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Le retour de la Realpolitik an Moyen-Orient : du triumvirat Russie-Iran-Turquie à la convergence israélo-saoudienne

Alexandre del Valle revient sur le sommet de Sotchi dédié à la résolution politique la crise syrienne, et sur le rapprochement spectaculaire entre l’Arabie saoudite et Israël sur fond de lutte commune contre la République islamique iranienne et le Hezbollah.

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L’étrange rencontre Assad-Poutine

Rappelons que deux jours avant la réunion tripartite sur la Syrie, le lundi 20 novembre, Vladimir Poutine a reçu à Sotchi le président syrien Bachar Al-Assad, officiellement pour une « visite de travail », en réalité pour pousser Assad, qui veut rester au pouvoir le plus longtemps possible, à accepter un règlement politique « à long terme ». Pour le président russe, qui a affirmé que l’opération militaire russe touche à sa fin, veut accélérer le passage à l’étape suivante, politique, ceci en amont des négociations de paix qui doivent reprendre à Genève, le 28 novembre, sous l’égide des Nations unies et sont censées, selon lui, traduire en termes diplomatiques et politiques les nouveaux rapports de forces constatés sur le terrain.

Le but est de poursuivre, aux côtés de la Turquie et de l’Iran, les pourparlers d’Astana qui ont déjà fait leur preuve, contrairement aux rencontres de Genève, puisqu’ils ont abouti à réduire les affrontements grâce à la création de quatre « zones de désescalade » en Syrie qui ont permis aux humanitaires de faire parvenir des vivres et des secours puis aux combattants rebelles sunnites des villages repris par Damas de partir. L’entente entre, d’un côté, la Russie et l'Iran, qui soutiennent chacun à sa manière le régime de Damas, et, de l’autre, de la Turquie, qui appuie les rebelles sunnites obsédés au contraire par son renversement, peut paraître paradoxale, même si Ankara a mis en sourdine ces derniers mois ses critiques les plus dures à l'endroit du régime de Damas. Toutefois, la nature extrêmement pragmatique et cynique de cette entente a bien plus contribué à la déconfliction que toutes les leçons de morale occidentales. Malgré leurs positions contradictoires, la Turquie et la Russie, qui ont traversé une grave crise diplomatique après que l'aviation turque eut détruit en novembre 2015 un appareil russe au-dessus de la frontière syrienne, ont su mettre leurs différends de côté pour coopérer de façon efficace sur le dossier syrien, chacun négociant avec les autres la préservation de ses intérêts et profondeur stratégiques. C’est dans ce cadre que la Turquie a déployé des troupes notamment dans la province rebelle d'Idleb (nord-ouest).

Dans ce contexte, on peut analyser la visite de Bachar en Russie non pas comme une visite amicale mais comme une « convocation » du leader syrien par Vladimir Poutine. Ce dernier s’est en effet ironiquement « félicité » du fait que Bachar al-Assad allait « soutenir l’initiative russe et internationale visant à contribuer à un règlement politique de la crise en acceptant notamment des négociations entre l’opposition et le régime »... En fait, cette volonté de trouver une solution politique inclusive n’est en fait pas du tout du goût du dictateur syrien, comme le rappelle à juste titre l’opposante syrienne Randa Kassis (auteur du Chaos syrien), car Bachar préfère largement l’agenda iranien visant à le maintenir en place et à refuser de donner des gages à la vraie opposition au régime de Damas. Peu relatée dans les médias occidentaux, souvent très manichéens, la divergence entre Russes et Iraniens quant à l’avenir de Assad et à la nature de la Syrie post-guerre civile est pourtant un enjeu important des tractations au sein du triumvirat turco-irano-russe décidé à régler le problème syrien sans les Occidentaux, vus comme des forces de déstabilisation.

 
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  • Par vangog - 24/11/2017 - 21:57 - Signaler un abus Bel imbroglio!

    Une seule chose ressort, c’est que les occidentaux se sont fait éjecter d’une zone éminemment stratégique, et que les russes, accessoirement les Iraniens, sont les grands gagnants de ce jeu d'échecs. L’enjeu numéro un des russes était de garder le contrôle sur les gazoducs d’approvisionnement vers la faible UE, et un contrôle géographique sur les champs pétrolifères de la péninsule: c’est gagné, à 100%! L’UE est à la merci des décisions conjointes des Russes, Iraniens, et turcs pour son approvisionnement énergétique. Les diplomates occidentaux pourront continuer ce qu’ils savent faire le mieux: le léchage de babouches. Et le Sultan Erdogan va sortir renforcé, et pourra ainsi imposer aux bécasses occidentales immigrationnistes, et à notre inverti présidentiel sa vision du grand remplacement occidental...

  • Par hermet - 24/11/2017 - 23:12 - Signaler un abus merci Poutine

    En clair, c'est la Russie qui seule peut permettre la paix dans la région, car elle dialogue avec tous le monde et est respectée de tous, à la fois Israel et l'Iran,et même avec les Saouds qui constituent pourtant leur ennemi numéro 1 dans la région.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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