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L'OCI, cet ONU de la loi islamique qui a pour mission de protéger et "d'élargir" l'oumma dans le monde (partie 2)

Dans cet article, Alexandre del Valle continue le "feuilleton", initié cet été, qui expose les stratégies subversives des "grands pôles mondiaux de l'islamisme" sunnite, souvent alliés de l'Occident, et qui oeuvrent de façon pacifique mais plus efficacement encore que les islamistes terroristes, à la destruction des valeurs laïques et occidentales dans le monde par des moyens institutionnels et sous couvert de "défense de la religion" et du "droit à la différence".

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L'OCI, cet ONU de la loi islamique qui a pour mission de protéger et "d'élargir" l'oumma dans le monde (partie 2)

l'OCI et l'essentiel des pays musulmans pris dans la spirale du victimisme déculpabilisateur, critiqueront alors bien plus la liberté d'expression en Occident et son "islamophobie" que les massacres commis au cri d'Allah ouakbar.

L’objectif affiché des pays de l’OCI, dont l’Arabie saoudite et le Pakistan, à l’origine de ces initiatives vise globalement à faire adopter, au niveau mondial "de nouveaux instruments à valeur juridique contraignante", la création de jurisprudences répressives nationales (là où elles n’existent pas déjà) visant à criminaliser la critique de l’islam et le blasphème. Pour ce faire, la fonction de juger des situations d’islamophobie devrait être dévolue, selon l'OCI, au Comité pour l’élimination de la Discrimination raciale, lequel pourrait être saisi par "toute personne ou tout groupe" se plaignant d’une violation dudit protocole par un Etat qui serait lui-même tenu pour responsable de tout acte hostile à l’islam.

Ces dispositions visaient à consolider les décisions et propositions prises lors de la Conférence de Durban II et dont le but était de rendre contraignante l’assimilation de la critique des religions à du racisme, à et réaffirmer la volonté de voir modifier les lois nationales (essentiellement occidentales) afin d’y interdire la "diffamation des religions".

>>> A lire aussi : L'OCI, cet ONU de la loi islamique qui a pour mission de protéger et "d'élargir" l'oumma dans le monde (partie 1)

En 2010, une autre Résolution fut adoptée par le CDH condamnant l’initiative populaire suisse interdisant les minarets. En juin 2011, un Comité du Conseil des droits de l’homme décida d’abandonner le concept de “diffamation des religions”, en rappelant que les lois anti-blasphème comme celles en vigueur en Égypte, en Arabie Saoudite ou au Pakistan violent les Droits de l’homme et sont des prétextes courants pour persécuter les chrétiens et les laïques. Toutefois, ce concept liberticide fut reformulé par l’OCI avec la Résolution "16/18" adoptée le 19 décembre 2011 au Conseil des Droits de l’homme, résolution qui combattait "l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence contre des personnes en raison de leur religion ou de leur croyance". Conçue par le Secrétaire général de l'OCI (le turc Ekmeleddin Ishanoglou), la résolution "16/18" initialement proposée lors de la "Conférence d’Istanbul" de juillet 2011, appelait à interdire toute critique de l’islam sous le prétexte de combattre l’intolérance contre les religions. En décembre 2011, l’OCI rencontra à Washington l’Administration Obama afin de convaincre le président américain d’adhérer à ce "processus d’Istanbul" et de mettre en œuvre la résolution. Avec l’approbation verbale d’Hillary Clinton, l’organisation marqua un point diplomatique important, même si la résolution ne fut finalement pas mise en œuvre en attendant une prochaine occasion de la reformuler.

Les fruits de la stratégie de l'intimidation couplée au "jihad juridique"

En septembre 2011, au même moment où l’ambassadeur américain en Libye, Chris Stevens fut assassiné avec trois autres fonctionnaires étatsuniens par des jihadites libyens, un film diffusé par un américain d'origine copte-égyptienne présenta sur le Net Mahomet sous un jour ridicule et sulfureux. La diffusion de sa version en arabe, au départ fort confidentielle mais montée en épingle par les lobbies islamistes du monde entier dont l'OCI (afin de trouver un nouveau prétexte pour faire avancer la pénalisation de l'islamophobie et justifier a posteriori la violence commise au nom de l'islam), suscita des réactions d'indignation et de haine dans l'ensemble du monde musulman, comme à l'époque des premières "caricatures" de Mahomet au Danemark et lors du discours de Benoist XVI à Ratisbonne. Ce tollé planétaire et les manifestations de protestations violentes savamment appuyées par le Pakistan, le Soudan ou l'Arabie saoudite, provoqua des dizaines de morts. Deux semaines plus tard, les ministres des Affaires étrangères des 57 pays membres de l’OCI exigèrent que les Nations Unies fassent adopter par les Etats-membres des lois d'exception visant à pénaliser la "haine religieuse", jugeant que le film L’Innocence des musulmans, tout comme les caricatures de Charlie Hebdo "contreviennent à la liberté de culte et de croyance garantie par les textes internationaux sur les droits de l’homme"... A cette occasion, en plein anniversaire des attentats du 11 septembre et malgré l'assassinat de l'ambassadeur américain à Tripoli par des djihadistes survenu le même jour que le scandale du film islamophobe, l'OCI et l'essentiel des pays musulmans pris dans la spirale du victimisme déculpabilisateur, critiqueront alors bien plus la liberté d'expression sévissant en Occident et son "islamophobie" que les massacres commis au cri d'Allah ouakbar dont le but était de faire taire cette liberté d'expression...

