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Le retour de la Realpolitik an Moyen-Orient : du triumvirat Russie-Iran-Turquie à la convergence israélo-saoudienne

Alexandre del Valle revient sur le sommet de Sotchi dédié à la résolution politique la crise syrienne, et sur le rapprochement spectaculaire entre l’Arabie saoudite et Israël sur fond de lutte commune contre la République islamique iranienne et le Hezbollah.

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A la différence de Téhéran, en froid avec l’Administration Trump et en guerre larvée avec Israël et les monarchies sunnites du Golfe (excepté la Qatar), la Russie tient à trouver une solution qui associerait une partie de l’opposition syrienne. Et elle accepte l’éventualité de remplacer à termes, le président syrien Bachar al-Assad, tandis que Téhéran n’a aucune autre option sur la table. Dans ce contexte de recherche d’une solution pragmatique, Moscou coopère étroitement avec la Turquie d’Erdogan, qui soutient certes l’opposition sunnite islamiste syrienne, mais dont le concours cynique (en échange du renoncement à appuyer les dessins sécessionnistes kurdes), vise à accélérer la reprise de nombreuses places-fortes des jihadistes.

Moscou a d’ailleurs accepté depuis le début de la guerre de laisser Occidentaux soutenir militairement et politiquement les forces kurdes du PYD (et YPG) puis du FDS, ces deux parties ayant activement participé à la lutte contre Da’esh en Irak et en Syria (Rawka). Poutine a même activement échangé ces derniers jours tant avec Recep Tayyip Erdogan que Donald Trump, ce que l’Iran n’est pas en mesure de faire étant donné son isolement. La réalité est que Bachar al-Assad joue en ce moment bien plus la carte des Iraniens, qui voudraient faire capoter les pourparlers de Sotchi et Genève, que celle des Russes, qui l’ont certes sauvé face aux jihadistes, mais dont l’agenda syrien ne se limite pas à sauver sa peau. Le vrai objectif stratégique des Russes en Syrie consiste en fait à trouver une solution pragmatique qui donnera certes des garanties aux forces pro-russes et pro-iraniennes en Syrie, mais aussi aux forces d’opposition liées aux autres parties, y compris les rebelles sunnites. Et cela impliquera de remplacer tôt ou tard Bachar al-Assad par un autre leader favorable à Moscou mais acceptable par l’opposition.

Le renforcement de la présence de Téhéran en Syrie : le casus belli avec l’Arabie saoudite

Alors que Vladimir Poutine a proclamé la fin imminente de la guerre en Syrie après la reprise de villes tenues par Da’esh, le chef d'État iranien, Hassan Rohani et son charismatique et intriguant général Kassem Soleimani, qui commande les opérations des Gardiens de la Révolution islamique en dehors de l’Iran, dans le « chiitistan » libano-syrien, ont quant à eux proclamé depuis Téhéran, mardi 21 novembre, la veille d’une réunion entre la Russie, l’Iran et la Turquie à Moscou, « la fin de l'EI en Irak et en Syrie ». Rappelons que Kassem Soleimani est un véritable héros national en Iran, où on le considère comme l’artisan du recul de l’EI dans l’Irak voisin, et que plus d’un millier de Pasdarans, dont de hauts commandants, ont été tués en Syrie et en Irak. Cela veut dire que Téhéran va réclamer ses dividendes de guerre et ne se résignera pas facilement à retirer ses pions de Syrie, ce qui risque de déboucher sur un affrontement déjà imminent avec Israël qui n’acceptera pas qu’une nouvelle zone de front s’ouvre à ses frontières au profit de l’axe-chiito-iranien et du Hezbollah. En réalité, pour l’Iran comme pour les autres parties, la guerre n’est pas finie en Syrie, ce qui est attesté par l’envoi de nombreux "conseillers militaires" et de "volontaires" venus combattre les derniers groupes rebelles sunnites et jihadistes retranchés essentiellement dans le sud de la Syrie. Les Occidentaux puis les Israéliens ne veulent pas les voir remplacés par des bases permanentes du Hezbollah et des forces chiites pro-iraniennes.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 24/11/2017 - 21:57 - Signaler un abus Bel imbroglio!

    Une seule chose ressort, c’est que les occidentaux se sont fait éjecter d’une zone éminemment stratégique, et que les russes, accessoirement les Iraniens, sont les grands gagnants de ce jeu d'échecs. L’enjeu numéro un des russes était de garder le contrôle sur les gazoducs d’approvisionnement vers la faible UE, et un contrôle géographique sur les champs pétrolifères de la péninsule: c’est gagné, à 100%! L’UE est à la merci des décisions conjointes des Russes, Iraniens, et turcs pour son approvisionnement énergétique. Les diplomates occidentaux pourront continuer ce qu’ils savent faire le mieux: le léchage de babouches. Et le Sultan Erdogan va sortir renforcé, et pourra ainsi imposer aux bécasses occidentales immigrationnistes, et à notre inverti présidentiel sa vision du grand remplacement occidental...

  • Par hermet - 24/11/2017 - 23:12 - Signaler un abus merci Poutine

    En clair, c'est la Russie qui seule peut permettre la paix dans la région, car elle dialogue avec tous le monde et est respectée de tous, à la fois Israel et l'Iran,et même avec les Saouds qui constituent pourtant leur ennemi numéro 1 dans la région.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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