-Liban n’aboutirait qu’à relégitimer le Hezbollah chiite auprès de la « rue arabe », y compris en Arabie saoudite, où la convergence, voire la coopération avec Israël contre l’axe irano-hezbollah seraient assimilées à une impardonnable trahison.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 24/11/2017 - 21:57 - Signaler un abus Bel imbroglio!

    Une seule chose ressort, c’est que les occidentaux se sont fait éjecter d’une zone éminemment stratégique, et que les russes, accessoirement les Iraniens, sont les grands gagnants de ce jeu d'échecs. L’enjeu numéro un des russes était de garder le contrôle sur les gazoducs d’approvisionnement vers la faible UE, et un contrôle géographique sur les champs pétrolifères de la péninsule: c’est gagné, à 100%! L’UE est à la merci des décisions conjointes des Russes, Iraniens, et turcs pour son approvisionnement énergétique. Les diplomates occidentaux pourront continuer ce qu’ils savent faire le mieux: le léchage de babouches. Et le Sultan Erdogan va sortir renforcé, et pourra ainsi imposer aux bécasses occidentales immigrationnistes, et à notre inverti présidentiel sa vision du grand remplacement occidental...

  • Par hermet - 24/11/2017 - 23:12 - Signaler un abus merci Poutine

    En clair, c'est la Russie qui seule peut permettre la paix dans la région, car elle dialogue avec tous le monde et est respectée de tous, à la fois Israel et l'Iran,et même avec les Saouds qui constituent pourtant leur ennemi numéro 1 dans la région.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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