Cette stratégie visant à qualifier "d’islamophobes" les résistances aux dispositions de la charià n’est pas nouvelle. Elle a été favorisée à la fois par le lobbying des pays musulmans à partir de l’OCI et des Nations Unies, puis par la peur provoquée par les d’attentats islamistes et les tollés médiatico-politiques fomentés depuis la fin des années 1980. Les résultats en Occident de la politique d''intimidation, tantôt médiatique ou diplomatique, tantôt communautariste et terroriste, visant à supprimer la liberté d’expression en matière d’islam, s'est révélée redoutablement efficace depuis une quinzaine d'années : afin de "calmer la colère" des pays et institutions islamistes mondiales - en vérité pour satisfaire aux requêtes liberticides - nombre de responsables occidentaux ont capitulé en présentant des "excuses" au nom de leurs pays, ceci pour des actes "islamophobes" commis par quelques uns, garantis par la liberté d'expression et alors même que ni les gouvernements ni les masses d’Occident n’en sont d’aucune façon justiciables. Le court-métrage amateur L’Innocence des Musulmans ainsi que les caricatures de Mahomet, publiées au même moment par Charlie Hebdo, furent très officiellement condamnés par Barack Obama et Hillary Clinton eux-mêmes, ceci jusque dans des spots publicitaires présentant la contrition des responsables américains diffusés en boucle dans les télévisions du Pakistan.

En 2009, dans son fameux "discours du Caire", plutôt que de demander amicalement aux Etats musulmans de combattre les jurisprudences liberticides de la charià et les persécutions des minorités, notamment chrétiennes, en terre d'islam, Barack Obama prononça un discours qui présentait les musulmans comme un ensemble de victimes et culpabilisait en revanche l’Occident "islamophobe" après avoir vanté les "Lumières de l’Islam" (passées) sans déplorer ses ténèbres contemporaines et sans demander de réciprocité dans la tolérance... En France, un phénomène identique a pu être constaté chez plus d'un homme politique : marqué par les attentats terroristes commandités par le GIA algérien en France entre 1994 et 1995 et lui-même ayant été menacé en personne, par les terroristes algériens précurseurs d'AQMI, l’ex-président Jacques Chirac avait fermement condamné, en Conseil des ministres, le 8 février 2006, la publication par Charlie Hebdo des caricatures de Mahomet, appelant à "l'esprit de responsabilité" et au refus de la "provocation". Son ancien Premier ministre Alain Juppé, avait lui aussi jugé sur France 2 "irresponsable" la publication de caricatures de Mahomet. Sur son blog, lui qui n’aurais jamais pris de gants avec l’Eglise catholique écrivait, le 7 janvier 2015 : "L’islamophobie est un péril mortel. C’est un péril de guerre. Il ne faut pas laisser se développer ce mouvement détestable", relayant en cela l’offensive du CFCM (Conseil Français du culte musulman en France) et de l’OCI. Quant au Pape Benoist XVI, qui avait simplement demandé aux musulmans de réconcilier raison et foi puis affirmé que rien ne justifie que l’on tue au nom de Dieu, prenant la peine de distinguer entre musulmans modérés et extrémistes, l’essentiel de la classe politique européenne et occidentale, qui n’avait d’ailleurs pas lu son discours de haute volée intellectuelle (Discours de Ratisbonne sur la Foi et la Raison), l’avait condamné pour satisfaire aux requêtes pressantes des pays de l'OCI…

D'un point de vue juridique et philosophique, la présentation d'excuses de la part de dirigeants occidentaux, notamment du président Barak Obama, d'Hillary Clinton et du président François Hollande (dont le gouvernement se désolidarisa alors de Charlie Hebdo avant de se sentir obligé de le soutenir après les attentats de janvier 2015), est lourde de signification, car la base même de la démocratie, de la liberté individuelle et du progrès en matière de justice repose sur le refus de toute forme de responsabilité collective, vision intrinsèquement tribale ou totalitaire. Nombre de nos dirigeants ont ainsi reconnu de facto le principe régressif et anti-démocratique de responsabilité collective et l'idée que la liberté d'expression doit être limitée au-delà des cas normaux d'appels à la violence. En condamnant les journalistes ou scénaristes qui "provoqueraient" la colère des islamistes, nos dirigeants et nombre d'intellectuels occidentaux ont incité ces nouveaux censeurs à exiger toujours plus. Ils ont même apporté du grain à moudre aux djihadistes qui ont assassiné les "récidivistes" de Charlie Hebdo en janvier 2015, puis recommencé de façon encore plus massive en novembre 2015 à Paris (attentats de jihadistes pro-Da'ech au Bataclan et dans le 11e arrondissement), en mars 2016 à Bruxelles (aéroport de Zenvantem et station de métro de Maelbeek), et même à Nice le 14 juillet 2016, avec toujours le motif de la lutte paranoïaque contre les "ennemis de l'islam" et les "blasphémateurs". En relayant - parfois à coups de propagande médiatique d'Etat - les appels à la lutte contre "l'islamophobie", nos dirigeants occidentaux ont alimenté le discours islamiste violent. Mais leurs professions de foi anti-islamophobes ne sont jamais suffisantes.

 
Commentaires

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  • Par henir33 - 15/10/2016 - 09:58 - Signaler un abus effrayant

    l'OCI est la gestapo du XIX èmé siècle

  • Par zouk - 15/10/2016 - 11:05 - Signaler un abus OCI

    Dénonciation violente de la moindre opinion non totalement islamiste de la part de l'OCI et lâcheté généralisée des dirigeants politiques et religieux des pays occidentaux, cela finira un jour par nous interdire toute liberté de pensée. A quand notre réaction? J'exclus la violence symétrique , mais appelle de tous mes vœux la restauration de notre liberté de pensée, proclamée haut et clair, sans violence, et particulièrement par les catholiques, probablement plus nombreux à travers le monde que les musulmans, certainement si l'on y ajoute toutes les branches de la Chrétienté, orthodoxes, protestants de toute dénomination, évangélistes.....

  • Par zouk - 15/10/2016 - 11:09 - Signaler un abus OCI

    Dénonciation violente de la moindre opinion non totalement islamiste de la part de l'OCI et lâcheté généralisée des dirigeants politiques et religieux des pays occidentaux, cela finira un jour par nous interdire toute liberté de pensée. A quand notre réaction? J'exclus la violence symétrique , mais appelle de tous mes vœux la restauration de notre liberté de pensée, proclamée haut et clair, sans violence, et particulièrement par les chtrétiens, probablement plus nombreux à travers le monde que les musulmans, certainement toutes les branches de la Chrétienté, catholiques, orthodoxes, protestants de toute dénomination, évangélistes.....pourvu qu'ils s'unissent dans la protection de leurs convictions.

  • Par vangog - 15/10/2016 - 12:04 - Signaler un abus Caricaturer l'islam ou mahomet n'est un délit

    que dans la tête d'attardés mentaux ou des collabos de la tyrannie. Imaginerait-on en Europe que la caricature du pape devienne un délit? Les pratiques archaïques de ces fous dangereux laissent imaginer à quels pressions, tortures morales et physiques ils se livrent contre leur population. Et les technocrates de l'UE baisent les babouches de ces fascistes-islamistes...mahomet est une merde!

  • Par kronfi - 15/10/2016 - 21:02 - Signaler un abus supercherie concernant le CCIF....

    et dénonce par le dernier complement d’enquête sur France 2... le CCIF n'a jamais eu d'accreditation de la part de l'ONU. https://www.youtube.com/watch?v=iCsweXAn0I4 Cette organisation est le bras armé de l'OCI en France...

  • Par hmrmon - 15/10/2016 - 21:31 - Signaler un abus OCI

    Dieu merci, l'OCI, n'a pas encore les moyens de m'interdire d'écrire ce qui suit. Qu'en 2016, plus d'un milliard d'humain censés disposer de matière grise, prenne pour argent comptant des absurdité telles que leur prophète a volé de la Mecque à Jérusalem en une nuit (1200 klm) puis est monté au ciel en chevauchant une sorte d'âne ou jument ailé, à tête de femme et queue de paon (Al-Burâq) rencontrer Dieu! (à espérer qu'il était habillé chaudement). Que leur prophète serait né déjà circoncis, cordon coupé. Que sa mère en accouchant émettait de la lumière, que les étoiles du ciel se seraient approchées du nouveau-né pour éclairer la chambre et tout ça au XXI siècle!!! Pas plus con me direz-vous que de croire que l'autre est censé être monté au ciel suivi de sa mère!.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan). Son dernier ouvrage paraîtra le 26 octobre 2016 : Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan). 

 

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